On sait qu'en matière de transports, il n'y a guère plus incompétents que les grandes têtes pensantes payées fort cher pour leur peu de jugeote des grandes entreprises. Devant remplacer les caténaires (et autres câbles/rails ?) provisoires mis en place sur le RER C suite à l'accident du mois dernier (car oui, on coupe les voies durant deux ou trois semaines, sans bus de remplacement, pour mettre seulement du provisoire !), la SNCF a décidé, sans préavis auprès des usagers, de procéder au remplacement, deux semaines durant, des réparations temporaires par des définitives, en fermant les voies dès 22h00 (en réalité, le dernier train part d'Austerlitz vers 22h10, tous les autres s'y arrêtant) (théoriquement aussi, les trains repassent normalement dès le matin, sauf ce matin, en fait : "les travaux ont été rendus trop tard", résultat un train sur deux supprimé et des retards scandaleux).

Déjà, on n'est pas bien heureux d'apprendre cela lorsqu'on arrive en gare de Bibliothèque (la dernière avant la banlieue -- pauvre, je précise, contrairement au RER A qui émaille les banlieues à CSP+ délocalisés avec leurs familles), et qu'il est passablement trop tard pour trouver un plan de rechange autre qu'un bus RATP de nuit bien rare, et s'arrêtant bien loin de chez soi. Mais soit. Pour une fois, la SNCF s'est dit que si les usagers paient pour être transportés d'un point à l'autre, c'est... pour être transportés d'un point à un autre (dingue). Alors cette fois, grand progrès : des bus de remplacement sont mis en place. Mais le pauvre jeunot de service au guichet de la gare désertée des trains, la semaine dernière, ne pouvait pas nous dire quand est-ce qu'ils peuvent passer, ces bus : ce n'est pas très précis, s'étaient-il excusé.

Ce soir, après le concert terminant exceptionnellement tôt (21h45), je tente de prendre le dernier RER C qui va chez moi (pour les provinciaux, sachez que la prise de RER est une science à Paris : se tromper de train peut mener totalement autre part, à 15km près, car les embranchements sont nombreux, et les arrêts assurés en fonction du genre du train -- attention aussi à prendre le bon train pour Versailles, l'un met 45 minutes, l'autre deux fois plus en faisant le tour par l'autre côté !). Pas de bol, le RER A est en retard (un toutes les 10 à 15 minutes autour 21h40, pour un train qui fait la sortie des salles Pleyel et Garnier, Châtelet et gare de Lyon, c'est vrai que l'on aurait sinon le plaisir de voyager assis). Du coup, à trois minutes près, je rate mon RER. Direction le bus de remplacement.

Là, déjà, il n'est pas là : il faudra attendre 21h35 pour en avoir un. C'est-à-dire qu'ils comptent le prochain RER devant normalement aller en banlieue, auquel sont ajoutés 10 minutes de temps pour trouver le moyen de rechange (en réalité, il faut 5 minutes maximum en suivant les flèches). De fait, depuis 22h05, il n'y a pas de train, alors forcément, un bus étant légèrement plus court, il est rapidement bondé. Celui de derrière est alors détourné : il devait partir 5 minutes plus tard, finalement le premier le suivra, puique devant sauter les premiers arrêts, il sera direct pour la suite (arrêt en doublon avec le notre pour Choisy), et pourra en se présentant en premier ramasser de manière plus optimale les usagers.

Direction : Bibliothèque. Là, ça se gâte, le chauffeur décide de feinter pour faire gagner du temps (il faut dire qu'avec la circulation, il est déjà 21h45), mais pas de bol, les travaux intenses (je pense qu'ils ont dû profiter de l'arrêt des trains) dans le secteur ont barré la route, du coup on fait demi-tour, pour contourner la bibliothèque ; pas de bol, le bus qui ouvre la voie se plante et oublie de tourner, du coup on passe devant, tandis que l'autre se tape une marche arrière pour reprendre le virage. On arrive à l'arrêt, et après les facéties des bus Veolia, voilà encore une grande invention de la SNCF : au lieu de se servir de l'arrêt de bus usuel pour ceux remplaçant le RER la nuit à partir de 1h00 du mat', ils l'ont délocalisé à un endroit qui oblige à faire un demi-tour, faisant encore perdre quelques minutes. Le bus de derrière en profite pour revenir devant, et c'est à Veolia de refaire preuve d'une rare intelligence

C'est qu'il y a énormément de monde, sur le trottoir : imaginez, pas de train depuis 22h10 et il est 22h50, avec ces bêtises. Changement de plan : les deux assureront tous les arrêts (faisant de fait perdre déjà 30 minutes à ceux qui vont à Choisy-le-Roy, tant pis pour eux). Sauf que l'autre bus ne connaît pas le chemin. Le chauffeur du mien râle un peu (il n'a pas tort, mais attendez la suite...), et lui dit de repasser derrière. Ballet de bus. On se remplit et on repart à 22h55, tellement bondés que les mesures de sécurité sont toutes explosées.

On part à gauche. Heu, on ne devrait pas partir par la droite ? Bon, il optimise peut-être, en passant par les bords de Seine. Arrivée au périph, il tourne, à droite. Fallait aller tout droit ! Il a un GPS ou bien ? Il roule, et il passe le tournant vers la rue qu'emprunte usuellement le bus de nuit : mais où diable va-t-il ? Il finit par tourner vers le Sud (il était temps !), par le chemin le plus long que l'on pouvait décemment imaginer, avec une série de feux rouges. Et donc, après avoir fait une virée vers l'Ouest, forcément, il doit revenir tout à l'Est. Dans le bus, les passagers commencent à se demander où l'on est, et s'il connaît réellement le chemin.

Arrivée à bon port à 23h05. Soit 30 minutes pour un trajet devant prendre au maximum... 10 à 15 minutes en bus, 5 en train. Résumons : pour être arrivé en gare à 22h09 au lieu de 22h06, j'arrive une heure plus tard. Et les deux bus de repartir vers des banlieues encore plus lointaines, toujours aussi pleins à craquer. Je parie que pour aller à Choisy, il a dû passer par Malakoff. À mon avis il seront arrivés d'ici demain matin. Quand je pense que c'est ce même bus qui est le seul à assurer la desserte de Rungis et Orly... (et l'autre qui doit rejoindre Dourdan, à ce rythme, la blague !)

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