J'ai eu peur, mais ce fut excellent : du bon vieux Forsythe que nous a dansé le ballet de l'Opéra de Lyon, au théâtre de la ville, du temps où il n'était pas encore atteint de sénilité tout ça, bref, en 1991, 1996 et 2000. Second rang sur le côté, soit C9 : place spécialement près, et fort excentré sur la diagonale, ça change la focale, l'angle de vue est différent, parfois très intéressant, parfois gênant. Au moins, on peut mater de la ballerine en gros plan.

"Second Detail" : le programme nous dit que "William Forsythe aime à dire que ce qui l'intéresse"

c'est ce qui reste du mouvement... pas le mouvement lui-même, pas le mouvement pour le mouvement mais ce qu'il signifie, le sens qu'il révèle, avec les à-côté, les débris, les résidus, les différentes couches

Et moi, ce que j'aime beaucoup dans la danse contemporaine, c'est qu'on ne s'emmerde pas d'une histoire nunuche autour, on va droit au but ; c'est comme le porno, au bout d'un moment, on  vire le gras autour qui servait à rien à part se donner bonne conscience, et on se concentre sur l'essentiel. Du gris, du blanc, c'est fluide, il y a du kilojoule qui s'échappe. J'ai déjà vu le ballet de Lyon à domicile, mais j'étais assez éloigné : de près, on se rend compte d'à quel point la danseuse lyonnaise est épaisse, deux fois la taille d'une parisienne. La cuisse est ferme mais sa circonférence est aussi élevée que celle d'une américaine de l'ABT (d'ailleurs, à lire les noms, ça sent la ricaine dans le corps) ; du coup, ça vole moins haut, mais ça a plein d'énergie dans la fesse. Le danseur est robuste, mais on se demande si à force de soulever ses collègues féminines, il n'a pas fini par se tasser, à les voir tous côte à côte. Environ 25 minutes pour cette première partie

Entracte, 20 minutes, c'est qu'il faut défaire le décor, que l'on voit s'échapper par derrière le rideau (la discrétion n'est pas le fort du TdV : on aperçoit durant la représentation la coulisse, le sac de sport, parfois un type qui passe) ; je reste à ma place. C'est de là que j'aperçois une silhouette, totalement de l'autre côté, sur le retour : je prends mes jumelles pour la confirmation, c'est bien ça, il s'agit d'un clone d'Alice Renavand, en G3 !

Et puis "Duo", un pas de deux pour danseuses, Maïté Cebrian Abad et Dorothée Delabie, encore sur la musique de Thom Willems. La scène est réduite, plongée dans le noir, les corps sont proches, apparents à travers la grésille noire. C'est beau comme du Forsythe, du vrai. Un quart d'heure.

Enfin, "One flat thing, reproduced", vingt minutes de danses à tables, on traîne, on perd quatre litres d'eau dessus, dessous, entre. Très urbain, les cheveux ont été défaits, les vêtements souples, on louche sur le break. Efficace, ciselé. Et puis il y a cette blonde au pull rose, je ne l'avais pas remarqué avant, elle doit être nouvelle (Francesca Mattavelli ? Coralie Levieux ?), absolument formidablement belle (et elle se distinge du groupe par une fesse légère). Thom Willems hérite de Manu le Malin, plus personne ne connaît ça maintenant, la bonne techno dégénérée d'antan, décidément, il y a tout pour me plaire.

Je sors symétriquement à Alice Renavand : c'était bien elle, sa grande taille fine et son petit nez, oh qu'elle est jolie celle-là, par ma foi -- un syndrome Cozette, aussi, mais si je ne la suis pas dans son soutient à l'horrible Orlyn, cela ne m'a pas étonné de la croiser ici, fortement masculinement accompagné, d'ailleurs (un petit ami beau gosse bien des années en plus, et un couple, manifestement). On peut même faire dans la rubrique pipole au TdV, maintenant, c'est fou.