Enfin, non, pas tout, mais il fallait bien trouver un titre. "L'illusion comique" de Corneille, donné à la Comédie Française, m'est parvenu plusieurs fois à mes oreilles en des termes flatteurs. Et surtout, ça avait l'air "différent", bref, de quoi justifier de remettre les pieds à la Comédie, que je n'avais pas visité depuis... plus de deux ans, me dit mon blog (Cyrano). Je crois que tout le monde le sait, je n'aime pas le théâtre joué, et suis un fan moyen à la lecture. Le théâtre, c'est une forme dégénérée d'opéra (où je vais donc... 17 fois plus), où les gens sur scène ne chantent pas, et utilisent une masse de mots pour parvenir à leurs moyens ; en plus, quand il y a de la musique, c'est de la bande sonorisée, au secours.

Alors quand je débarque devant les portes d'entrée, forcément, c'est fermé : même pas foutu d'arriver aux heures d'ouverture. Bref, je repasse un peu plus d'une heure avant, le temps de remarquer que le public est assez similaire à ce que l'on trouve à la CdM, ie du littéraire attardé (essentiellement "de la ...") qui se mochifie à coup de bariolage (trois couleurs, c'est simple, trois couleurs, au delà il faut juste être très doué) et de maquillage, dommage. Et donc la courte file entre dans le hall, où un seul et unique guichet vend des places : comment ça marche ? Tarif normal, sauf si tu es jeune (moins de 28 ans), là c'est jackpot : 5,50€ pour "les places en rouge" (comprendre : visibilité réduite, mal au cou assuré ou très haut perché), ou alors 12€. Même qu'avec le pass' opéra en résa, on ne peut pas mieux faire (de toute façon, je ne comptais pas réserver, même s'il y a une masse de représentation, c'est difficile de prévoir sur l'agenda entre un concert et un opéra). J'opte donc pour un premier rang de corbeille ; il avait l'air assez de face sur le schéma (numéro 25, les numéros pairs/impairs sont inversés), en fait ça m'a bien tué le dos, décidément les théâtre à l'italienne sont de la vraie saloperie, même quand c'est tout minuscule comme là.

Je ne vais pas m'amuser à écrire un long commentaire détaillé puisque Mimy en a déjà écrit un très long (de la concurrence pour Lea), très complet, et très bien (après tout, elle essaie de savoir, pour la troisième année consécutive, si elle est normale -- souhaitons-lui que oui, déjà que littéraire, en soi, c'est pas facile tous les jours). En plus, j'ai divagué tout pareil sur l'épisode des briques, et la bonne idée que j'ai eu, c'est d'attendre un peu de temps après m'être fait autant spoiler, de telle sorte que je me suis un instant demandé si c'était bien de mise en abyme qu'il s'agissait (mais j'en avais rapidement reparlé avec mon experte préférée, aussi balltomane#2 à ses heures, donc c'était bien ça, fallait juste attendre la toute fin). Bref, j'avais bien tout oublié, un mois et demi après lecture : c'est que l'histoire est un rien complexe, ou plutôt embrouillée.

Ça pourrait presque préfigurer Lynch, que je vous dit. Paraît qu'il y a une pièce dans le même esprit mais meilleure dans le traitement qui a fait suite, si la sus-citée voulait bien me rééclairer, ce serait sympa (je pourrais aussi acheter des extensions mémoire, mais quand on en est à aller au théâtre le dimanche à 20h30, c'est dire le temps qu'on a de libre...). La salle est très vide (les spectateurs, sagement, restent à leurs places de catégories inférieures à trois pas de voir carrément mieux : c'est un autre monde !), la scène est très moche. Je veux dire, le metteur en scène Gali Stoev a plein d'idées intelligentes, mais niveau esthétique, on repassera, on dirait du Marthaler, mis à part le plastique -- plutôt Anna Viebrock, donc . Mouarf. Paraît que au moins, on se fait bien berner, par rapport aux anciennes mise en scène (qui en plus charcutaient le texte -- heu, c'est le metteur en scène qui travaille sur le texte ? Et il faut quoi le chef d'orch... ah bein non), plus neuneu-proof. Certes.

Mais fallait-il bien utiliser les mêmes acteurs pour plusieurs rôles ? Parce que même si j'avais étudié la question avant pour ne pas me faire avoir, patatra, je me suis emmêlé. Faut dire que déjà, ils ont des prénoms à coucher dehors, alors que pour les filles, Lyse en Isabelle, c'est clair et précis. On les fait se changer, mais franchement, bof comme idée, ça sent surtout la restriction budgétaire. Podalydès n'avait en tout cas qu'un rôle, et c'était le plus drôle (il y a de la réplique à récupérer) ; le reste, c'est de la tragédie, reste juste à savoir si c'est réel ou non. En tout cas, c'est long, pour seulement deux heures, ça traîne pas mal, et si les vers se font rapidement oublier, on a tendance au bout d'un moment à en sauter un sur deux tout en continuant à tout bien comprendre ; il doit y avoir de la redondance d'information (un truc de scientifique, je précise pour mes lectrices).

Les comédiennes Judith Chemla et Julie Sicard sont fort jolies ; la première a une tête de Judith (comme quoi, ça tombe bien), et a l'humeur à sauter dans tous les sens (aux saluts) ; la seconde ressemble à une Huppert, mais est enceinte jusqu'aux yeux, il ne m'étonnerait pas que la mise en scène ait été revue pour qu'elle puisse s'asseoir la plupart du temps. Les deux sont perchées sur des hauts talons, ça m'a traumatisé ; le rouge Valentino leur sied fort bien. L'affiche est très commerciale, de fait, mais ce n'est pas un extrait de la pièce en elle-même, d'ailleurs Lyse n'a pas ces bottines-là. Fin de la parenthèse hétérosexuelle.

C'est pas du super-régal, mais c'est intéressant. Comme je n'aime pas le théâtre, c'est à peu près le mieux que je puisse en attendre (quoique, grâce à Rohmer, je rêve de voir du Kleist, "la petite Catherine de Heilbronn", en bonus sur le dvd de "la marquise d'O" : je me suis régalé !). Ça me redonnerait presque envie d'y retourner un peu, pour du Jarry ou du Goldoni, mais j'ai un peu peur de préférer encore la lecture (et comme ma nouvelle politique implique de ne lire que des essais, ou du philosophe en fiction, ça attendra). Bon, je ne vais pas plus m'attarder, j'ai déjà renvoyé le compte-rendu-à-lire-absolument qui occupe une demi-heure.