Nouvelle séance de travail, la dernière de l'année que j'aie pu programmer me semble-t-il. Garnier cette fois, 19h15 toujours, je file directement à l'entrée de derrière, puisqu'il y a écrit "entrée par la façade", mais comme je ne vois personne à travers la vitre (ça m'apprendra à ne pas entrer), je me dis que finalement je ne suis pas si clairvoyant que ça ; sur le chemin de la façade (tiens, y'a une cantine à l'opéra, j'avais remarqué...), je croise David : il fallait bien entrer par l'arrière. Comme la dernière fois, on arpente donc le dédale des couloirs et escaliers planqués avant d'arriver au balcon ; il y a bien moins de monde que pour un ballet, ça remplit difficilement les deux premiers rangs (zut, j'ai oublié de noter le numéro de ma place pour Lea  ;)  ).

En attendant la demi, les techniciens s'affairent. Le décor de Luc Bondy est la même mocheté qu'il y a deux ans , tout bleu avec un peu de faux sable, un type dépose des détritus, un autre des cadavres dans des sacs en plastique (c'était donc ça !!), et finalement ils remballent tout alors que les musiciens sont tous arrivés (ils jouent du Boulez pour s'échauffer, c'est très désagréable). C'est drôle, c'est le jour où j'ai vu "Idomeneo" en ce même lieu que j'ai connu l'AROP, et à l'époque je n'en avais pas vraiment pensé du bien ; en réalité les richards des galas ne se rencontrent qu'à ces occasions-là, il suffit donc de se retenir de participer à un souper à 100€ (tarif jeune) pour les éviter. Car l'aropeux de base est très sympathique, et le staff toujours aussi chaleureux.

Thomas Hengelbrock à la direction, il parle anglo-franco-italien, on peine à croire qu'il est Allemand. Sur scène, Mireille Delunsch, encore dans le rôle d'Elettra. Elle sera rejointe un peu plus tard par l'Idomeneo de Paul Groves, l'Idamante de Joyce DiDonato (Lea se pâme tout à coup devant son ordinateur), et l'Ilia de Cailla Tilling (eh oui, dommage, elle est déjà prise ; les scènes lesbiennes ont toujours tendance à me traumatiser un peu, surtout entre blondes, d'ailleurs). On répète dans tous les sens, la méthode Hengelbrock est assez étrange...

De mémoire, 147, 90, 60 et quelques, et puis on recommence à monter dans les numéros de mesures, on pourrait jouer au loto avec de telles suites de chiffres ! Le maestro chantonne à chaque fois pour recaler les chanteurs démunis de partition, et puis c'est parti, façon jukebox... Original comme façon de travailler, il faut dire que le décor est assez simplet pour se le permettre, tout au plus dévissera-t-on la plache moche de gauche, ou fera-t-on descendre la grosse planche moche du milieu pour signifier le changement d'acte.

Comme moi, David délire sur les choristes invités à rester couchés et immobiles durant une bonne vingtaine de minutes, au fond de la scène : ils ne servent en rien à la répet', mais ils s'entraînent eux aussi à faire le mort ; voilà un job complémentaire qui ne me déplairait certainement pas, je pense laisser un CV (j'ai un lourd passif de loque, ça devrait le faire pour le non-entretien -- je pense qu'il doit falloir y dormir sans ronfler aussi, pour démontrer ses capacités). Le choeur répète dur, d'ailleurs, parfois le maestro trouve qu'ils sont en retard, on doit bien lui faire confiance parce que franchement, rien remarqué.

Les lumières s'exercent, parfois ça vire au n'importe quoi, ça reste très sombre la plupart du temps, et parfois c'est la coupure totale, on se retrouve dans le noir. On délire beaucoup, on se taquine, ça rit pas mal ; les chanteurs sont en jean ou autres pulls rayés, ça en rajoute au pitoresque (espérons que quelques clichés soient publiés  :p ). La pause intervient tardivement une dizaine de minutes avant 21h, on l'a bien mérité, la majorité des participants se meurent de faim (j'avale un brownie mis de côté à midi, je suis organisé à force). On reprendra avec l'entrée de Johan Weigel en Arbace. Même si j'ai vu un Idomeno il n'y a pas longtemps à Pleyel, le livret me manque quand même un peu.

Quoique le "oh mon fils ! -- oh mon père !" est toujours aussi drôle, même sans surtitres -- d'ailleurs les chanteurs se marrent comme des baleines, je crois que c'est l'un des moments les plus ridicules de l'histoire de l'opéra. Opéra toujours excellent et en l'occurrence excellement mené. Ça commnce vendredi déjà, il faut se dépêcher pour les dernières mises au point. En bon leader, Hengelbrock félcite fortement tout le monde ("z'êtes trop géniaux, c'est la meilleure équipe qui soit pour cette oeuvre, la technique est d'enfer, keep going et on va touut déchirer les gars, merci beaucoup" -- grosso modo et en traduction instannée). On vérifiera ça à l'occasion (s'il reste des places, 172€ le Mozart ne décourage pas grand monde, pourtant c'est la crise, bordel !) ;  en tout cas samedi dernier, c'était pas terrible m'a révélé David, comme quoi ma soirée entre filles n'était décidément pas regrettable.


edit: chez David, avec photos