perspective déchronologique
Par palpatine le dimanche 8 mars 2009, 12:05 - ... et les arts - Lien permanent
Comme il était 17h30, j'avais du temps à tuer avant de rejoindre Pleyel (ouais, bon, le dernier samedi libre théorique avant longtemps s'est fait gaspiller, fâââtigue). Et donc je passe par le Louvre, où je tombe par hasard sur la porte des lions, au bout d'une aile qui donne que quelques tableaux anglais ne figurant pas même sur le plan (y'en a un de Gainsborough, d'ailleurs) ; et alors que je viens d'entrée dans la salle d'actualité (tout tout au bout), on ferme ladite salle : tiens, me dis-je, c'est peut-être pour ça que personne n'a regardé si j'avais bien le droit d'entrée. Je continue donc rapidement ma visite (peintre espagnols, italiens : bof), et constate que ça tourne au parcours fléché, étrange. Et tout à coup, je tombe sur l'expo que je cherchais, celle sur l'Arioste : annonce sonore, c'est bientôt la fermeture du musée, il est 17h40 ! Hallucinant, le Louvre ferme à 18h00 le samedi, on me l'aurait dit que je ne l'aurais pas cru...
Bref, plan de repli, je vais en quête de la librairie Taschen ; celle-ci est perdue dans St-Germain-des-prés (6ème), un lieu où les immeubles sont pas très beaux, les galeries "d'art" moche très nombreuses (c'est pas possible, c'est de l'évasion fiscale ! Je croise par un heureux hasard la galerie de Anne et Just Jaeckin, ça c'est mythique), ce qui implique des choses ahurissantes comme des studios à 350.000€, et des deux pièces à plus de 500.000€ (plus tard, sur Hoche, je trouverai que la location d'un studio sur la très belle avenue Pierre Ier de Serbie, dans le 8ème, est à 1350€ : qui est assez demeuré pour se louer un studio à ce prix-là ?). Bref, cette librairie est une bénédiction, de l'art, photographique ou pictural (un bouquin géant sur Hiroshige ! Dommage, y'a pas le même sur Hokusai), de l'architecture, de l'urbanisme, et du porno ; pardon, de la photographique érotique explicite (mais c'est pareil) ; assez amusant, chacun va mater les ouvrages de consultation, il y a bien "Roy Stuart V", "Do ti yourself" (ça j'ai déjà) ou "the big penis book" (qui intéresse beaucoup les groupes de filles). Une grande jolie blonde me demande le prix du Hiroshige, je la croiserai plus tard devant un bouquin d'archi, et entre-temps plongée passionnément dans des photos pornos du début du siècle (c'est pas parce que c'est en noir et blanc et que les protagonistes sont tous morts que ça ne reste pas du porno) : quelqu'un sait comment on branche une fille dans ce cas-là ?
Bon, j'arrive finalement à Pleyel, avec encore un peu d'avance, le temps de blaguer un peu avec Bladsurb : je pensais que c'était hier, Schoenberg, en fait c'était ce soir. Et Stockhausen aussi. Forcément, je croise Damien juste ensuite. Il a tout aussi bien une place un peu pourrie-très-loin, alors que l'on sent bien que ça ne va pas être aussi rempli que ça ; on se fait replacer autour du rang M (zut, j'ai pas noté), pas bien loin d'une grosse console de mixage ayant pris la place de plusieurs sièges sur deux ou trois rangées (les sièges du milieu de la salle sont facilement amovibles). La scène est étrangement agencée, aussi : un piano central, deux autres sur les côtés entourés de sièges, et des hauts-parleurs partout. Sera-ce sonorisé ? Manifestement, non, et la console ne devait servir qu'à l'enregistrement de la première partie. Décidément étrange.
Comme le public, d'ailleurs. De la rombière à l'artiste tournant à la coke (qui shoote dans le dos du siège régulièrement), du tousseur du renifleur (encore mieux !) et du sonneur de téléphone portable (mode : "ça s'arrêtera bien un nour tout seul"), il y avait des moments où la concentration n'était pas aisé. Quelques jolies filles [en] célibataires (c'est extrêmement rare), qui disparaîtront à l'entracte, des gens pas bien habillés. Comme un bon nombre des musiciens du Klangforum Wien, d'ailleurs : on a oublié de leur dire que ce n'était pas la Cité de la Musique, ici. Heureusement, les cordes étaient toutes sur leur 31, plus civilisés. Et puis, la star de la soirée, Maurizio Pollini, car ce concert s'inscrit dans le cycle du "Pollini Perspectives", donné conjointement à la CdM, et dont le programme total est vendu 10€ dans le hall : heureusement, on a tout de même droit à un double-feuillet pour suivre un minimum, à l'intérieur...
