Ciel, j'allais oublier le billet hebdo, saleté de semaine décalée (bah, j'ai toujours un week-end de deux jours, ça embrouille tout). Alors qu'en plus, j'ai tout bien noté dans un coin, au fur et à mesure. J'ai en effet commencé une entreprise naturaliste à la Buffon : le classement des espèces.

Mercredi, j'ai constaté que dans les salles de concert, quand il y avait une invasion féminine, histoire de rendre le ratio moins terrible, il s'agissait de classes de lycéens, donc de lycéennes par la magie de la littéraire. Après, on ne la revoie presque plus jamais ; ou alors une bague au doigt : c'est le modèle classique.

Jeudi, TCE, la jeune fille est toujours rare, mais j'en ai deux exemplaires juste devant par magie : l'une est avec un type allumé dont les racines dans le XVIème doivent dater de Jacob, l'autre n'a pas l'air d'être trop paupérisée non plus malgré son violon sur le dos, bague bien chère au doigt, le tout doit avoir 20 ans : c'est la bourgeoise.

Vendredi, sortie du TCE, une amie-de-concert pas vue depuis longtemps parle avec moi discute assez longuement avec moi devant le théâtre ; elle me dit que je lui rappelle Chéri, de Colette, et que justement elle croît avoir vu que ça avait été adapté au ciné ; le charme d'antan, tout ça ; c'est vrai qu'il a même un chapeau gris avec ruban violet dans le film (mais ce n'est pas le même modèle de feutre, un peu plus anthracite et tourné par rapport au mien, plus un noeud pap' de pur violet : je veux absolument ce modèle !) ; elle est devenue encore plus fantasque qu'avant, et rêve de me faire rencontrer son vieil ami gay (ah non, il n'aime pas le terme) comédien (j'ai le prénom, le théâtre, et la proposition de faire cela le soir même) : c'est le modèle fantasque.

Vendredi toujours, ayant décliné l'invitation, je me retrouve dans le RER, et à un moment des jeunes gens m'entourent, et commencent une discussion des plus intéressantes ; il se rendent à une fête étudiante, et l'on passe 15 minutes à parler alcool, coma éthylique à éviter, prix des boissons, alcool, "maman me prend pour une petite fille", "j'adore boire !", et alors que l'on commence à rentrer dans la banlieue (ça fait un peu peur aux filles, la plus prolixe est ultra-mignonne, un modèle à la Uma Thurman), on aborde le sujet très important de l'accuité chez le psy (chacun et chacune a le sien d'une demi-heure à deux heures par semaine) : c'est le modèle étudiant.

Samedi, dans mes deux classes, il n'y a qu'une fille ; comme toutes les filles dans ce milieu, elle rame pas mal, mais c'est celle qui met le plus de volonté, et même si parfois je passe trop de temps à répondre aux questions, ça fait plaisir de voir que quelqu'un peut s'impliquer autant (mais une fois ingénieur, on doit être indépendant et chercher l'info, souvent c'est là qu'on se rend compte que le manque d'autonomie naturel du "j'apprends en demandant" mène à la cata) ; mais il faudrait quand même être fortement motivé : c'est le modèle geek.

Samedi toujours, Cité de la Musique, il y a quelques rares filles parmi les jeunes attendant d'entrer dans la salle ; le grand classique de la maison est là, dans son sac à patate qui sert de vague pantalon orange ou violet fluo, des accessoires partout, du surmaquillage, ça ne ressemble à rien (en fait, même sans tout ça, il faut bien avouer que déjà, c'était pas facile) ; et non, la pauvreté étudiante n'excuse pas le mauvais goût achevé : c'est le modèle littéraire dégénéré.

Dimanche, je suis au musée des arts décoratifs, il y a du modèle ado, on se demande ce que ça va donner tellement c'est insupportable, mais ça finira bien par rentrer dans l'une des cases du dessus ; je croise surtout plusieurs fois la même fille asiatique, grande, élancée (si ce n'est trop mince), un charme naturel, on fait même le XIIIème et le XIXème ensemble, et lorsque je sors, hasard total, elle fume dans la rue une fine cigarette ; comment diable l'approcher, je ne suis même pas sûr qu'elle parle français, elle a juste un peu rit quand on s'est croisé dans une petite salle et qu'il fallait passer ; je laisse finalement passer, tout couillon, en me rendant compte une bonne demi-heure plus tard de ce que je venais de louper : c'était le modèle Audrey Hepburn.

Lundi, alors que je tente d'établir le contact avec Miss Ouvreuse, on discute de choses et d'autres, difficilement, déjà parce qu'elle a une toute petite voix, ensuite parce qu'elle fuit tout le temps (même quand c'est elle qui commence -- ok, faut bien bosser des fois), enfin parce qu'elle est trop, trop gentille ; mais trop, quoi, pas moyen de la faire se moquer de la petite vieille trop chiante qui hante l'opéra (et qui serait une ouvreuse), j'ai vu des catholiques plus drôles ; on rame sévère, elle me rappelle tout à coup Sophie, Hymen, Claire, Hinata (ah, celle-là est fictive) : c'est le modèle introverti.

Mardi, alors que je visite les églises (y'a des trucs délirants dans le XVIème ! Ou c'est toujours le VIIIème ? Je cherchais le croisement de Serbie/Bizet, où vivait une ancienne courtisane, mais le pèlerinage a tourné court quand je me suis rendu compte que ça faisait quatre bâtiments possibles), je tombe sur une assez grande blonde ravissante, un ange, un vrai, avec le regard qui semble confirmer qu'elle n'a pas encore découvert sa mission sur Terre, et qu'elle ne la découvrira certainement jamais ; ses parents sont juste derrière, touristes, je ne savais pas qu'une pauvre église orthodoxe grecque pouvait être sur un guide ; quel gâchis : c'est le modèle naïf.

Mardi aussi, je me promène sur le net, je lis Olympe, retombe sur ça, et là, je soupire profondément, c'est pas possible d'être aussi réac' (sous couvert de progressisme), ça me rappelle l'action française :

Dès 1919, Charles Maurras demande le droit de vote des femmes, qui ne leur a été accordé que par l'ordonnance du 21 avril 1944 du gouvernement provisoire de la République française (GPRF). Maurras considérait que les femmes seraient plus sensibles aux arguments traditionalistes et catholiques que les hommes.

C'est l'abominable modèle féministe.

Il me manque encore à traiter les modèles salope éthique, intellectuelle (le précédent entre dans ce dernier), extravertie-mais-pas-trop, cagole (beurk), et je crois qu'on aura presque fait le tour de cette passionnante revue.

Mais là, j'ai pas le temps...  :)