Mathilde, ah, Mathilde, aaahhh. Quelle est belle, et mignonne, et craquante, et adorable, et superlative, et attachante. Il faut voir Mathilde Froustey dans "la fille mal gardée", car Lise, c'est elle. Certes Myriam Ould-Braham est une adorable crémière, toute en douceur. Mais Mathilde minaude depuis son plus jeune âge (document vidéo à l'appui, je cherche toujours "à l'école des étoiles", d'ailleurs), Mathilde est coquine au naturel -- ou du moins elle n'a pas à trop se forcer --, elle n'interprète pas Lise, elle est Lise. Et depuis la loge impératrice, juché sur le banc, en gros plan, à quelques mètres à peine, où on entend souffler, parler, compter, au coeur de l'action (on y aperçoit même la régie, parfois démonter des bouts de décors, passer un coup de chiffon par terre, ou indiquer comment ne pas se rentrer dedans lors d'un pas de deux dos à dos).

Cette distribution est fameuse, et si B#4 attend avec impatience un compte-rendu (pas de bol, je me suis endormi en plein milieu de la rédaction de cete note) alors même que l'on y retournera la semaine prochaine pour les mêmes, mes pensées vont à B#2, dont la place aura fait une heureuse : ne trouvant aucune balletomane dans mon pourtant longue liste (B#3 était bien libre, mais je l'ai occupée en lui filant ma place pour Keersmaeker), j'ai finalement un peu au hasard donné la place d'accompagnement à la jeune juriste de la boîte, qui mettait pour la première fois les pieds à Garnier (autant dire que l'entracte de vingt petites minutes a été sportives pour faire le tour), et qui en est repartie émerveillée -- et déjà prête à revenir. Mais parlons d'Emmanuel Thibault, dont les balletomanes de la loge (la précédente s'étonne d'être décidément toute la journée entourée de geeks, et découvre même le terme de balletomane !) soulignent l'intérêt de la seule véritable prise de rôle.

Eh bien, il est très bien, le Thibault. Je l'envie évidemment fortement car il a le droit de baiser Mathilde pour le boulot (et de près, j'affirme qu'ils ne se visent pas le menton...), mais outre cela, quand bien même il semble en dessous de Heymann (d'un autre côté, j'étais beaucoup plus loin), il reste très étonnant. Techniquement, et artistiquement. Sa paire avec la Froustey devait a priori souffrir de quelque écrasement de la personnalité débordante de la jeune fille, mais il arrive finalement à exister. On excusera mon peu de connaissances balletomanesques qui m'empêche de m'étendre plus.

D'ailleurs, je ne savais même pas que Michaël Denard était une sort de légende : "étoile invitée", nous dit seulement le mini-programme, alors que le complet m'apprend qu'il a... 65 ans ! Pas tant de maquillage que ça pour rentrer dans la peau de mère Simone, alors ! Allister Madin, en Alain, est assez irrésistible aussi. Jean-Christophe Guerri, Mickaël Lafon, Caroline Bance ou Aurélien Houette, même les rôles plus mineurs -- mais néanmoins très présents -- sont parfaitement assurés. Un véritable plaisir visuel, dommage que cette fois la loge de côté a empêché de voir un cinquième de ce qui se passait sur scène, ce que j'ai pu facilement compléter de mémoire, pour ma part -- on ne voyait pas la porte au second acte, par exemple, sans compter la commode totalement hors champ.

Si la loge gâche d'ailleurs quelques surprises, de par son point de vue qui révèle toute la prestidigitation, on ne peut qu'être sous le charme absolu des danseurs et danseuses (beaucoup sont à croquer), évidemment Mathilde au premier plan, qui a eu droit à son bouquet lancé. Le sujet meilleur que bien des étoiles, c'est encore plus scandaleux que pour Myriam -- d'ailleurs c'est le seul sujet prévu dans les trois premiers rôles du ballet, en l'occurrence le principal --, et son interprétation à la technique parfaite ne peut que laisser béat d'admiration.