concert schoenberguisé
Par palpatine le samedi 24 janvier 2009, 14:59 - ... et les arts - Lien permanent
Le philharmonique traditionnel de Radio France du vendredi à Pleyel était consacré entièrement à Schoenberg. Forcément, il y avait beaucoup de places libres. On pourra ainsi s'interroger sur le fait qu'une place jeune dernière minute coûtait 20€ (au lieu de 60), soit le même prix que le tout aussi public OdP propose pour des places deux fois plus chères (et un opéra, c'est autre chose qu'un concert...) : de fait, seule une quarantaine de personnes se sont motivées pour remplir les trous, et s'il est de plus impossible de rajouter une place d'accompagnement à son abonnement jeune (contrairement à l'orchestre de Paris, où l'on peut même appeler le matin même, où l'on peut déplacer une date, bref, carrément plus sympa -- et moins cher pour les jeunes), j'ai été bien content qu'un musicien muni de deux places en rab (pour le second balcon) les ait revendues à moi et un vieux monsieur juste derrière pour 8€.
Arrivé pourtant cric-crac, le peu de motivation du public parisien aura permis de se replacer très facilement près de la place prédestinée du rang T, rangée centrale. Soit la bonne distance pour apprécier un orchestre conséquent -- mais un peu trop loin pour mater la violoniste sans jumelles. C'est Peter Eötvös qui dirige. Le programme est simple : trois fois Schoenberg.
On commence par "musique d'accompagnement pour une scène cinématographique", opus 34, qui outre le fait de pouvoir gagner le prix du titre le plus long, a la particularité d'illustrer une scène... qui n'existe pas, et n'a jamais été prévu pour exister. Durant huit minutes, nous traversons les tableaux suivants : "danger menaçant", "angoisse" et "catastrophe". Autant la musique contemporaine est difficile d'accès à un public peu averti -- et à vrai dire, j'ai tenu le dodécaphonisme comme pur cacophonisme durant bien longtemps --, autant si l'on fait bien attention, toute musique de film correcte fait à présent directement appel à l'héritage Schönberg. Et c'est même particulièrement frappant pour les films mettant en scène les mêmes thématiques (pensons à X-files, des films d'épouvante ou des thrillers). Si c'est là une pièce de musée, c'est tout de même fichtrement court.
On continue avec l'opus suivant du suivant, le 36, qui n'est autre que le concerto pour violon et orchestre, composé pourtant 5 ans après, et créé 10 plus tard. Et c'est là qu'entre en scène Hilary Hahn et son Vuillaume. Cette fille a un charme fantastique, typique de la consanguinité de WASP, haut front, yeux verts clairs, forme de visage allongée et menton fuyant, nez courbé, bref le mélange est instable et pourtant réussi ; elle a une superbe robe marron, et des godasses jaunes extrêmement moches que l'on voit heureusement fort peu. De fait, cela donne assez d'illusion pour faire oublier les décalages avec l'orchestre ; ou pas : il faut être franchement connaisseur de l'oeuvre pour s'en rendre compte, parce que pour moi qui adhère mollement à ce genre-là, ça ne me frappe pas plus que ça. L'interprétation n'aura pas donné lieu à de mauvaises critiques ni de ma gente accompagnatrice (que l'on nommera pour l'occasion "Balletomane #2"), ni de Bladsurb rencontré juste après à l'entracte, c'est donc que ça devait être réussi. En bis, nous aurons eu l'ultra-classique Bach de rigueur, après la campanella d'Alexandra Soumm deux jours avant, comment dire...
La soirée s'achève sur "Pelléas et Mélisande", et numéro de l'opus, 5, annonce que l'on retrouve de la tonalité ; forcément, nos deux héros du dessus sont moins heureux. Il faut reconnaître que si ce n'est pas trépignant non plus pour l'amateur d'harmonies sérieuses (non, en fait, c'est une blague : lors de la création en 1905, après une composition en 1902/3 quelques semaines suivant la création de l'oeuvre homonyme de Debussy, le public fuya, mais les compositeurs saluèrent), il y a tout de même des passages de grandes musicalité qui valent le détour, surtout à la fin. Ça applaudit poliment puis de plus en plus fort (cependant, l'orchestre se fait surprendre par un arrêt brutal), la musique punk d'hier ne fait plus scandale...
Commentaires
Hilary Hahn connaît bien le concerto de Schoenberg, elle l'a donné souvent en concert et enregistré chez DG (couplé avec celui de Sibelius - un très beau disque d'ailleurs). Je n'ai pas étudié la partition mais à l'oreille c'est une partition complexe rythmiquement, qui pourrait donner facilement l'impression de décalages même quand c'est en place (ou au contraire favoriser l'apparition de tels décalages en concert).
A part ça, oui, 70 ou 90 ans après, qu'on l'aime ou pas, la musique de Schoenberg fait aujourd'hui partie du répertoire, au même titre que celle de Strauss ou Sibelius. Ce qui me fascine est sa diversité: on y trouve un gros barnum post-wagnérien comme les Gurre Lieder, mais aussi des oeuvres très audacieuses et radicales comme le Pierrot Lunaire ou Erwartung qui ont inspiré plusieurs générations de musiciens.
Ah, j'ai une confiance aveugle dans mon inspectrice qualité, pour qui ce concerto relève de la religion -- alors que moi, une fois par an, ça me suffira amplement :). Schoenberg est décidément charnière, pour ma part je préfère la Nuit transfigurée au Pierrot lunaire, mais nos deux héros vont détester la sucrerie du premier pour la pureté du second. Quand on y pense, Strauss est aussi dans ce cas-là, mais dans une évolution inverse (de Salomé à Cappricio), et en bien moins marqué tout de même.