Quand j'arrive peu avant 20h30, je peux faire deux remarques : d'abord, il y a toujours autant de personne devant le théâtre de la ville désespérés de trouver une place, il y a même le mafieux qui sévit habituellement devant Garnier et Bastille (un jour je paierai quelqu'un pour le racketter : il se ballade avec des liasses de billets, et il ne vaut mieux pas porter plainte pour lui le jour où il les perd, entre l'illégalité de son activité et sa non-déclaration manifeste aux impôts -- je rappelle que les deux sont indépendants) ; ensuite, je suis clairement barbouillé, et c'est pas cool.

Rang P, place 8, ça reste de la première catégorie, il faut dire que ça concerne quasiment toutes les places de la salle. Création de "Sweet Mambo" de Pina Bausch, c'est la première apprendrai-je à l'entracte, lorsque je demanderai à une ouvreuse si la seconde partie allait être de la même eau -- auquel cas je me barre peut-être --, ou si ça va durer longtemps encore -- oh, probablement 23h, me dit-elle, c'est l'habitude. On l'a compris, je me suis enfui à l'entracte. Il faut dire que déjà, un entracte, c'est rare au TdV, alors j'ai pris ça pour un signe. Parce qu'au bout d'une heure, je regardais ma montre en me disant que je me suis rarement autant fait chier, et que bientôt la fin sûrement. En fait, ce n'était que la première partie. Au secours sauvez-moi.

Le Tanztheater Weppertal est peut-être doué en danse, je n'en saurai rien : la chorégraphe dont on doit réserver les places au moins un an à l'avance a décidé de ne pas trop les faire danser. Je me demande parfois si les amateurs de danse du TdV ne sont pas les équivalents des amateurs de musique de la CdM ; perso, j'ai l'impression de me faire voler mes 20€ -- eh oui, tarif spécial, juste parce que c'est labellisé Bausch --, et d'avoir perdu mon temps. Pire, les trop nombreuses parties théâtrales pour snobinard drogué, avec des moments de pur délires à raconter de la merde sur tous les tons, m'a fait l'effet d'être victime d'un foutage de gueule intégral. Je ne paie pas pour qu'on insulte mon intelligence. Et si c'était une tentative de faire du comique, nous n'avons pas du tout les mêmes valeurs.

C'est totalement ridicule. Enfin, non, pas totalement, des fois, ça danse, ça ne casse pas trois pattes à un canard, mais c'est pas mal du tout, sauf que c'est très court, de grands mouvements avec de grandes robes (on ne voit pas grand chose, de fait), sur une musique répétitive très lente à chaque fois, l'ennui assuré assez rapidement. Pour se réveiller, quoi de mieux qu'une séance de gueulade dans le plus pur n'importe quoi ? On apprend aussi -- et ce sera le plus intéressant --, que si vous êtes dans une soirée et que vous ne sentez pas que vous êtes bien habillé, veillez à ce que votre coupe de champagne soit toujours pleine et dîtes "brush".

Et au bout de cinq minutes de répétition de "brush", on se dit que ça fait déjà un peu beaucoup. Alors quand on reprend la même connerie juste avant d'annoncer l'entracte, et que l'on compte alors moins de quinze minutes de danse contre une heure de merde, une conclusion s'impose : mieux vaut rentrer chez soi. J'aurais mieux fait de revendre ma place, et je mets Pina Bausch, ne déplaise à l'intelligensia parisienne, sur ma pré-black-list : plus jamais de place payée plus de 15€, et encore un coup comme ça et c'est fini à tout jamais. Ça faisait longtemps que je n'avais quelque chose d'aussi mauvais.