"Vidéodanse 2009 avec le nouveau festival du Centre Pompidou" annonce la couleur avec la couverture du programme : un homme poilu à tutu avec un arrosoir. Danse contemporaine, donc, au niveau -1 du centre. Je ne connaissais pas cet endroit, dans une fosse à l'entrée (je n'y avais jamais fait attention...) ; il y a un paysage vallonné en lambris, j'ai peur qu'il ne faille s'y installer, mais en fait on m'indique que les vidéos sont simultanément diffusées dans d'autres salles, la première sans siège, les deux autres en regard, l'écran au milieu ; je m'installe dans la dernière, au dernier rang.

Sur les bons conseils de B#3, j'ai repéré ce dimanche ce qui passait du matin au soir, et plus exactement dans l'après-midi : 15h05, Forsythe, je l'ai vu au TdV si je ne m'abuse, pourquoi pas ? Évidemment, je n'arrive pas à temps, et c'est à la fin du Nadj suivant, "Comedia Tempio" que j'arrive. C'est franchement space, l'histoire d'un écrivain hongrois aux prises avec l'opium, on a droit à du délire total. La thématique de la journée est "tables et chaises" : effectivement, il y en a, ça se traîne dessous, dessus, en se pendant, que sais-je encore. Boudiou, pas tranquille.

"Vaguely light 01" d'Hervé Robbe est pourtant bien plus allumé. Un grand moment de "Die Nacht", 20 minutes de nawak, un danseur et une danseuse (fort jolie au demeurant, la trentaine), qui parlent (mauvais signe) : "inSupporTable" est leur mot préféré (je mets des majuscules que l'on comprenne le délire thématique développé). Beaucoup d'ectasie recommandé.

"Treintaycuatropiècesdistinguées&onestriptease" de La Ribot, "N° 14e" (il y a tout un tas de pièces qui composent cet ensemble, comme le laisse présager le titre) : toute moche, ridée et nue, elle porte une pancarte "se vende" autour du cou sur les seins, et une chaise pliable en bois dont le dossier est dans le dos, et avec qui elle va simuler des relations sexuelles. C'est censé dénoncer les conditions de travail dans le spectacle vivant. Mouais. 8 minutes.

"Four chairs" de Jennifer Muller date des années 70 (74, de mémoire), américain, quatre chaises et autant de danseurs, on sent qu'on a dû fumer trop de narguilé, du grand n'importe quoi assez ennuyeux, j'en profite pour potasser quelque peu, et regarde assez peu les 15 minutes que ça dure. Je mate un peu ce qu'il y a dans le public : on dirait du TdV, ça ressemble un peu à rien. Il y a de l'étudiante de type art/lettres, qui font peur. Pas trop jolies, en plus.

On se tape en transition encore du La Ribot, même "Treinta...", "O compositione", elle place une chaise au milieu, elle monte dessus (ah, elle a teint ses poils pubiens du même roux improbable que ses cheveux), et entonne un long cri. 4 minutes, merci de nous avoir fait partager ce grand moment.

Tout à coup, le public s'étoffe : il devait y avoir une bonne soixantaine de personnes dans les différentes salles, on multiplie par trois, si ce n'est quatre, les spectateurs en moins de dix minutes : l'effet Keersmaeker. "Rosas danst rosas", que j'ai vu récemment au TdV, était là dans une version filmée par Thierry de Mey, en 1983, avec les créatrices originales de la chorégraphie : Marion Levy, Anne Teresa de Keersmaeker, Fumiyo Ikeda, Michèle Anne de Mey. C'était là la quatrième (et dernière) diffusion de cette vidéo, qui couvre plusieurs thèmes ; les chaises (exactement les mêmes que celles au TdV !) du centre de la pièce justifiant celle-là.

Comme disait B#3, c'est beaucoup mieux en vidéo. Déjà, le montage, nerveux, éludant les transition, et parallélisant : il y a 18 danseuses, en réalité, qui reprennent ou dansent en continu. Et il y a le lieu, un atelier je pense, grand bâtiment en brique aux cloisons vitrées, digne des années 80. Les danseuses sont les unes plus belles que les autres, un grand moment d'hétérosexualité (mais la caméra ne s'attarde jamais, malheureusement). La vidéo, notons aussi, est tournée sur plusieurs jours, une scène commence en pleine nuit, et se finit le matin (transition à la Ed Wood).

Le public amassé (oh, il y a de la jolie fille qui a débarqué, miam...) ne se retire pas vraiment au générique, et même en profite pour occuper toutes les places encore libres des petits gradins ; j'hérite ainsi d'un vieux qui sent le vieux (je ne sais pas comment on se démerde pour avoir cette odeur, mais c'est aussi typique que désagréable). Bref, si tout le monde reste, c'est pour Pina Bausch, l'autre star du contemporain qui remplit les salles (enfin, le TdV). "Café Müller", du très connu, mais je n'avais pu le voir (je crois que j'avais dû filer ma place à mon ex-voisine lorsqu'elle l'était encore, de mémoire). Voilà qui est fait, 35 minutes (mais on a terminé à 18h40 au lieu de la demi comme prévu), Pina fantôme, une danseuse tout aussi éthérée, une autre en perruque et manteau, deux danseurs, et plein de chaises : je n'y comprends tout simplement rien. Certes, ça dit des choses, c'est juste qu'on ne sait pas quoi. Expressif dans le vide. Je ne déteste pas ce Bausch, pour une fois, mais décidément, je ne suis pas fan...

Et voilà, il est temps de décoller et de raconter mes aventures à B#2 (qui nous fera peut-être partager de sa trouvaille canadienne pour assouvir ses désirs de danse obsessionnelle compulsive), en me rendant à Pleyel... J'y retournerai peut-être vendredi soir, à 20h : Jan Fabre, "Quando l'uomo principale è una donna", que j'aimerais bien voir depuis longtemps ; si une (demi-)balletomane veut m'accompagner, ce ne sera pas de refus (en revanche, de l'huile et du nu, ça risque de me rendre un peu lubrique, j'avertis  :p  ). Vidéodanse se termine le 23 novembre.