L'expo est en cours depuis quelques temps au Louvre, mais le problème principal est toujours de trouver du temps pour s'y rendre. Apprenant à Mimy les bienfaits de la carte Louvre jeune, de ses capacités d'invitation en nocturne (à 19h30, cependant, on a beau être vendredi, y'a le boulot avant), et de son invocation du coupe-file, nous entrons rapidement dans l'exposition temporaire du hall Napoléon la plus traditionnellement peuplée (on se bouscule sans cesse, et pourquoi diable les chaises roulantes pullulent-elles dans les heures d'affluence nocturnes ?). "Titien, Tintoret, Véronèse : rivalités à Venise" : des peintres italiens du XVIème, de grands formats pour les palais et les églises, et une bataille à la commande.

Il y a un qualificatif que j'aime beaucoup pour la peinture italienne de cette époque : mauvaise. Mais bon, les goûts, les couleurs, tout ça. L'expo est classée par thématique, mais aussi par ordre chronologique, ce qui est dommage lorsqu'on s'en rend compte trop tard. Parce que ça s'améliore beaucoup, sur la fin. En attendant, il y a des couleurs criardes, des personnages bizarrement formés (une jambe recourbée trop courte, par exemple), un travail totalement raté sur les reflets (il y en a même qui font peur), et d'une manière générale, on se dit que les primitifs flamands sont tellement meilleurs qu'il n'y a pas photo.

Surtout lorsqu'on en arrive aux pèlerins d'Emmaüs, où manifestement ce qui est représenté n'a rien à voir avec la choucroute ; il y a même des femmes et des enfants. Avec Mimy, on commence à être scandalisé -- et à remarquer que Rembrandt, c'est une autre paire de manche --, et c'est là où l'on apprend que Véronèse a fini par se faire coller un procès par l'Inquisition.

L'Inquisiteur: "Quelqu'un vous a-t-il demandé de peindre dans ce tableau des hallebardiers, des bouffons et d'autres choses du même genre ?"
Véronèse: "S'il reste de l'espace dans le tableau, je l'orne d'autant de figures qu'on me le demande et selon mon imagination [...] Nous les peintres, nous nous accordons la licence que s'accordent les poètes et les fous"
Procès de Véronèse devant le tribunal de l'Inquisition, 1573

(merci cette critique pour compléter l'écriture pas bien lisible d'une Mimy pressée)

L'Inquisition ne brûle pas, et l'énième Emmaüs devient "Repas chez Levi" (non exposé), tandis que deux ans plus tard, il récidivera : moralité, il faut être inflexible. Alors qu'on aborde ensuite des tableaux de chiens -- gosh ! --, je me rends compte que mon préféré, c'est Bassano. Couleurs et compositions originales, il se distingue à tous les coups. On revient alors à la rivalité "fraternelle" (on commence par un zoom sur "les noces de Cana", où les quatre compères sont représentés en troubardour ensemble), avec une suite de photos localisées dans Venise correspondant aux différentes oeuvres décoratives et concours (où ça trichait comme pas permis). Bonne idée pour une fois -- parce que les petites explications en blanc sur gris et en tout petit, c'était pas bien heureux, sinon.

On croyait arriver à la fin, tout fourbus, mais il n'en était rien : sauf que voilà, on nous annonce tout à coup que ça ferme à 21h45, ce qui chez mio est différent des 22h annoncés a priori. Résultat : on presse le pas. Et on est obligé de rester bien moins de temps qu'il n'en aurait fallu dans l'avant-dernière salle, avec des Viols de Lucrèce splendides (sauf un, heu, Tintoret ? Bref, Tarquin ne savait pas trop ce qu'il faisait là, et Lucrèce ne captait pas trop ce qui lui arrivait dessus) : érotisme violent, obscur (fini les couleurs criardes, depuis la découverte dans leurs vieux jours que l'on pouvait peindre des scène de nuit !), fascinant.

On aurait bien aimé que tout soit comme ça -- oui, je suis de mauvaise foi, évidemment, mais il n'empêche...  (et puis, Mimy liera son roman-rendu en images)