En ce mercredi, il eut lieu une injustice, un scandale, une sélection bâclée. On ne parle que de ça.

On peut comprendre l'agitation et l'émoi du monde balletomane en regardant sa télé : autre sujet, la qualification française au mondial de foot est autant célébrée qu'elle laisse amer côté franchouillard (et énervé ailleurs), non seulement parce que le match était aussi nul que l'entraîneur rivé à son poste -- et ce malgré les salaires ahurissants de tout ce beau monde --, mais parce que la main flagrante et avouée (et filmée sous toutes les coutures) en est belle et bien cause directe. De fait, outre les bons mots qui fleurissent (Eolas s'en donne à coeur joie), les journaux télévisés ne parlent que de ça.

Ils oublient là ce qui s'est passé le jour même dans le petit monde bien plus passionné de la balletomanie -- et qui, contrairement au foot, ne comporte que des gens difficilement flouables, je veux dire que si Eolas ou Emmanuel sont de notables exceptions parmi les supporters de ballon, les normaliennes, agrégatives, et leur pendant ratés parce que les concours sont forcément injustes en pratique, sont la norme en public de danse. Car c'était la première journée des concours internes du ballet de l'opéra de Paris, concernant les filles (pour les garçons, c'est vendredi).

On l'attendait tous et toutes : Mathilde Froustey. Le SMS de B#5 me mettait en confiance, à m'annoncer qu'à part une erreur négligeable, elle n'en avait pas moins montré tout l'étendu de son talent. Que l'on sait fort élevé, la preuve aux rôles qu'on lui confie régulièrement, largement supérieurs à ce que son statut de sujet impliquerait. Et cela fait quelques années que l'AROP lui a décerné un prix, qui pour l'instant n'a donné, quelques années après obtention, que des étoiles. À un scandale près : Fanny Fiat.

Le sort (notez l'euphémisme) s'acharnerait-il sur Mathilde comme il gâcha Fanny ? Toujours est-il que les résultats n'étaient pas encore tombés (et nos bras avec) qu'un quart d'heure après les premières fuites, B#4 m'appelait pour partager sa consternation. D'autant que les programmes présentés par celles qui l'ont dépassé, du fade chez Ludmila Pagliero, nouvelle première danseuse, et du contemporain uniquement chez Alice Renavand (que j'aime beaucoup par ailleurs, mais restons sérieux), sont déjà source de grande frustration en soi. Troisième, donc : le coup de grâce.

La réservée B#5 m'envoie "toujours des bizarreries" par SMS, ce que reprend Mimy plus tard (et lorsque des témoignages concordent...), elle aussi présente durant la journée, faisant part du grand n'importe quoi de ces concours années après années. Elle m'apprend d'ailleurs que l'on n'est pas près de revoir Eleonora Abbagnato (le pire étant qu'une nouvelle place de première danseuse pourrait être libérée au plus tôt pour l'an prochain si elle démissionnait ! -- comme le contingent premières danseuses/étoiles est le même, une nomination d'étoile ne suffit pas, il faut attendre un départ en retraite).

Et puis ce soir, alors que B#4 m'envoie par mail qu'elle ne s'en remet toujours pas, B#2 (qui sans le savoir partage avec elle... l'amour du foot) m'appelle, totalement révoltée, qualifiant cette tartuferie de glissade vers un "opéra de province". Oui, la balletomane est remontée, et il y a de quoi.

Tout cela se finira-t-il en coup d'éclat à la Sylvie Guillem ? (je ne pense pas, déjà parce qu'elle n'avait pas le même rang) Ou dans un grand n'importe quoi généralisé au niveau terriblement appauvri ? (à quand les ballets où la tête d'affiche sera forcément sujet ?) Toujours est-il que je n'ose imaginer l'état de la pauvre Mathilde. Et j'offre tribune aux balletomanes ici-même (dansomanie étant quelque peu modéré).