Titien, Véronèse et Tintoret sont sur une gondole
Par palpatine le dimanche 1 novembre 2009, 00:20 - ... et les arts - Lien permanent
L'expo est en cours depuis quelques temps au Louvre, mais le problème principal est toujours de trouver du temps pour s'y rendre. Apprenant à Mimy les bienfaits de la carte Louvre jeune, de ses capacités d'invitation en nocturne (à 19h30, cependant, on a beau être vendredi, y'a le boulot avant), et de son invocation du coupe-file, nous entrons rapidement dans l'exposition temporaire du hall Napoléon la plus traditionnellement peuplée (on se bouscule sans cesse, et pourquoi diable les chaises roulantes pullulent-elles dans les heures d'affluence nocturnes ?). "Titien, Tintoret, Véronèse : rivalités à Venise" : des peintres italiens du XVIème, de grands formats pour les palais et les églises, et une bataille à la commande.
Il y a un qualificatif que j'aime beaucoup pour la peinture italienne de cette époque : mauvaise. Mais bon, les goûts, les couleurs, tout ça. L'expo est classée par thématique, mais aussi par ordre chronologique, ce qui est dommage lorsqu'on s'en rend compte trop tard. Parce que ça s'améliore beaucoup, sur la fin. En attendant, il y a des couleurs criardes, des personnages bizarrement formés (une jambe recourbée trop courte, par exemple), un travail totalement raté sur les reflets (il y en a même qui font peur), et d'une manière générale, on se dit que les primitifs flamands sont tellement meilleurs qu'il n'y a pas photo.
Surtout lorsqu'on en arrive aux pèlerins d'Emmaüs, où manifestement ce qui est représenté n'a rien à voir avec la choucroute ; il y a même des femmes et des enfants. Avec Mimy, on commence à être scandalisé -- et à remarquer que Rembrandt, c'est une autre paire de manche --, et c'est là où l'on apprend que Véronèse a fini par se faire coller un procès par l'Inquisition.
L'Inquisiteur: "Quelqu'un vous a-t-il demandé de peindre dans ce tableau des hallebardiers, des bouffons et d'autres choses du même genre ?"
Véronèse: "S'il reste de l'espace dans le tableau, je l'orne d'autant de figures qu'on me le demande et selon mon imagination [...] Nous les peintres, nous nous accordons la licence que s'accordent les poètes et les fous"
Procès de Véronèse devant le tribunal de l'Inquisition, 1573
(merci cette critique pour compléter l'écriture pas bien lisible d'une Mimy pressée)
L'Inquisition ne brûle pas, et l'énième Emmaüs devient "Repas chez Levi" (non exposé), tandis que deux ans plus tard, il récidivera : moralité, il faut être inflexible. Alors qu'on aborde ensuite des tableaux de chiens -- gosh ! --, je me rends compte que mon préféré, c'est Bassano. Couleurs et compositions originales, il se distingue à tous les coups. On revient alors à la rivalité "fraternelle" (on commence par un zoom sur "les noces de Cana", où les quatre compères sont représentés en troubardour ensemble), avec une suite de photos localisées dans Venise correspondant aux différentes oeuvres décoratives et concours (où ça trichait comme pas permis). Bonne idée pour une fois -- parce que les petites explications en blanc sur gris et en tout petit, c'était pas bien heureux, sinon.
On croyait arriver à la fin, tout fourbus, mais il n'en était rien : sauf que voilà, on nous annonce tout à coup que ça ferme à 21h45, ce qui chez mio est différent des 22h annoncés a priori. Résultat : on presse le pas. Et on est obligé de rester bien moins de temps qu'il n'en aurait fallu dans l'avant-dernière salle, avec des Viols de Lucrèce splendides (sauf un, heu, Tintoret ? Bref, Tarquin ne savait pas trop ce qu'il faisait là, et Lucrèce ne captait pas trop ce qui lui arrivait dessus) : érotisme violent, obscur (fini les couleurs criardes, depuis la découverte dans leurs vieux jours que l'on pouvait peindre des scène de nuit !), fascinant.
On aurait bien aimé que tout soit comme ça -- oui, je suis de mauvaise foi, évidemment, mais il n'empêche... (et puis, Mimy liera son roman-rendu en images)
Commentaires
Lu et lié.
Tancrède ? A mispelling for Tarquin ?
(et oui, mes brouillons sont aussi illisibles que mon écriture "appliquée" est lisible de tous)
C'était plaisant, comme expo - d'admiration ou de médisance, on ne tranchera pas...
Oui, et avec une faute d'orthographe, en plus... Merci pour ton billet (j'ai failli exploser de rire avec la biodiversité des gosses, mais faut pas, pas le bon endroit au bon moment :D ).
Pour Lucrèce : en voilà pleeeeein (à noter tout de même que Rembrandt arrive un siècle plus tard).
(depuis quand ma langue est-elle mauvaise ? :s )
Rembrandt arrive plus tard, mais le talent n'est pas censé attendre le nombre des années - serait-ce à l'échelle de l'histoire de l'art et non de la vie d'un artiste, et malgré notre indécrottable habitude de considérer toute évolution comme un progrès. Circonstance atténuante pour les prédécesseurs rejetée.
Curieux de constater parmi toutes ces Lucrèce que nombre d'entre elles sont peintes en train de se passer l'arme au travers du corps. La vertu a la vie (la mort?) dure. La représentation de Titien du moment même est bien plus drôle. Quant à celle de Giordano, elle m'évoquerait presque le viol de Cécile par Valemont.
(Ton langage n'est point mauvais et il n'est pas du tout mauvais d'avoir mauvaise langue - bien acérée, c'est même savoureux. Autre chose est d'avoir une langue mauvaise : ça c'était uniquement la foi où tu as bu de l'Ice tea aux fruits rouges chimiques. Pour la peine, je te la tire :P)
encore la langue bien pendue. Deux choses : Lascaux (ok, maintenant on se tape la FIAC) et la vertu suicidaire pas très chrétienne.
Quoi, Lascaux ? C'est un argument en faveur du progrès artistique ? Une vision non-progressive ne voudrait pas dire que tout a été formidable à toute époque. Mais c'est vrai qu'il faudrait au moins admettre un progrès technique (des toiles pas trop rocheuses jusqu'à l'invention de la perspective), même en dehors de l'expression artistique (ceci n'est pas une tentative de réhabilitation des peintures rupestres dont je me fous comme d'une guigne - il vaudrait mieux laisser ça à Merleau Ponty).
Et la vertu suicidaire n'est pas chrétienne mais antique (un peu de mauvaise foi sélective fera le reste).