Fabuleux ! Extraordinaire ! Que dis-je... Divin ! Au théâtre des Champs Elysées, il y a aura dimanche à 17h le même programme que ce samedi à 20h : "Elias", de Mendelssohn, par l'orchestre national de Radio France, dirigé par Kurt Masur, avec une brochette d'excellents interprètes vocaux que je m'en vais vous détailler. Courrez-y ! D'autant que les prix ne sont pas très élevés.

Je n'ai pas de problème pour obtenir une place, vers 19h00, à 10€ car j'ai moins de 25 ans. Il ne reste plus, pour attendre, que faire un tour sur l'avenue Montaigne, dont certains magasins sont en soldes (on notera surtout Max Mara pour les filles, et Ungaro pour les hommes), mais tous fermés (on respecte les 35h, et on ne bosse pas le dimanche : ça n'a pas l'air de beaucoup les traumatiser). Je rentre donc dès l'ouverture prendre ma place, côté impair, qui se trouve être sur le carrefour de deux couloirs à l'entrée : la dame (à qui j'ai refilé les centimes dont je ne sais jamais quoi faire, et qui pèsent dans le portefeuille... Quand on pense que c'est la Caisse des Dépôts, donc l'État, qui a des ouvreuses bossant au noir payées indirectement par mendicité active...) me met donc temporairement un rang derrière (K), et je pense que c'est en fait la meilleure place de l'orchestre : juste sur la première marche, la première tête rencontrée est loin car en diagonale, et l'on est suffisamment près pour ben voir, sans l'être trop pour avoir une écoute d'ensemble, et pouvoir lire les surtitres.

Qui en l'occurrence, étaient absents, contrairement à ce qui était promis. Mais si l'on ne comprend rien à ce qui se raconte en Allemand, on peut tout de même apprécier la musicalité exceptionnelle de l'oeuvre. Et puis, en attendant le départ, le programme a été d'une grande aide : il est question dans notre chef-d'oeuvre, que même Wagner vanta (qualifiant le son d'Haendelssohnien ; le programme voit en outre dans l'épisode du petit garçon regardant vers la mer un effet téichoscopique préfigurant le troisième acte de Tristan...), des aventures d'Élie, prophète en son temps d'Israël. C'est peut-être pour toutes ces juivetés que l'entrée du TCE a été filtrée avec fouille des sacs, ce qui est peu habituel dans ce repère de rombières (une bonne partie de la salle étant toujours invitée, mes voisines replacées après l'entracte l'étant par via la mairie, pour ce que j'ai pu comprendre). Pourtant, le livret est clair : Israël fut un peuple de corrompus bon à l'égorgement massif, mis à part 7000 d'entre eux, ce qui franchement maigre (R.19,15-18) ; manifestement, les choses n'ont pas beaucoup évolué depuis.

Le texte de Julius Schubring est un pot pourri d'extraits bibliques, essentiellement du livre des Rois, à partir du chapitre 17, du second livre des Rois (vers le chapitre 10, mais très peu), et des psaumes pour boucher les trous. Cependant, rien à partir du livre 19 du livre des Rois jusqu'à la montée d'Élie au ciel par un char de feu, ce qui lui a été reproché par certains, car l'on tombe dans de la pure bondieuserie sans action aucune lors des dernières minutes. Le texte est aussi bien plus dynamique, au final, que l'original pris tel quel, de telle sorte que l'on a une oeuvre originale (trop ? Elias ressemble à un bouc désertique, avec l'intervention de la reine, alors que ce n'est pas si évident dans la bible) malgré un point de départ des plus convenus (et connu, a priori, même si personne ne lit jamais ça, on se contente d'y croire, au pire) ; c'est une des différences fondamentales de cet oratorio biblique par rapport à un Jean/Matthaüs bachien (plus le premier que le second), par exemple, et l'orchestration, puissante et romantique, est dans la même idée de démarcation. Tout en restant "classique". C'est là où il faut piquer la première citation du programme : "Revenons à l'ancien, ce sera un progrès" (Verdi). Tiens, une autre, malicieusement placée en encadré :

