J'avais le choix aussi avec "on entend de drôles de bruits", selon la technique propre à Lea de prendre une phrase de l'oeuvre pour titrer un billet. Et puisque j'y suis, j'invente, après le "démettteur en scène"© de la précédente, les "décompositeur de musique"© (apparemment Gounod était le seul à employer le terme, pour trois occurrences google : je me l'approprie donc !). Mais revenons à notre titre : racontant, alors que je me suis enfui à l'entracte (1h20 qui en ont déjà duré dix de plus de souffrance, on a du retard et il reste encore 45 minutes...), mon malheur musical à B#2, celle-ci me souffla le nom d'une rubrique qui contait les atrocités artistiques. Nous y voilà.

"Le lac est dur et transparent", "le rocher a rêvé d'une caverne", et j'en passe : au début, je pensais que c'était juste bof, mais qu'il y avait de l'espoir ; ensuite, je me suis dit qu'il faudrait que je rapporte que "je pense de cette oeuvre, à mon humble avis et avec toute la subjectivité éclairée que cela comporte, est nulle" ; mais avec ce déferlement durant vingt minutes de fausse poésie surréalistes à cinquante centimes d'Euro, j'ai commencé à suspecter le foutage de gueule. Ou alors, c'était dû à des interférences avec la résistance basée à Londres, mais je ne crois pas.

Pourtant, ça ne commençait pas si mal. Si l'on veut. Châtelet , création scénique mondiale : "Pastorale" de Gérard Pesson (né en 1958) est un opéra en quatre actes et 42 numéros -- c'était bon signe. "L'Astrée" a été prise pour base (je me suis demandé si Rohmer serait dans la salle : mainifestement, non), mais cette fois, le livret de Martin Kaltenecker, Philippe Beck et Gérard Pesson l'a massacré dans les grandes largeurs ; si l'on consièdre qu'ils s'y sont mis à trois, pour pareille daube, on peut qualifier cela d'association de malfaiteurs. Et puis la mise en scène de Pierrick Sorin pouvait nous rappeler aux bons souvenirs de celle du Rossini au même endroit, mis à part que cette fois, on se promène sur des tapis roulant, sur fond de montagne, alors que des moutons arrivent en sautant -- en seize cents banane, on mettait des bergers partout. On passe la modernisation (après tout, le livret parle de bruit de l'air qui ressemble à un avion), mais dans l'ensemble, c'était moins trépidant...

C'est lent. Il ne se passe, pour ainsi dire, rien. On tient des silences de quatre secondes. On tient des notes mornes au violoncelle seul pendant trente secondes. L'action piétine à mort. Et au contraire, sur scène, ça s'agite dans tous les sens. Ça fout la nausée, à force. Et dans la fosse, rien. On change tout le temps de rythme, de ton, de style, ça ne tient pas en place plus de dix secondes. Des personnes fuient. On se fait rudement chier, les quelques trouvailles de la mise en scène viennent rattraper le vide musical. D'ailleurs, la plupart du temps, on ne chante même pas, on déclame, avec parfois un air derrière, une intonation vague. Astrée et Céladon n'interviennent presque jamais. Il y a juste deux ou trois passages vaguement intéressants, on se surprend à porter une grande attention à des tuyaux qui font flûte à un ton dès qu'on les fait tournoyer dans les airs...

Et puis "je nous trouve bien héroïques" : ma vieille voisine déclare alors "moi aussi". Et là, alors que je commençais déjà à rire jaune, j'attrape un fou rire. Comme devant les nanards. Di bonnes minutes. Ça ne s'est pas arrangé avec le livret qui donne dès cet instant dans des formules pouvant être réinterprétées de travers, jusqu'à ce qu'on soit affligé d'un espèce de scam immonde dont j'entendrais à l'entracte une femme déclarer "j'ai cru qu'ils allaient nous faire la star ac'". À l'entracte toujours, un homme affrime : c'est un opéra baroque, il n'y a que du récitatif ! J'éclate encore de rire. Il y en a bien Zvezdo -- ça fait une éternité qu'on ne s'était vu, boudiou -- qui ne déteste pas, il trouve même que c'est rudement bien, cette musique très douce, avec plein de silences. De la musique sans musique, c'est très conceptuel, oui, il fallait l'inventer, tiens...

En lisant le programme, je me rend à l'évidence : ce n'est qu'une mise en bouche, cette première partie, le reste risque fortement d'être bien pire. Je comprends au passage pourquoi les nymphes étaient en infirmières : "Trois nymphes passant par là trouvent le corps inanimé et le transportent à leur château d'Isoure fiché sur un rocher. [...] Puis, chuchottant [encore une occasion de ne pas chanter, ndlr], font comme un blason de son coprs, commentant chaque détail, s'employant à le soigner. Elles deviennent ainsi 'nymphirmières'". Oui, fallait l'inventer celle-là, au moins je suis fixé, c'était bien du foutage de gueule... Bravo moniseur Pesson, vous inaugurez la liste de mes décompositeurs de musique -- il faudrait que je retrouve les noms d'autres coupables, aussi, notamment parmi les destructeurs de pianos.