Il y a bel et bien des substances bizarroïde dans les seringues de vaccin contre la grippe A : voilà la conclusion à laquelle je suis arrivé pour ce Lia Rodrigues au théâtre de la ville -- plus exactement, aux Abbesses. Le TdV nous a de toute façon habitué à de l'étrange, parfois insupportable, je ne comprends donc pas bien pourquoi certains spectateurs (-trices, plus exactement) sifflèrent : on a déjà vu bien pire.

On commence par une troupe totalement statique. Je peux vérifier que ce sont les mêmes danseurs que lorsque j'avais découvert la chorégraphe brésilienne à Pantin, grâce à B#3 (amusant, j'ai retrouvé le billet après avoir trouvé le titre assez semblable de ce billet). Ils portent des affaires plutôt sales, on a même une chaise en plastique : au top, on balance tout dans tous les sens, et rapidement, la scène ressemble à mon appart' (c'est dire). Et ça s'agite, à fond. Ça n'arrête pas de sauter partout. Une énergie incroyable -- je commence à me demander si ce n'est pas de la cocaïne. Mon coeur bat la chamade à les voir. Ou alors c'est ma voisine qui me fait de l'effet.



Car on le sait bien, mes places sont en double : arrivés depuis deux métros successifs bondés (mais j'étais collé à une demoiselle absolument magnifique, je ne vais pas me plaindre) peu avant les 20h30 du départ officiel, un décalage au moment où je repérais des opérations d'infiltration être lancées permis de se replacer de manière plus centrale. Ce qui ne suffit pas à voir la toute fin, puisque la troupe envahi, en se projetant, le premier rang du parterre, non visible depuis le balcon.

Les danseurs s'agitent, et puis s'arrêtent, stop motion dans une position improbable, qui dure une bonne minute ; avant de reprendre de plus belle. Quelques scènes se détachent. On a droit à une partouze, et je me dis que pour un premier rancard à deux, fallait le faire... Et puis le grand danseur tout blanc se retrouve sexe à l'air, ce qui sera repris dans une autre scène orgiaque vers la fin, où cette fois ce seront les filles qui auront les fesses et le sein à l'air ; tout en poussant fort des cris d'animaux (chiens, chats, chèvres, cochons et surtout singes). Du grand n'importe quoi. On a aussi une assez longue scène sensuelle gay, et quelques allusions saphiques.

Cette avant-dernière représentation (du 25 au 28) de "Pororoca" -- toujours dans le cadre des chantiers poétiques --, c'est-à-dire "le bruit qui détruit" en indigène Tupi, pour une "vague spectaculaire liée à la marée et remontant le fleuve Amazone à contre-courant", posait la question de savoir "comment les actes d'un individu peuvent avoir des conséquences au sein du groupe" : bah, comment dire ça poliment... Disons que l'on considère le résultat, et qu'il faut se prononcer. Je me range du côté des applaudisseurs modestes. La séquence presque finale de silence absolu (il n'y a pas de musique, de toute façon), figée dans la plus stricte position statique m'a plus amusé qu'énervé. Intéressant, en tout cas, d'observer les réactions du public, qui se pourrait bien être dans l'éprouvette malgré lui : l'une hue, qui suit ? Un autre applaudit, lance-t-il le mouvement ?

On sort quelque peu décontenancé, mais après tout, c'est pour cela, un peu, que l'on était venus...   (note: le resto gascon pas bien loin est une bonne affaire, mais ne prenait pas la CB : heureusement, nous étions complémentaires au centime près)