"Je crois en la théologie comme littérature fantastique. C'est la perfection du genre"
Jorge Luis Borges

Il est vrai qu'entre apprécier la mythologie judéo-chrétienne (luthérienne ou catholique, Mendelssohn est à la croisée de ces chemins, c'est ce qui le préoccupe dans son cheminement), et y croire, il y a un monde (dire qu'il y a des gens qui prétendent baser leurs vies sur ce genre d'écrits, je vous jure...). Et pour finir, une autre amusante :

"Mendelssohn est un talent énorme, extraordinaire, superbe, prodigieux. Je ne suis pas suspect de camaraderie en parlant ainsi, car l m'a dit franchement qu'il ne comprenait rien à ma musique."
Hector Berlioz

Elias est séparé en deux parties égales de manière classique (contrairement à la mode moderne apparue à l'époque des trois parties). À l'entracte, un ouvreur a la bonne idée de distribuer le livret, ce qui permet de suivre enfin cette version allemande d'une oeuvre créée en anglais à Londres (où le succès fut tellement immense qu'il y eu 8 bis sur les 42 parties !), mais du vivant du compositeur, cette fois, qui n'aura pas eu l'occasion en 1848 d'entendre le livret germanique. Kurt Masur à la direction, donc, il inique de mieux en mieux les trémolos, mais a du mal à tourner les pages de plus en plus aussi ; il n'a cependant pas perdu son entrain à baiser les jolies femmes, qu'elles chantent ou qu'elles violonisent, sacrée fripouille de gentleman, celui-la !

Côté voix, je n'ai pas bien suivi les histoires de remplacement (à répétition ?) pour le rôle titre d'Elias, toujours est-il que c'est Alastair Miles, baryton de son état, qui s'y est collé, et il était aussi excellent que Malin Byström la soprano (manifestement très enceinte, habillée à la romaine), Iris Vermillion la mezzo-soprano (marquée comme "alto" dans le livret), ou Pavol Breslik le ténor. À ces trois principaux s'ajoutaient deux fois quatre autres interprètes de tessitures toutes différentes, interprétant le plus souvent des anges ; les quatre hommes et celle qui arborait une croix géante au cou sur son décolleté plongeant (ah, ça c'était le point commun de toutes, plus une qui avait les jambes qui sortaient gaiement, et celle enceinte dont j'ai bien cru qu'un gros nichon finirait par déclarer son indépendance : on sent que c'est de l'Ancien Testament, du sexe et du sang, pas de virginité dans le coin :)  ), mais ils sont tous bien restés jusqu'aux saluts finaux.

Il faut dire qu'il serait criminel de rater pareil bonheur musical. Si l'orchestration est splendide, le travail sur la voix, avec des double quatuor, des duo entre soliste et le choeur, un trio a cappella à tomber par terre, des récitatifs poignants, est absolument exceptionnel. Deux fois cinquante minutes de pur bonheur. Dans la salle, des connaisseurs, à n'en pas douter : devant et à ma droite, je vois des spectateurs suivant non pas sur le livret gratuit, mais sur la partition elle-même ! Aucun ami mais de simples connaissances de loin croisées à l'entracte, cependant : je suppose, puisqu'ils m'avaient dit qu'ils s'y rendrait s'en faute, qu'on les retrouvera dans l'après-midi de la seconde session (il ne me semblait cependant pas qu'il y avait autre chose, ce soir).

Courrez-y, donc, et au pire, écoutez France Musique le lundi 26 janver à 20h (ce qui tombe en même temps que la rencontre avec Phlippe Boesman pour les aropeux, où je ne pourrai être puisqu'il y a "intolérance" au Châtelet ; bref, il vaut mieux l'entendre en live de toute façon, ça n'a rien à voir !). Dix minutes d'ovation finale très soutenue : c'était la moindre des choses.