millionnaire des bidonvilles (en roupies)
Par palpatine le vendredi 23 janvier 2009, 00:33 - ... et les arts - Lien permanent
On en parle comme le chef d'oeuvre du moment. C'est largement surestimé, mais ce n'est pas mal non plus. Il y a un regret principal, sur ce "Slumdog millionaire" : on a le droit de faire du conte, et de contre un scénario de fil blanc, à condition de l'assumer pleinement. C'est-à-dire éviter les violons et les trémolos, par exemple, sinon on risque clairement le putassier. Baisser le nombre d'images par secondes, ça peut relever de la nouvelle vague si c'est fait avec intelligence, ou de la rhétorique cinématographique facile sinon. Et à mon avis, Danny Boyle ("Petits meurtres entre amis" et "Trainspotting", tout de même) louche plutôt sur le second plan que sur le premier.
Alors pourquoi "Slumdog Millionaire" se retrouve-t-il en première salle des Halles, a-t-il autant de critiques élogieuses, et est-il pressenti pour rafler toutes les récompenses américaines imaginables ? Pour la même raison que le précédent film que j'aie vu (je ne vais plus beaucoup au ciné : pas le temps !) n'a pas tenu deux semaines à l'affiche ; pour celle qui faisait rire tout le public devant l'amour potache (pipi-caca, ça marche à tous les coups, on me rétorquera que l'on peut faire du Aristophane avec, mais justement, ça tombe mal...), ou que la tension se fait sentir dans le public à la dernière question du célèbre jeu télévisé à millionnaire servant de fil rouge biographique à coups de flash backs ; parce qu'il faut être honnête, le public moyen est facile.
Soyons honnête : c'est un bon film. Les acteurs, et il y a des gens très jeunes, sont talentueux, la réalisation est léchée et a de sacrés plans des bidonvilles, le conte est aussi téléphoné que bien huilé dans son genre (quoique, en y repensant... Ce n'était pas bien compliqué, ce n'est pas pour rien que l'on monte en flash backs, le procédé narratif est bien connu), bref il y a assez de qualité pour le déclaré bon. Mais guère plus. La qualité subjective, et suffisante pour remplir les salles, est pourtant évidente : c'est la même qui fait qu'il y a autant de touristes près à aller visiter ce pays hautement inintéressant dans l'absolu, l'Inde. Le problème de l'Inde, ce sont les Indiens, c'est comme les Egyptiens, parmi les premiers à être civilisés, parmi les premiers à en être sortis. Mais question exotisme, il n'y aura pas mieux : ces gens sont passablement inimaginable, on se demande comment ils font pour se démerder aussi mal, les Chinois juste à côté, tout aussi nombreux, n'ont rien à voir.
Les Indiens ne se sont pas trompés, ils ont boudé le film. Déjà parce que ce n'est pas une niaiserie bollywoodienne habituelle (même si l'on n'échappe pas à un ridicule hommage au générique de fin), ensuite parce que ça n'a certainement pas été sponsorisé par le ministère du tourisme : on y voit la crasse abominable dans laquelle ils vivent (c'est bien connu, dans le Gange on se décrasse, on chie, on crève, et en aval on se brosse les dents), la pauvreté (avec un manque d'éducation et une culture de base au ras des pâquerettes pour les défavorisés), les tensions entre ethnies (spécialité locale, décidément je crois qu'il n'y a pas plus cons que les Indiens, même les musulmans ou les chrétiens entre eux ne tombent pas aussi bas), la violence continue, bref, aucun édulcorant conformément à la législation. Et ça, c'est bien, très bien, même -- et rare.
Il faut au moins ça pour compenser le taux de sucre du scénario. Quelque part, le réalisateur le sait bien : alors que nos deux frères qui avaient trouvé des combines juteuses décident de retourner dans l'enfer des bidonvilles pour retrouver leur jeune amie perdue, on a droit à un rapide extrait d'opéra (devant le Taj Mahal) qui n'et autre que la version fraçaise d' "Orphée et Eurydice" de Gluck. Comme c'est le thème récurrent du film, la référence est assumée à demi-mot. Violence crue et eau de rose, le mélange est instable pour moi, marie la chèvre et le chou pour les amateurs d'Indiens (c'est dingue, cet engouement... Ce besoin d'exotisme m'est toujours assez mystérieux). Les deux heures se laissent bien voir mais pour moi, mais ce n'est absolument pas ce que l'on essaie de nous vendre. Pour une fois que l'on peut voir du vrai tiers-mode...
Commentaires
> c'est la même qui fait qu'il y a autant de touristes près à aller visiter ce pays hautement inintéressant dans l'absolu
Oh le beau troll !
(Pour info, un million de roupie, c'est moins de 20000 EUR. L'équivalent indien du jeu télévisé « Qui veut gagner un million ? » s'appelait « Kaun banega crorepati » (je me souviens de la première semaine avec le présentateur-star Shahrukh Khan qui « offrait » sa montre à $$ aux candidats malchanceux), le plus haut prix étant de 2 crores, c'est-à-dire 2,00,00,000 roupies (les virgules sont aux bons endroit), c'est-à-dire 2.10^7 roupies.
> Les Indiens ne se sont pas trompés, ils ont boudé le film.
Euh, il sort aujourd'hui en Inde, d'après IMDb...
hep, le troll ! ouste !
(moi, quand je bossais en Inde, j'étais payée 10 k-roupies / mois, j'aurais pas dit non à un petit lakh-ounet ou un millionet de roupies...)
Ah, ils disent des bêtises sur i>télé, ou alors ils parlaient de la critique... Tu me diras sur place les réactions, de toute façon ;) (ah, cet amour des bidonvilles !... :) ) (il manque plus que Ticapix dans les lecteurs adorateurs de l'Inde, mais qu'est-ce qu'ils lui trouvent tous à ce pays, j'me le demande...)
Je viens de passer dans un cinéma à Chennai pour essayer de le voir et toutes les séances de la journée étaient déjà complètes...
Peut-être que ce dont tu as entendu parler, c'est une plainte de gens d'un bidonville pour diffamation envers le film, ce qui est doublement grotesque puisque cela se passe dans un autre état de l'Inde, si j'ai bien suivi.
Bah, ils sont un milliard et des patates, y'a combien de ciné qui le passent, aussi ? ;) (porter plainte pour diffamation ? Mais ptdr !)