Orchestre symphonique de la BBC, Jiri Belohlávek, Karita Mattila, ça commençait à faire beaucoup pour ne pas rater ce concert au Théâtre des Champs Elysées, bien connu pour sa politique en faveur des jeunes, et ses tarifs toujours attractifs. Même divisés par deux, il faut claquer 27€ pour avoir un vrai sièg, en fond de premier balcon, près d'une cloison : c'est abusé. Il y a les techniques ninja des vieux baroudeurs, le plus fort se câle directement en premier rang d'orchestre, entre deux places vides, et quand un couple arrive après la première partie, il se décale juste pour tomber pile poil en face de la soprano. D'autres préfèrent rester sagement debout dans un coin.  Il est vrai que la salle propose des "bons d'entrées" à 5€, ce qui la rend totalement compétitive à ce niveau-là. Si David me confie qu'il préfère la chaleur de cette salle (c'est vrai qu'il fait incroyablement chaud ! ^^) à Pleyel, je préfère tout de même m'assurer de mon confort ; mais avec la disposition inégale des sièges, c'est toujours une surprise, en l'occurrence bonne, car il y a de la place au fond (ce qui n'est pas le cas pour les deux catégories supérieures aux balcons), et je peux un peu m'affaler grâce au couloir.

C'est ainsi que débute le concert, avec une première pièce tout à fait spéciale, que j'adore dans l'absolu, mais plus moyen de me rappeler ce que c'était. Évidemment, du Britten, et ce qui est toujours très fort, c'est que ça s'oublie aussi facilement que ça s'adore, de telle sorte que l'on peut certainement écouter plusieurs fois d'affilée en redécouvrant à chaque fois. Tout un concept. En l'occurrence, je découvrais réellement, c'était "Four Sea Interludes" (quatre interludes marins, en VF).

Et puis ce pourquoi il y avait autant de monde connu, ce qui explique à la fois qu'il y avait du mélomane, mais qu'il restait assez de places libres pour caser les très, très nombreux derniers-minutards (je dirais bien deux à trois cents !), évidemment tous ou presque vieux, car il n'y a qu'à considérer la fenêtre de tir (j'y reviendrai). Bref, Karita Mattila pour les quatre derniers Lieder de Strauss. Aaaahhh, ooohhh... Tout est dit. Comme on applaudit énormément, on a droit à un bis improvisé a capella, en finlandais, de Kaija Saariaho apparemment, présente dans la salle. Et puis ça applaudit de plus belle, et du coup elle revient un verre d'eau à la main, nous dit encore quelques mots en français de remerciements (elle nous adore), et chantonne (si l'on peut dire !) un p'tit air en français (certainement fin XIXème/début XXème, chagrin d'amour de chépakoi, de mémoire, une idée quelqu'un ?).

Entracte, je fais un peu le tour (scan de jeune et jolie mélomane : bon, c'est pas la panacée, mais une figure connue et une autre en proie à une vieille dame collante, on fait dans l'approximation), discute avec les amis, et c'est reparti ! On est déjà pas mal à la bourre, et il y en a de nouveau pour 40 minutes annoncées : symphonie n°9 de Dvorak. Il va sans dire que l'interprétation est excellente (entre les vents et les cuivres, on balance à déterminer qui sont les meilleurs).

Et c'est vers la fin de l'interprétation, que je me rends compte que sur le panneau des tarifs de dernière minute, il y avait écrit "moins de 25 ans", et que justement... j'ai 25 ans. Je ne sais pas si c'est inclus, mais j'ai peur d'avoir un peu grugé, pour la peine. Il faut dire que pour le peu que je vais au TCE, le carton est de moins en moins affiché, donc depuis cinq mois, je ne crois pas l'avoir croisé ; un peu comme celui du Châtelet à "moins 26 ans", qui du coup me met un doute pour l'abonnement jeune de l'année prochaine. Le début de la fin, je sens, où alors il va falloir jouer au ninja, à voir. C'est tout de même crétin qu'à l'heure où les études de musicologie et d'histoire de l'art ont tendance à se terminer à 27 ans, pour avoir droit de pointer directement au chômage, ou au SMIC pour les meilleurs (j'abuse à peine), et où les "à peu près privilégiés" (5 ans de bonnes études pour se faire deux SMIC avant impôts) se prennent des loyers ou des remboursements d'appart' totalement indécent, il y a encore des salles qui ne comprennent pas qu'un tarif préférentiel en variable d'ajustement jusqu'à 28 ans, c'est tout de même un minimum. On va rire d'ici 15 ans, quand tout sera vidé, pour cause de démographie et de non-investissement dans la sensibilisation culturelle...

Fin de concert assez tardive, d'autant qu'on a droit à un bis de Dvorak hyper-connu-dont-je-n'arrive-pas-à-retrouver-le-nom (si j'avais du temps, je chercherais dans ma cdthèque, mais comme aucun mélomane n'a réussi à remettre un titre dessus, je partage ma honte). Avec l'ami berlinois, on se met à attendre le chef : finalement, au bout de bien vingt minutes, on se fait autographer par Karita Mattila, non sans avoir croisé Saariaho juste avant (le couple inséparable créera un opéra le 1er mars à Lyon, mais rien à Paris) ; elle est super-sympa, et on se rend compte qu'elle est beaucoup moins fantasque dans la vraie vie (notamment, elle porte des habits décents). Dix minutes plus tard encore, le chef arrive enfin, petit autographe sur le billet (je suis moins bien organisé que mon compagnon, qui a prévu des montage photo et récupéré des programmes qui ont parfois 3 ou 4 ans !), et puis voilà.

Ça valait quand même bien le coup, étant donné le haut niveau de la soirée !


update: Danse slave op72 (2e série) n°2 en mi mineur, Allegretto grazioso (un Royal Philharmonqic Orchestra par Antal Dorati, et un second exemplaire acheté sur place du phiharmonique tchèque par Neumann : je savais bien que j'avais ça quelque part ! ^^) ; et pour l'a capela, "Plaisir d'amour" de Martini il Tedesco, XVIIIe siècle