trois heures et demie de Sainte Cécile
Par palpatine le mercredi 21 janvier 2009, 01:31 - ... et les arts - Lien permanent
Il me semblait bien que j'attendais ce concert depuis assez de temps pour que mon agenda ne me mente pas : j'avais bien une place. C'est que du coup, ne la trouvant pas dans mon paquet de 30 ce matin (oui, j'ai pris mes places en trois fois, cette année, pour Pleyel), alors même que celles de vendredi et samedi étaient bien rangées dans l'ordre, j'ai dû quitter le boulot précipitamment à 19h30, en plein délire que je vous raconterai peut-être si le coeur m'en dit.
J'arrive donc dans le hall, et j'apprends que c'est 20€ la place : il faut être riche pour être jeune, de nos jours, remarquons que la première catégorie étant de base à 60€, c'est p'têtre un peu beaucoup abusé -- je me souviens que lors de mes années d'études, mon budget "tout compris" par jour était inférieur à 20€... Bref, je demande vérification, et effectivement : j'avais bien une place. Je fais donc faire un duplicata.
Cette soirée spéciale Ste-Cécile par Minkowksy à la tête de son orchestre du Louvre-Grenoble l'était à bien des égards. Et notamment, celui de la durée : le site web ne se trompait pas, il y avait bien deux entractes prévus. Or, comme une malédiction n'arrive jamais seule, j'avais ce matin oublié mon porte-feuille, et donc il me fallait tout de même mettre la main sur 20€ (que je croyais alors 10, naïf que j'étais), malgré une réserve d'urgence de tickets resto au boulot. Bref, je n'avais pas prévu le gâteau au chocolat ou autre frangipane de rigueur pour bourrer le ventre et tenir le coup : c'est mal. Mais surtout spéciale par la programmation très homogène, autour de Sainte Cécile (encore une couillonne qui ne voulait pas se faire prendre par son mari, et que Dieu a remercié en la martyrisant un peu). Et enfin, des anniversaires : 350 ans de la naissance de Purcell, 250 de la mort de Haendel, et encore 200 pour la mort de Haydn.
Comme je suis en avance, j'ai tout le loisir de lire le programme, qui annonce une fin de concert à 23h20. De mon rang AA, à 20cm de la scène, j'aperçois Joël, au moment même où je m'apprêtais à aller squatter ailleurs. Las, le public est fort lent à entrer -- c'est dingue, c'est de pire en pire ! --, et de fait je rate le moment où les places à 10€ du fond profitent de la gravité et d'être dans l'axe du couloir pour prendre les meilleures places : je me retrouve donc non loin de l'ami blogueur -- et la seule connaissance de la salle --, au rang H, excentré.
On commence alors par du Purcell, et bien en entier, "Hail ! Bright Cecilia". Si vous avez la version Gardiner chez Erato, aussi peu chère que de grande qualité, vous savez à quel point ceci est un chef d'oeuvre parmi les Purcell -- et si vous n'aimez pas l'Anglais baroque, pffff, j'devrais même plus vous adresser la parole. En plus, ça tombe bien, j'ai raté "Don Quixotte" samedi, pour aller à Bastille -- parce qu'il y avait Lea, qui d'ailleurs n'aime pas Purcell.
La distribution vocale est aussi de grande qualité. En soprano, nous avons Lucy Crowe, un contre-ténor (pas très aigu à vrai dire) issu du coeur même de l'orchestre et qui s'est débrouillé comme un chef, David Bates, plus deux ténors, Richard Croft (que l'on connaît bien, à force de l'entendre partout ; un texan qui chante très bien, encore) et Anders J. Dahlin, et enfin deux basses, Neil Baker et Luca Tittoto. On remarque qu'il y a du monde : dans l'orchestre aussi, plus un coeur bien fourni. Pour la saint-patronne de la musique (peut-être à tort, mais c'est pas grave), on ne regarde pas trop à la dépense.
Après l'entracte ("où qu'il est mon Joël ?" -- parti se caféiner), et alors qu'il est déjà 21h30, on reprend sur un autre hommage à Sainte-Cécile (au fait, le programme oublie de nommer Memling dans les premiers artistes à l'avoir mis à la mode, c'est un scandale !), celui de Haendel. C'est du bon Haendel, avec de grands moments, mais pour ma part j'ai préféré le Purcell, écrit une cinquantaine d'années plus tôt. Cette fois, il ne reste que la soprano et le Richard Croft comme solistes, mais ça n'empêche pas le tout de durer près d'une heure, grâce à des moments purement instrumentaux, permettant au violoncelliste -- l'instrument est alors assez nouveau dans sa forme, nous apprend Minkowsky qui présente chacune des oeuvres avant leur interprétation, comme il aime à le faire -- de faire montre de son talent.
