"La Bayadère" : ce nom fait frissonner des générations de balletomanes depuis 1877, date de création par Marius Petipa (revisité depuis en 41), par le ballet de St-Petersbourg. Et justement, c'était eux qui assuraient en ce dimanche soir au TCE, le lieu privilégié des relations franco-russes.Évidemment, c'est blindé depuis longtemps, du moins si l'on espère voir quoi que ce soit (bizarrement, personne n'a pris de place sans visibilité pour le seul plaisir de la musique de Minkus, avec "l'orchestre du Saint-Petersbourg Ballet Théâtre" [sic]). Mais la fée Clochette avait de bonne chance de me proposer une place d'accompagnement ; sauf qu'elle a choppé la crève, la pauvre. Comme le malheur des uns fait le bonheur des autres... voilà que par un hasard de calendrier, c'est Mimy qui a hérité de la seconde (enfin, la première) place du second rang de premier balcon, centrée quoique paire, ce qui est la classe -- l'histoire est très simplifiée pour les besoins de l'ambiance relative à tout bon ballet.

Dans le public, la balletomane est en force, ça fait même peur, un décompte a relevé jusqu'à 12 êtres féminins d'affilée : ce taux hautement inhabituel devrait se résorber au prochain concert. Mais telle n'était pas ma mission d'observation : chargé j'étais de porter grande attention à la star Irina Koleskinova dans le rôle-titre aka Nikiya, mais aussi à l'interprète de la princesse Gamzatti, en l'occurrence Marina Vejnovets. Belles grandes et fines trentenaires, fort à mon goût. De toute façon, ce n'est pas comme si je pouvais comparer, car à peine ai-je vu quelques extraits tard le cou tordu il y a plus d'un an... Alors moi, je dis que c'était très bon -- au pire, on ira voir chez Mimy la version très-longue et certainement fort techniquement commentée, on peut lui faire confiance.

"La Bayadère" présente plusieurs points caractéristiques : l'histoire est à la fois extrêmement simple et assez compliquée pour ne pas être compréhensible une fois dansé : un prince (Solor, Danila Korsuntsev) s'éprend d'une jeune bayadère (admirant une idôle dorée, Alexander Abaturov, qui mérite effectivement de l'être), elle-même convoitée par un Brahmane (Dimchik Saykeev) ; or, ledit prince se fait présenter par le Rajah (Pavel Holoimenko) à sa fille, la princesse Gamzatti, et est obligé de rompre son serment précédent pour épouser la seconde, ce quene manque cependant pas de dénoncer le jaloux prêtre ; Gamzatti fait alors venir sa rivale, et ayant échoué à l'acheter, on assiste à une bataille de chiffonnières sur pointe (poignard, donc) ; réussissant à s'en sortir sur l'aide de la servante Aiya (Olga Yakubovich), la princesse n'oublie pas après l'entracte (il faut se remettre un peu de toutes ces émotions) de se venger lors de ses noces (après vingt minutes de différents tableaux et moments solistes ou pas de deux, évidemment), en faisant fournir à Nikiya un panier de fleur contenant un aspic (là c'est gravement incompréhensible au niveau de la mise en scène aux pauvres effets spéciaux) ; le Brahmane veut bien fournir l'antidote, mais à condition que la bayadère lui appartienne : refus de l'intéressée, qui se laisse mourir. Évidemment, on a là un soucis : il manque une partie d'acte 4 (qui correspond à l'acte 3 sur wikipedia, balletomane à l'aide !), et on n'a plus d'héroïne : peu importe, le prince en prend (de l'héroïne, hein), et en avant pour le pays des Giselles (le même sept ans plus tard, techniquement), toutes de blanc vêtus.

Je me disais bien que j'avais déjà vu ces dernières scènes : c'était avec le Bolchoï, l'autre compagnie spécialiste en kitschouneries ! Bref, si l'on connaît l'histoire avant, on peut s'en sortir, sinon il faut amener sa balletomane (ou semi) pour se faire debriefer régulièrement. On regrette fortement que les bayadères ne s'adonnent pas à leur activité de prostitution sacrée (mon estime de l'Inde remonte -- caste élevée, éducation spécialisée, et religion au service des plaisirs consentis --, quoique ça fait presque un siècle que les anglais ont puritanisé tout ça -- les cons, comme d'hab'), mais enfin, on est au ballet, voyons (oui, c'est un peu ironique, tout se perd ma bonne dame !). D'ailleurs, malgré le drame, c'est tout léger, tutus et fantômes au programme, couleurs des costumes qui jurent et ballons, fouettés, chignons. 47, 36 et 30 minutes pour ce Dallas indo-russe. Les photos sont toutes pourries (pas assez de lumière !), mais Gamzatti n'était déjà plus là, comme les autres personnages secondaires (le Brahmane, etc) : si les russes sont toujours aussi friands de saluts, ils ont aussi tendance à disparaître de manière assez incompréhensible...

(encore un graaaand merci à balletomane#2 aka Gamzatti, à qui l'on souhaite un prompt rétablissement : je t'ai pris le programme pour consolation ;)  )

(edit: chez Mimy, long comme d'habitude)