L'AROP organisait, ou plutôt ma super-ex-voisine qui y bosse, une sortie de WE à Strasbourg, pour la première de "Werther". En guise d'apéritif, pour le groupe des 12 jeunes-de-moins-de-30-ans, une visite des coulisses de l'Opéra du Rhin. 12h30, dimanche, on pénètre le bâtiment par l'entrée des artistes, on passe par un couloir très bas de plafond où l'on voit les contrepoids sur les cordes en chanvre qui servent à la suspension des différentes perches au dessus de la scène, pour arriver dans la salle. Speech sur l'histoire de la salle, reconstruite à l'identique par les allemands après qu'ils l'avaient rasé durant la guerre de 1870. Et puis on passe dans la fosse d'orchestre, derrière la scène, sur la scène (où le décor est déjà planté), et enfin dans les loges, maquillage et coiffure, costumes. Une bonne heure quinze de visite fort intéressante par un très sympathique guide.




À 15h, après avoir déjeuné sur le pouce (alsacien, ie flammeküche) avec deux de mes amies préférées (j'en ai plein, je sais :p ), la précédente et balletomane#2, il était temps de rejoindre à l'opéra au second balcon, de côté impair -- heu, jardin, parce que là-bas, les numéros des places se suivent, avec une numérotation depuis le centre vers l'extérieur, modèle italien à la Châtelet. "Werther" de Massenet, encore, première, près de l'Allemagne d'où il est issu (et dans cette langue à la création à Vienne), mais pas que : Michel Plasson à la direction, Paul Groves pour le rôle-titre, Béatrice Uria-Monzon en Charlotte, voilà une distribution qui s'annonce dans l'alléchant, et même plus. Et en fait, la mise en scène de Mariame Clément, l'Albert de Marc Barrard, le Bailli de René Schirrer ou la Sophie d'Hélène Guilmette (très, très bonne, et jolie !), plus les Schmidt et Johann de François Piolino et Richard Rittelmann (version jeune, "Vivat Bacchus ! Semper Vivat !"), tout cela forme une véritable plus-value d'importance à cet opéra.

Pour Paul Groves, c'était une prise de rôle et une première fois à l'Opéra du Rhin : le rôle lui va à merveille, sa diction en français (qu'il ne parle que fort peu) est excellente (meilleure que celle de Béatrice, qui a fait des progrès cependant), son physique à la Daniel Auteuil (il n'est pas bien beau, mais fait craquer les filles) l'aide beaucoup à camper l'homme romantique qu'est le poète Werther. Béatrice Uria-Monzon convainc moins mes amies, avec sa voix puissante de mezzo, mais moi je l'aime toujours beaucoup (mort de Cléopâtre et Tannhäuser pour rappel), même si je dois bien reconnaître que dans la première partie, le texte invite peu à ce style ; la seconde partie, en revanche, utilise au mieux ses talents de tragédiennes, et tout à coup, tout le monde est quasiment d'accord sur la pertinence de l'attribution du rôle (qu'elle a déjà interprété à Rome).

La mise en scène est à la fois simple et travaillée, colline verte escarpée, extérieur à l'intérieur, dans lequel on peut replacer un intérieur (table de buffet ou chambre de Charlotte), et puis de jolies vidéos. Le tout est vraiment très bon, l'Opéra du Rhin à Strasbourg s'est forgée une très bonne réputation avec des spectacles de grande qualité, celui-là ne dérogera pas à la règle ! Mentionnons pour finir le programme papier d'une très grande qualité (attention, il n'y a pas de distribution sur simple feuille, c'est un peu bête), 92 pages sans pub, papier de grande qualité, musicologie (avec morceaux de la partition), biographies, livret, photos superbes, 9€, si seulement on avait ça à Paris ! Notons aussi que le programme invite les spectateurs à ne pas tousser : "il a été mesuré scientifiquement qu'une toux dans une salle de spectacle produit un bruit d'environ 60 décibels. En revanche, le simple fait de couvrir sa bouche de sa main ou d'un mouchoir réduit ce bruit de 90%". Le public a été tout le long absolument silencieux, attendant bien que le rideau soit totalement descendu avant d'applaudir. Bien moins que ça ne l'aurait mérité, parfois trop poli, décidément, car ça méritait une petite ovation, tout de même (il paraît que l'orchestre a foiré un peu quelque fois : je n'ai pas remarqué). Lors du cocktail de première, j'ai fait dédicacer mon programme par Paul et Béa. Et je remercie encore une fois Nol'.  ;)