Premier concert de l'Orchestre Nation de France du mois d'octobre ce jeudi au TCE, qui a donc nécessité une pénible réservation ; ils m'ont placé au rang W pair, les rustres (même si de face, ça reste une très bonne place, j'avoue), alors qu'il restait largement assez de places pour caser des jeunes derniers-minutards à la pelle à l'orchestre ou au balcon. Et d'ailleurs, j'ai conseillé à Mimy le parterre (on lui a filé du pair, ceci dit), afin de pouvoir s'y replacer ensemble. Las, l'ouvreuse est teubée et tente de m'éjecter ; après ne pas lui avoir donné de pourboire, je me replace aisément sur le côté, dans une clairière. Mimy, pas débrouillarde pour un sou (une Versaillaise, faut l'excuser, mais j'ai pris sa rééducation en main) reste à sa place, loin des yeux.

La première partie ne dure cependant qu'une demi-heure : concerto pour piano de Grieg. Car c'est une soirée Grieg, que j'ai préféré à Netrebko en version italienne à Pleyel (l'ami russe aussi, mais on est bien les seuls, et la salle a été comblée à coups d'invitations massives). Kurt Masur est la direction, et la célèbrissime Elisabeth Leonskaja derrière le clavier. L'entrée est fracassante, mais le léger problème, c'est que le reste aussi. Le piano bouge à vue d'oeil, il se prend de sacrée bastos, et au bout d'un moment, on se demande si ça ne manque pas un peu de subtilité, tout ça. La Société Protectrice des Pianos décide tout de même d'adresser un avertissement à notre pianiste. En bis, on se refait un mouvement.

Le piano est évacué à l'infirmerie pendant l'entracte, et je retrouve ma Mimy, à qui j'indique les très bons spots de double places libres ; comme elle n'est pas si faciler à manier (elle est plus grande que moi, après tout), des ninjas venus d'en haut piquent rapidement ces bonnes places inoccupées, et il faut se dépêcher d'aller squatter le strapontin presque voisin (moyennant un échange avec la jeune voisine nipponne, mais si, tu peux le faire Mimy !), quitte à ne pas retrouver l'ami russe, ni aller embêter le directeur de la musique de RF (en fait, le mail que j'ai reçu est des relations avec le public de la direction de la musique, mais la formulation était très ambigüe !). La vue y est belle, sur la scène ; mais les fesses en pâtissent grave, le TCE n'est décidément réellement confortable que sur les grands sièges du parterre.

La seconde partie est la plus attendu : un "Peer Gynt" en entier ! Chose bien rare, l'oeuvre dure 70 minutes, nécessite un récitant et une excellente soprano pour Solveig outre une mezzo pour Anitra, trois filles des pâturages, et un choeur très complet dont quelques chanteurs servent de solistes ponctuels. C'est Eric Génovèse qui incarne notre anti-héros Peer et assure les parties de narration. Il est très, très bon. Le texte norvégien d'Ibsen est habituellement traduit en français ; pour les parties chantées, c'est plus complexe, si les vers sont courts, ils sont traduits, sinon c'est la VO qui l'emporte. Heureusement, un livret est fourni, totalement complet (contrairement à ce que l'on pourrait trouver) -- il a fallu un peu se démener pour l'avoir, d'ailleurs : "mais non, on n'est pas ensemble, regardez moi je suis tout en haut !".

Les méga-hits se suivent, l'orchestre est très en forme. On le sent dès l'introduction, avec l'alto solo qui fait des merveilles (lui -- attention, appeau à trolls). Il y a des trolls partout, des créatures mystérieuses, des voyages à travers le monde, et Solveig, merveilleuse Camilla Tilling (qui a un peu de mal avec les sur-aigus, mais on lui pardonne, elle est tellement géniale... Et suédoise, ça aide peut-être aussi). Mais il faut se faire une raison, la "musique de scène" s'achève, déclenchant après quelques secondes de silence religieux une ovation générale. Un vrai régal par le National de France.