On se demandait pourquoi l'on voyait autant d'oreillettes, avec les amis berlinois et Christian -- pendant que les ouvreurs établissaient des plans stratégiques de gestion des retardataires, sachant qu'il n'y a pas d'entracte. Eh bien la réponse était au rang E : Freddy Mitterrand, Christine ne se rend pas et Roselyne "ah boooon" était bien alignés, de telle sorte que même l'ex-dirlo de l'orchestre de Paris (parce que "Hirsh" tout court aurait été ambigu) a été relégué au rang F (bah oui, il faut un ou deux accompagnateurs par ministre, ça prend de la place !). Comme d'habitude, ces braves gens ne se parlent pas, ils sont soigneusement séparés : ce que l'on entend dans les émissions politiques se vérifie dans la vraie vie (j'ai beaucoup aimé le commentaire de Domenach la semaine dernière :dans n'importe quelle entreprise, on n'en voudrait pas, tellement ils sont mauvais en terme de management).

Le concert du soir était en effet exceptionnel : orchestra e coro del Teatro alla Scala, dirigés par Barenboim, pour la Messa da Requiem de Verdi. Par son prix, aussi : 160€ la première catégorie ! Heureusement que le rang E et le F ne paient pas, il faudrait augmenter les ministres ensuite (et déjà qu'ils occupent des emplois fictifs...). Mon abonnement jeune m'a réservé un rang BB de côté pair, soit une place à 110€ -- et sur le coup, ce n'est pas de la discrimination tarifaire, on jouait à guichet fermé, les naïfs de dernière minute sont tous repartis bredouilles. 80 et 55€ les catégories suivantes, seuls les jedi habituels ont réussi à prendre les places à 10€ en vente le premier jour d'ouverture des réservations au guichet ; et faisant preuve d'un incroyable ninjutsu, ils se replacent aux rangs G ou A (presque plein centre), ce qui par ma foi m'étonnera toujours (d'autant qu'on aurait pu croire que même les morts seraient venus pour l'occasion, à ce prix-là moi j'aurais ressuscité, en tout cas).

On paie aussi la distrib' de rêve. La soprano Barbara Frittoli n'est pas ma préférée (la découvrais-je ? Apparemment oui), et elle s'est manquée sur la fin. La mezzo Sonia Ganassi n'est pas bien sexy, mais elle assure. C'est du côté hommes qu'il faut baver, en réalité : Jonas Kaufmann en ténor, René Pape en basse (en remplacement express de Kwangchul Youn), ce qui fera peut-être regretter à Laurent de ne s'être ruiné. Kaufman a semble-t-il raté son entrée, mais je ne m'en suis pas aperçu (il faut dire que garder la tête tout le temps de côté est compliqué) ; en tout cas, quand il attaque, ça s'entend toujours aussi bien.

L'orchestre ne comporte quasiment aucune fille baisable (le choeur non plus, l'Italienne n'est définitivement pas ma tasse de thé), mais ça joue rudement bien. Le "Dies Irae" est ultra-puissant, Barenboim fait dans la grosse caisse, j'ai peur que le choeur n'y laisse sa voix pour la suite. Ça décoiffe les oreilles, c'est tout ce qu'on lui demande. Avec un peu de subtilité, évidemment. À la fin du Libera me, il tient le silence certes moins longtemps que les 10 secondes du Jordan d'hier, mais le type qui lance un "bravo" se fait conspuer de "chhhhutt", ce qui était assez drôle. Beaucoup d'applaudissements, à part Mitterrand toujours à l'Ouest, le beautiful people a aimé ; à la sortie, plusieurs grosses voitures noires, un mini-van et un car de police les attendaient. En revanche, le conducteur du RER nous nargua, Christian et moi, alors que nous arrivions en courant, et ferma les portes. Soupir...