Aller au cinéma relève de plus en plus de l'opération commando. Il faut déjà partir avec une bonne demi-heure avant le début de séance ; du coup, pour un film de 2h, il faut consacrer 3h30 de son week-end, ce qui est beaucoup et réduit le rendement temps/culture. Mais il faut bien ça, à présent que, comme le faisait remarquer mon voisin de gauche, les salles de cinéma sont très optimisées et toujours complètes, et les films restent mécaniquement moins de temps à l'affiche, de telle sorte que celui que je voyais sur un écran à peine plus grand que le mien est diffusé depuis à peine plus de deux semaines, alors que, comme le faisait remarquer un arrivé accompagné cinq minutes avant le quart d'heure de publicité, le problème n'est pas tant de trouver une place de merde que de trouver une place tout court. Bref, c'est infernal.

Je prends donc une place à l'Orient-Express, et me mets à la fin de la longue file qui attend on ne sait trop quoi et bouche un peu tout. Tout à coup, on annonce "Twilight" (qui a beau avoir été un des trois films les plus vus la semaine dernière, est déjà déclassé, et "Lol" est dans une mini-salle des Halles, alors que, même si c'est un peu affligeant, ça a le record d'entrées : c'est à n'en plus rien comprendre !), et la salle d'attente se vide. Le croirez-vous : des masses de (jeunes) gens qui vont voir un pauvre film ricain d'idylle d'ados, entre une fille et son nouveau voisin qui s'avère être un vampire (super originalité...), le tout recommandé par "Jeune et Jolie" (la lose) ?

Bref, "Morse" est un excellent film suédois d'idylle de pré-ados, entre un garçon et sa nouvelle voisine qui s'avère être un vampire (super originalité !), le tout recommandé par une vingtaine de prix internationaux, dont Gérardmer (la classe). Adaptation d'un bouquin de John Ajvide Lindqvist, "Låt den rätte komma in" (laisse le bon entrer, ça se traduit mieux en anglais, d'ailleurs en imaginant un Briton avec une hache et des tresses blondes sous un casque, on obtient une bijection de termes), sorti en 2004, cette oeuvre originelle était encore bien plus subversive, d'après ce que l'on peut apprendre a posteriori (il faut en tout cas faire des recherches pour éclairer les zones d'ombre du film -- pour la postérité, j'en garde une dans le titre du billet --, et s'assurer que la transformation française du titre était bien aussi difficile que ce que l'on pensait).

Des gosses de 12 ans en pleines pulsions de mort au milieu de la neige ensanglantée, des morts glauques sous fond de mélodies romantiques, la recette d'exposer à la fois les clichés et leur détournement, pour ne pas dire leur contre-pied, dans un film à la fois commercial et d'auteur, d'horreur et de romance, fonctionne encore mieux qu'espéré ; la Suède nous réserve de petits bijoux comme ça, de temps à autre.