J'ai pas mal hésité à voir "le concert", mais c'était tout de même prévu, pas forcément parce que l'on me l'a beaucoup recommandé (je me méfie du grand public...), mais parce qu'il y a Mélanie Laurent, et ce serait criminel de rater une occasion d'admirer son joli minois talent sous toutes les coutures. Sauf qu'à force (depuis mi-août, c'est déjà pas mal), le film commençait à disparaître des grands écrans, et comme j'avais proposé à une gente demoiselle de s'y rendre à une heure tardive, celle-ci avait proposé d'attendre cette semaine : finalement, l'idée n'aura pas été mauvaise, car disparaissant des UGC en apparence, une journée de diffusion à Bercy et une autre aux Halles furent prévues, celle de Bercy tombant samedi, et la séance ne coûtant plus que 3€. Tout était donc parfait. Au lapin près, mais je commence à avoir l'habitude, n'est-ce pas ? (pour compenser, on n'a pas de pub -- ou alors c'était une histoire de retard à rattraper, pas compris)

Salle 15, donc, et le public est vraiment grand, dans le genre. C'est là le grand mérite du film : en langue russe pour les trois quarts du temps (et en charabia de Français pour la quasi-totalité du quart restant), ce qui d'habitude ne doit seoir qu'aux amateurs de Tarkovski ou d'Andreï Zviaguintsev (sa trop discrète réincarnation), il nous parle en plus de Culture, de musique classique, tout un monde -- bon, c'est le 1er concerto de Tchaïkovski, faut pas pousser non plus. Et lors du doublage final de l'orchestre filmé par une interprétation (très bonne) du Budapest Symphonic Orchestra, les spectateurs d'avoir l'impression t'entendre la Musique du Siècle. C'est assez drôle.

Le réalisateur (roumain) Radu Mihaileanu, qui a déjà fait "Va, vis et deviens" (ça c'est de la ref), est un malin : avec une histoire cousue de fil blanc (mais pas téléphonée), il arrive avec tellement d'ironie à faire passer son sujet que ça en est étonnant d'efficacité. C'est que tout le monde en prend pour son grade : les communistes (y compris français), les russes (et les nouveaux riches), le milieu culturel, les juifs (et les anti-sémites), même les taxis, il y a tellement de ces clichés de type "pas de fumée sans feu" que ça finit par passer par déclenchement automatique de second degré. Il est vrai que lorsqu'on sait ce que l'on sait sur Gergiev, et que l'on voit ce que l'on voit avec Pletnev, peut-être que c'est à peine abusé, finalement.

Un chef russe par Aleksei Guskov, en peine depuis 30 ans après s'être fait rembarrer par l'abominable Brejnev des neiges (c'est là où je découvre que ce couillon a vraiment fait chier son monde jusqu'en 82, on est habitué à rencontrer ce anti-héros dans les programmes sur Chostas, Prokofiev, etc), a l'occasion de repasser du balai à la baguette en montant une "opération Bolchoï" comme un vrai pied nickelé. C'est une comédie, on a droit. Reste plus qu'à rajouter un brin de Santa Barbara politique.

Dans le rôle de la violoniste blonde Janine Janssen  Isabelle Faust  Julia Fischer  Anne-Marie Jacquet, on a donc Mélanie Laurent (miam miam). Elle se débrouille pour être crédible, de toute façon elle est toujours parfaite (on sait jamais, elle pourrait passer par ici). Ce n'est pas le film du siècle, mais comme c'est finalement sans prétention (il vaut mieux, avec la coche de clichés), ça plaît autant au cinéphile du week-end en recherche (passive) de comédie pas bête qu'au tout venant croyant prendre son bain de culture. Je me demande ce que ça a donné en province (et notamment, si ça a été entièrement doublé).