What passion cannot music raise and quell!
(John Dryden, 1631-1700)
Encore un entracte, et puis un Haydn à l'histoire complexe, censé durer 75 minutes (mon dieu -- c'est le cas de le dire --, il est déjà 22h30, c'est pas possible !), mais en fait on n'en aura qu'une version "courte" de 45 minutes, soit seulement... deux mouvements ! C'est probablement la version d'origine, nous dit-on, mais l'histoire est compliquée (c'est celle du manuscrit de Turin, mais on ne sait jamais trop encore pour qui l'oeuvre a été écrite, à la base). En réalité, la dédicace à Ste-Cécile est apocryphe ; mon tout donne donc : "Missa Cellensis in honorem Beatissimae Virginis Mariae (Cäcilienmesse)". Kyrie et Gloria, donc, et puis c'est tout. Mais c'est déjà beaucoup.
Haydn, nous le savons bien, c'est la charnière entre le baroque (il n'y a guère plus que Bach pour continuer à en faire comme deux cents ans auparavant... Mais de nos jours, on ne s'en rend plus compte) et le classique ; nous sommes trente ans après l'oeuvre de Haendel précédente. Alors il y a beaucoup d'envolées de violons, mais on note une espèce de "contrebasse continue". La composition des solistes est aussi originale, outre la toujours soprano Lucy Crowe, le Croft, et le retour du basse Luca Tittoto, il y a la Stutzmann, contre-alto, et déciment un timbre hors du commun. Et là, je me dis qu'elle a dû attendre tout de même toute la soirée pour juste une strophe, lorsque tout à coup je me demande si ma voisine de gauche, qui notait au crayon sur son programme, et qui a disparu pour la dernière partie -- mon nouveau voisin s'est juste décalé, il est envahissant, j'aurais mieux fait de fuir auprès de Joël et les quatre places tout à coup libérées à côté de lui -- n'était pas... non, ce serait trop la honte...
Bref, cette messe de Haydn, c'est une véritable tuerie. Ça pulse ! Mais je ne peux pas trop applaudir : il est 23h25, l'exercice est de haulte voltige, mais si ça marche, j'arrive à minuit chez moi. RER A légèrement en retard, métro raté à 30 secondes près, lorsque j'arrive enfin pour mon RER, je le vois partir au loin. Eh merde, j'aurais pu applaudir trente minutes de plus -- ou alors, il fallait ajouter la messe de Ste-Cécile de Gounod, c'est clairement quelque chose aussi. C'est chiant de vivre chez les pauvres.
Commentaires
Tu as raté le bis...
Ouiiin, le pire c'est que si ça avait terminé cinq minutes plus tard, je me serais fait une raison (et courir le ventre vide, c'est vraiment pas bon...). C'était quoi ? Sont quand même teubés à Pleyel de mettre des concerts aussi tard pour terminer à des heures impossibles, surtout en pleine semaine, ils avaient déjà fait le coup avec Lohengrin (où j'étais revenu en bus de nuit, mais au moins j'avais prévu des provisions), je croyais qu'ils avaient compris avec St-François, mais non...
Re-ouiiiin, la réponse est déjà chez toi : http://joel.toonywood.org/blog/2009-01.html#e.336 . La maledizione, que je dis !
Comment ça je n'aime pas Purcell?!!!!
Jamais de la vie.. mais moins que Chosta, c'est certain.
Déjà que mon commentaire très pécis sur Chosta a disparu... pfff
Ah. Alors ça va, on peut continuer à se parler :) :). Pour le commentaire disparu : c'est X-Files, j'y suis pour rien, jamais rien reçu !! (mais tu ne l'avais pas dans ton historique ??)
Le pire est qu'hier j'ai voulu enchaîné avec un nouveau commentaire narrant à Joël l'histoire du "géant de 2,50m avec une touffe de 3cm" lors de la soirée Lady Macbeth du 17, et que là aussi le commentaire s'est désintégré!!!
Amazing, isn't it?
Manifestement, c'était Dieu. Ça explique pourquoi il a disparu sans laisser de trace pour se faire remplacer par un fake (Jack), et comment tous les commentaires sont censurés par magie (ah non, celui-là vient de passer... hhmm, perplexe...).