C'est une bénédiction que ces séances de travail le soir, pour le fanatique d'opéra. Certes, il y avait un très bon programme au Châtelet (et l'orchestre de Paris à Pleyel), il y avait aussi "la ronde", juste en dessous à l'amphithéâtre, mais décidément, les dessous du décor sont trop inaccessibles au spectateur pour laisser passer pareille occasion. On rentre au milieu des musiciens de l'orchestre, à Bastille, et après quelques détours dans des escaliers sinueux, on arrive pas une porte dérobée dans le hall ; ascenceur, premier balcon (David à côté, ça faisait longtemps), ça faisait plus d'un an que je n'avais pu faire une séance de travail avec l'AROP.

On remplit un peu le balcon d'étudiants, manifestement chargés d'une mission, et bien dotés du livret : pour la peine, il y avait de quoi les envier. Car à la demi pile poil, Kent Nagano donne le départ : deuxième acte (décidément, à chaque fois que je fais une séance de travail, c'est le second acte !), et après une courte ouverture purement instrumentale, le rideau tout tagué se lève, et ça commence à chanter. On ne comprend rien. Rien de chez rien. Évidemment, il n'y a pas de surtitres, mais de toute façon, c'est en Français, du Massenet, certes je ne connais pas du tout "Werther" (bein oui, un truc pareil, j'attends de le voir pour de vrai), mais ce n'est pas une raison pour en plus ne pas articuler !

Il y a Villazon, en revanche : les plus folles rumeurs ont couru à son sujet, comme quoi il ne viendrait plus ; pour Susan Graham ça a été pareil, et elle était tout aussi bien présente. À la différence que si celle-ci s'est bien donnée, le premier s'est grandement économisé. Trop pour que ça ne paraisse pas suspect, dirais-je même : il aurait dû prendre une grande pause, retravailler sa technique d'articulation et de projection, pense une amie qui sait de quoi elle parle. Pourtant, il a toujours son timbre, mais il devrait faire gaffe. Ce qui est certain, c'est que Rolando doit être le chanteur le plus sympa qui soit : combien de fois ne nous a-t-il fait rire durant les trois heures de répétition ?

Il soutient aussi ses jeunes camarades, en l'occurrence Adriana Kučerová, une soprano de poche, toute mimi, qui dégomme carrément, comment peut-on avoir autant de souffle pour un si petit modèle ? Bluffante, mais elle aura dû passer en séance spéciale pour s'accorder un peu sur la plus longue de ses courtes parties. Ces trois là ont de l'énergie à revendre, c'est certain (d'ailleurs il traînent encore à la fin, alors que l'orchestre a été congédié -- pour la seconde fois, mais celle-là était la bonne -- et que seul Nagano fait les derniers réglages avec les percussionnistes).

Il y a aussi Ludovic Tézier, qui d'ailleurs reprendra parfois le rôle-titre (alors qu'il est baryton) : comme ça, il y a aura encore des chances pour les retardataires d'avoir une place, ou plutôt aux derniers-minutards de récupérer une place que l'OdP aura désespérément voulu écouler à 172€ ; c'est abusé des prix pareil ! En plus, ce n'est pas la mise en scène de Jürgen Rose qui aura été ruineuse : des mots écrits partout, un rocher au milieu avec un bureau dessus, des tables, des chaises, des bancs, et une grande porte qui se fait décorer d'une guirlande de mauvais goût ; plus des arbres (et des sapins dans le dernier acte, si j'ai bien compris), pas de quoi fouetter un chat. Le second acte correspond à ce qui est en photo sur le site de l'OdP.

On l'aura repris trois fois en tout : la première tel quel, brut de fonderie ; la seconde avec des retouches, des interruptions, de longues mises au point avec l'orchestre (en multilingue bancal, comme toujours), on termine après la pause traditionnelle, et on comprend beaucoup mieux les artistes, sauf que Villazon se donne beaucoup moins que la première fois et on l'entend avec difficulté ; et enfin une dernière fois, où l'on touche à ce qui sera la version finale. La dernière demi-heure a été consacrée à la toute dernière scène, puisque les gosses de la maîtrise étaient là : il fallait mesure leur niveau sonore en choeur depuis le dehors de la scène. Et la toute fin a vu la répétition de l'ensemble de cloche plus plaque plus gong, en dehors de la scène aussi, et au bout de la dixième fois on n'y était toujours pas : la question s'est alors posée de savoir s'il faudra sonoriser l'héliophone, et comme il y avait des problèmes de communication pour faire comprendre ce qui était souhaité, le chef finit par se rendre en coulisses.

Et puis... lumières. L'éoliphone sera-t-il sonorisé ? Nous le saurons à partir du 28 février. Pour cette soirée, le moins que l'on puisse dire, c'est que ça s'est fini en queue de poisson. Prochaine séance de travail lundi prochain : Idomeneo.