On commence donc par du Stockhausen. D'abord du piano, "Klavierstücke" VII, VIII et IX, du piano seul par Pollini : entre Ligeti très très mou et, à la fin, Messiaen (des zozios !), c'est pas mauvais mais guère trépidant. Ça fait vingt-cinq bonnes minutes, déjà, et on enchaîne sur "Kreuzspiel", avec quelques musiciens (un clarinettiste est d'ailleurs perché à côté du piano avec un nouvel interprète), dont des percussionnistes, qui assureront le seul vague intérêt que peu avoir la pièce. Il y a aussi un chef, Perter Eötvös, dont la biographie nous apprend qu'il est "Né Compositeur, chef d'orchestre et enseignant" (on soupçonne un bug). Ensuite, c'est "Zeitmasze", de nouveaux musiciens sur la troisième partie de droite de la scène, plus de bois (basson, hautbois, cor anglais), on dirait du Ligeti très, très ennuyeux : ça s'écoute, mais on a l'impression de perdre son temps. Et puis le "Kontra-Punkte" final qui fait participer un peu plus de monde (notamment des cordes : du coup, ça s'accorde au début, bizarre !), est un peu dans la même veine, ça s'oublie encore plus vite que ça ne s'écoute. Bof, bof, ce premier contact avec Stockhausen.1h15, quand même !
Entracte, Damien m'avoue lui aussi découvrir et n'être pas plus transcendé. Bladsurb nous apprend que la musique de Karlheinz (c'est son prénom) a beaucoup évolué ; bon, il faudra peut-être sacrifier de nouveau 8€ pour tester le reste, on a encore quelques années devant nous pour ça. Ça parle aussi de concerts jazzy qui sont le point commun des deux blogueurs : et ça ne donne pas forcément envie de tester...
On continue avec du Schönberg, au piano (Pollini, le retour) : je ne connaissais pas, "Trois pièces pour piano op.11", on dirait du Satie dépressif sans sans ironie, c'est vachement bien, mais ça ne dure que 15 minutes.
Le programme est réellement étrange : encore un bond dans le passé (d'une durée équivalente ? Le double feuillet des pauvres ne l'indique même pas, service minimum), et on a droit à du Brahms, le "Quintette pour piano et cordes en fa minueur op.34". Ça fait du bien, ça s'écoute sans fin, et à 22h ça sert même de berceuse de 45 minutes... Le concert se termine finalement effectivement bien tard, à vingt-trois heures moins dix (est-ce l'heure tardive qui avait déterminé des spectateurs à s'éclipser ?), les oreilles enchantées, une histoire de vieux pots...
Commentaires
J'adooooore votre plume...Vous êtes GENIAL et surtout ne changez rien ni à votre humour ni à votre causticité...Je vais assez souvent à Pleyel cette année, et vous y croisera sûrement un jour, mais me garderai bien de vous donner mon signalement compte tenu de votre regard sur les femmes....
DOMMAGE que vous n'ayez pas assisté au récital 100% Chopin de Maurizio Pollini le 7 Décembre dernier...j'aurais vraiment aimé lire vos réaction à cette soirée inoubliable...
A bientôt, j'espère !
Meeerde, je commençais déjà à me dire qu'il fallait que je vous demande si vous étiez une trentenaire de 1m72 taille 36, et me voilà totalement démasqué ! :'(
Vous ai-je déjà offert une place ? Non parce que ça arrive, parfois, vous savez, il fait vraiment bon être mon amie, et on pourra témoigner par ici de mon profond et chaste respect pour toutes les frigides que je côtoie (et puis en fait, j'ai plus le droit :/ ).
Non,cher Palpatine,vous ne m'avez pas encore offert de place...j'ai un peu plus de 30 ans et mesure moins d'1m72...je n'ai certainement AUCUNE chance, et ne suis pas du tout votre "genre" (de toute façon moi non plus je n'ai "plus le droit")...mais il serait ridicule de mettre les yeux et les oreilles au repos forcé lors de concerts!!!. Je devrais vraiment vous consulter chaque fois que je réserve une place dans une salle parisienne car vous en avez le plan parfaitement en tête, et énoncez immédiatement quels en sont les avantages et inconvénients (impressionnant!). Pour le récital de Kovacevitch à Pleyel (03.03.11) j'ai une place d'orchestre Y 127...est-ce "bien" ? Joyeuses fêtes en tout cas !
Chère nouvelle lectrice, j'ai bien peur que l'ami pianiste ne mesure moins de trois centimètres à cette distance-là. Mais réjouissez-vous : nous pourrons nous replacer ensemble ! Rendez-vous du côté impair mais tout devant (pas loin de la porte d'où arrivent les artistes), à 19h50.
Cher Palpatine,
le rendez-vous est noté : le 3 Mars je serai à Pleyel à 19h50 près des marches qui conduisent à la fameuse "porte"...car il serait vraiment regrettable que Kovacevich m'apparaîsse en "Tom Thumb" ...en ayant payé 55€!!!!
Je ferai entièrement confiance à votre savoir-faire !
Joyeuses fêtes d'ici là !