"Les ballets russes" s'étaient installés au TCE, dans les années 10, mais c'est à Garnier qu'on les retrouve pour cette rétrospective dansée par le corps de l'Opéra de Paris. Quatre pièces au programme de ce vendredi, que l'on pourra suivre le 1er janvier 2010 sur France3 (des caméras partout !) si l'on ne s'est pas battu comme un damné pour avoir une place : une queue comme jamais vu le premier jour, et le second, lorsque j'arrive à midi, toutes les places à balletomanes ont disparu. Mais cette 4ème loge, au second rang, partagée finalement avec Mimy (on se souvient qu'à la base j'avais voulu rancarder une petite renarde rusée rencontrée alors qu'elle distribuait de la programmation Philippe Maillard : pas eu de nouvelles, elle a eu peur ? :s  ), n'était franchement pas mal du tout, enfin surtout pour la place tout à gauche, en se mettant debout, et en se serrant à deux (c'est romantique -- ou pas).

Vello Pähn entre dans la fosse que l'on surplombe, et dirige l'orchestre de Paris pour des partitions complexes. La première étant une orchestration par Berlioz de "l'Invitation à la Valse" de Carl Maria von Weber, sur laquelle Michel Fokine, en 1911, a conçu une chorégraphie ("réglée par Pierre Lacotte d'après les versions de Nicolas Zverev, Serge Lifar, Anton Dolin et Stanislas Idzikovski" -- ça en fait du monde !) inspiré d'un argument de Théophile Gautier repris par Jean-Louis Vaudoyer : tout ça pour 10 petites minutes de jeune fille (Isabelle Ciaravola) rêvant d'un spectre (Mathias Heymann) affublé d'un costume de roses des plus hideux que je n'aie jamais vu (avec une espèce de chapka-pluto d'une horreur en terme de mauvais goût indescriptible). C'est éthéré comme pas possible, ce qui va bien à Ciaravola ; la rose est bondissante, ce qui va bien à Heymann ; mais ça ne casse pas forcément trois pattes à un canard.

"L'après-midi d'un faune" est à mon sens, en revanche, bien plus esthétiquement marqué. Sur la célèbre musique de Debussy "Prélude à l'après-midi d'un faune" (1894), Vaslav Nijinski a créé en 1912, sur des décor et costumes de Léon Bakst, une courte chorégraphie de 12 minutes (entrée au répertoire 1976, contre 1931 pour la précédente) baignée dans le beige et l'accentuation de mouvements de profil, quelque peu à l'égyptienne, surtout à considéré les drapés et les filles qui se déplacent en files. Au milieu d'elles (mais souvent un peu détachée), d'ailleurs, Juliette Genrnez (coryphée) attire mon attention toute hétérosexuelle. Mais parlons du faune : c'est Nicolas Le Riche, sous une telle couche de maquillage qu'on a bien du mal à le reconnaître. En collants beiges tachetés, affublé d'une queue remontée qui explique certainement la présence d'autant de jeunes jolies filles (non ?), il se prélasse ou mange des raisins dans une attitude toute faunesque (se reporter à la chaîne Géo sur le câble pour un reportage). Son dévolu se jette sur Emilie Cozette, la nymphe, et si l'on a peur a priori qu'il ait fort mauvais goût, elle s'avère efficace dans ce rôle d'une complexité toute relative. En tout cas, n'en déplaise à B#4, la Cozette est décidément tout à fait mon genre de fille, et la place du faune me fait quelque peu envie (sans avoir de grosse queue derrière, mais je suis sûr que l'on peut trouver un arrangement). Du pré-Graham un peu spécial, mais j'aime bien.

"Le Tricorne" n'a été donné que 25 fois depuis son entrée tardive en 92 au répertoire, tandis que la création date de 1919. Ce "ballet en un acte" de Léonide Massine sur une musique de Manuel de Falla (déjà entendue plusieurs fois en concert -- la mezzo Andrea Hill assurant la partie vocale pour cette soirée --, il faudrait peut-être que je retrouve un programme pour comprendre l'argument, à moins de trouver la nouvelle "El Sombrero de tres picos" de Pedro Antonio Alarcon dont Gregorio Martinez Serria s'est inspiré pour le livret), bénéficie de décors de Pablo Picasso (ici réalisés d'après des maquettes par l'opéra), et la durée de 37 minutes autant que la multiplicité des  personnages requis révèle une véritable histoire dont on devine une trame simple mais une mise en chorégraphie quelque peu obscure -- bref, pas tout compris. Disons que c'est espagnolisant, que José Martinez fait un meunier qui a inspiré Mimy de nombreuses heures (surtout qu'il y a des claquettes) tandis que Marie-Agnès Gillot était moins extraordinaire dans son rôle de femme du meunier ; Fabrice bourgeois, artiste invité (il vaut mieux, il fait exploser la balance) jouait le corregidor, en tricorne. Bon, ça s'apprécie, quoi.

Entracte. B#1 vient nous rejoindre dans notre loge, ça c'est sympa !  :)  Je dépile les zillions de SMS d'Anne, que j'ai branché en lui demandant si elle serai bien à la séance dédicace de son étude du Riche comme annoncé un peu partout pour le lendemain (y compris le soir même sur flyer, me rapportera-t-on) : forcément non, puisque sur le départ (et prévu depuis très longtemps, hum hum). On parle ballerines, et puis 20 minutes étant très court, ça sonne de nouveau.

La seconde partie n'est constituée que d'une seule pièce de 37 minutes : "Petrouchka", scènes burlesque en quatre tableaux de 1911 sur une musique de Stravinsky, ou les aventures d'après Fokine (sur un livret de Stravinsky et Alexandre Benois) d'une poupée vivante au rôle titre interprété par un magnifique et touchant Benjamin Pech, une adorable ballerine aux joues roses Clairemarie Osta, briguée par un maure jaloux, le Yann Bridard dont le flegme est légendaire (décidément, pour cette soirée, chacun a vu son potentiel exploité convenablement). Les services de Stéphane Phavorin sont mis à profit pour incarner le charlatan, tandis que l'on retrouve Juliette Gernez en tzigane, en compagnie d'Amandine Albisson. Et puis, il y a cette fille, absolument au-delà du dicible tellement elle est belle (quoique blonde, je pense), sous son très grand chapeau de soldat, un rôle si mineur qu'il n'est même pas crédité : on hésite entre Laure-Adelaïde Boucaud et Marion Barbeau, avec une préférence pour cette seconde, au regard de sa photo parmi les quadrilles (mais le nez correspondrait à la première, hhhmmm -- on peut prendre les deux, sinon ?).

Fort bonne soirée, intéressante en tout cas, que j'aurai plaisir à revoir mardi prochain.