J'arrive avec dix minutes de marge depuis le boulot en ce vendredi soir : première étape, rechercher quel est le bon guichet pour retirer ma place. Car le passe intégral jeune de Radio France marche ainsi : il faut chaque mois commander les places du mois suivant, qui ne sont pas envoyés chez soi de manière civilisé, non non, il faut aller les chercher à l'accueil et dans la bonne file de chaque salle avec son passe en main, qui est l'une des création les plus immondes qui soit, pis encore que la carte 12-25 de la SNCF, ce qui est un exploit. On me remet donc une enveloppe RF, qui contient un porte-billet RF, qui contient mon billet en rang BB (oh, au téléphone, c'est moi qui ai appris que c'était le rang BB, parce que sur leur ordinateur, ils n'ont pas la numérotation dans la salle, c'est pratique -- "deuxième rang devant", "plutôt au fond", "très sur le côté" --, heureusement l'imprimante est plus intelligente que l'écran chez eux). Et je dois bien m'estimer heureux : à la base, je ne pouvais pas réserver ce concert. Parcekecékomsa.

Vous comprenez, sur la brochure trimestrielle, la direction de la musique a mis une mention de deux petites lettres qui signifient "jeunes non acceptés" ; sur le concert du TCE aussi, mais là il n'y a que le choeur, et le pass' ne s'applique pas pour les coproductions, même quand elles ne sont pas explicitement spécifiées. Et même si la salle comporte de très nombreuses rangées vide, parce qu'on est très con chez RF de penser qu'un Schumann/Brahms par MWC en face d'un requiem de Mozart va remplir la salle, on vous file tout de même une place pourrave, parce que merde, vous êtes jeune, quoi.

Et donc, en téléphonant cette semaine parce que mon dernier mail (avec relance) de réservation de mes places d'octobre n'avait pas eu de réponse, j'ai appris que mes places d'octobre avaient bien été validées, sauf une, qui est devenue "inaccessible aux jeunes", comme ça, par magie. Mais en échange, me dit la jeune fille confuse au téléphone, qui ne cache pas son non-support aux techniques de la direction, certains concerts deviennent accessibles ! Et c'est ainsi que j'ai enfin pu réserver mon concert qui nous intéresse. Je reviendrai plus tard sur le reste de cette aventure, qui ne commence ni ne s'arrête là, et vous pensez bien que n'aimant pas trop être pris pour un con, cela inclura la DGCCRF, la directrice de la musique de RF, et les cabinets des ministère de l'économie et de la culture (qui normalement a dû sonner à la porte du président de RF).

Je rencontre Christian et l'ami berlinois, le premier étant au courant de mes mésaventures (et je n'étais donc pas censé venir), le second me disant qu'un jeune ami commun galérait de la même manière avec Pleyel. On remarque d'ailleurs que l'excellent concert de la veille au TCE était à 10€ en dernière minute (et non moitié prix par catégorie comme on le pratique dans cette salle), tandis que ce soir c'est 20€. Myung-Whun Chung arrive sur ce, accompagné d'un Lars Vogt qui décidément fait bien six ans de moins que ses 39 ans (note à Lea : je ne sais pas s'il est célib', a bio est incomplète à ce sujet). Concerto pour piano et orchestre en La mineur op 54, trentaine de minute, du Schumann heureux, nous aussi. Le pianiste est tellement dans son affaire qu'il entre en transe à la fin, à bouger tout seul sans jouer en face de l'orchestre ; ridicule assumé. Mais s'il faut ça pour connaître une qualité de jeu pareille, alors souffrons pour mieux avoir de plaisir (certaines confirmeront ce précepte).

Le concert est très filmé, Lars Vogt nous gratifie d'un maxi-bis, second mouvement de la sonate en do de Mozart, de mémoire. Le programme nous disait justement que Schumann essayait de s'en détacher, du Mozart. Entracte, on se dégourdit un peu les jambes, la prétendante miss ouvreuse 2010 n'est point là, en fait on l'apercevra aux vestiaires à la fin, resplendissante. Je rejoins mon rang B impair (bah ouais, faut pas déconner) aux côté de l'ami berlinois pour la seconde partie : symphonie n°2 de Brahms. Ça doit faire la trois ou quatrième de l'année, mais que voulez-vous, c'est comme admirer prétendante-miss-ouvreuse-2010, on ne s'en lasse pas (même avec le peu de passion caractéristique du chef, suaf sur le final où il se lâche carrément).