Le Tigre s'est amusé, dans un numéro de janvier, à pister un inconnu, Marc L. (anonymisé ?), sur le net : bonne pioche, ce fut prolixe, l'article est excellent. Je m'amuse de temps à autre à ce genre d'exercice, aussi, essentiellement pour les demoiselles ("veille biographique") ; c'est fou tout ce que l'on peut trouver parfois, après de grands efforts (il y a parfois du brouillage de piste avec changements de pseudos). Mais depuis l'arrivée de facebook et consorts, c'est de la folie furieuse : la vie privée s'efface facilement dès qu'on gratte un peu.

Il y a différents types de personnes, sur le net : par exemple, les paranos totaux, comme Jules de diner's room, dont je connais à peine la profession au bout de trois ans de connaissance, et qui n'apparaît sur aucune photo, par exemple (quoiqu'il s'expose un peu plus, à présent) ; ensuite, les paranos normaux, comme Eolas (ou Lea, encore plus dur, non confirmé ;)  ), il faut acquérir pas mal de connaissances pour arriver à trouver l'identité, et ensuite, on n'est pas vraiment plus avancé ; suivent les paranos légers, comme Authueil ou moi, anonymes a priori mais en étant malin, on peut retrouver bien des choses, gardées cependant sous contrôle ; il y a les semi-assumés dont on peut associer le nom au pseudo en faisant un simple whois (Tarquine, Oli -- du moins avant, pas revérifié), mais pas l'inverse (en cas de recherche sur le nom, on ne tombe pas sur le blog perso), ça se défend mais en cas de révélation d'identité, il faut parfois tout fermer (on a le cas Ron, qui a eu beau se planquer... Maintenant il assume, mais je sais qu'il a eu quelques problèmes au passage) ; il y a enfin les assumés, le plus que l'on puisse faire étant Embruns a priori (mais en réalité, il y a pas mal de contrôle, sous la révélation brute d'identité).

Il y a aussi les paranoïdes qui ne veulent jamais apparaître sur leur nom propre ni que l'on parle d'eux sous l'un pseudonyme qu'ils utilisent régulièrement (balletomane #1 ;)  ), et paranoïdes-étranges qui peuvent raconter des choses très personnelles sur leurs blogs mais peuvent vous envoyer un mail énervé pour vous faire retirer le fait que dans une rencontre publique il était accompagné d'un tel (cette dernière personne restant anonymisée, qui plus est). Quant à ceux dont on se rend compte qu'ils ont réussi l'exploit de passer inaperçu sauf quand ils ne pouvaient pas faire autrement, c'est très étrange ; hier, j'ai vu un film sur Arte avec une fille absolument sublime, Fleur Lise Heuet, il n'y a rien sur elle nulle part à part télérama et imdb (qui n'a aucune info... pour une artiste...), le jour où elle se self-googlisera, elle tombera de facto ici... C'est bête parce qu'internet, c'est un outil dont il faut aussi se servir pour se mettre en valeur, en tant que professionnel.

Pour ma part, j'ai observé que personne ne cherchait jamais trop ; d'ailleurs personne n'est jamais remonté spontanément d'ici à ma véritable identité sans passer par une porte laissée ouverte (je ne dirai pas où ;)  ), et le cas reste très marginal. Il y a aussi l'effet "2490 billets", va retrouver l'info pertinente de la vie privée là dedans (je prends un malin plaisir à ne pas explicitement tagguer dans ces cas-là). J'ai un autre avantage naturel, il faut dire, l'association prénom+nom la plus banale qui soit, à tel point qu'on est quatre ou cinq clients chez Louis Vuitton, six au théâtre du Châtelet, une bonne dizaine chez Free, et une fois on a cru que j'empruntais une fausse identité (c'est presque vexant). Bref, une attention modérée (d'ailleurs, je viens de répondre sous mon nom révélé à une gentille lectrice qui elle-même était sous son propre nom -- je laisse en revanche généralement sans réponse les gens sous pseudo, trop compliqué de modifier le web-mailer), je blogue même depuis le boulot.

J'ai pu remarquer aussi que peu de recruteurs googlaient les noms. Personnellement, je le fais systématiquement. J'ai habituellement de bonnes surprises. Mais ce pourrai bientôt être des surprises tout court lorsque je vois ceci. Anne-Catherine L. est une amoureuse du nutella et de la chantilly ; elle déclare (2e page du forum, dès que le lien aura changé) de plus que :

pour pimenter, on utilise quelques gadgets (vibro, boules de geisha, menottes...), les massages, c'est sympa et aussi on fait des trucs dans des lieux insolite, on ose expérimenter des positions et des endroits différents. En pleine nature, c'est très sympa, et on peut faire preuve de beaucoup d'imagination!

Je sens qu'avec la nouvelle génération élevé au numérique, avec les photos sur flickr à leur naissance, leur skyblog à 6 ans, leur facebook à 13, et leur compte forum étudiant à 20, on va s'amuser gravement. Et justement, ce matin, j'en était dans ma lecture arrêté juste au moment où la "télé réalité" était abordée, et avec elle la redistribution vie privée/publique et ses conséquences. Avec les web-archivers qui ne donnent pas droit à l'oubli, on franchit encore une étape, à laquelle il serait intéressant de réfléchir. Après tout, le jour où je rencontre Anne-Catherine L., je lui proposerai une ballade dans les bois, ça fera gagner du temps.