Les places prises à deux au palais Chaillot sont en fait un cadeau d'anniv' étalé sur toute l'année : c'est donc avec ma Mimy que j'étais hier soir, 20h30, assis près de la scène côté pair, décalé d'office de deux places vers le centre pour cause de remplissage seulement aux trois quarts. C'est que le programme était à mon avis peu connu, personnellement je n'en avais jamais entendu parler, de cette Béatrice Massin, mais ma ballerine préférée si, et c'est elle qui avait insisté pour réserver cette séance de "Songes". Grand bien lui en a pris.

Le concept est simple : de la musique baroque (ou alors mélodiquement dépouillée -- on va éviter "épurée", ça va encore faire des trolls --, du Schubert triste par exemple), du langage de danse baroque, mais sur des chorégraphies résolument contemporaines. Ne vous inquiétez pas, ce n'est pas du Robyn Orlyn, c'est très bien. D'ailleurs, ça commencerait presque comme du Sankai Juku : les danseurs marchent en procession très lente durant de longues minutes, alors que le décor -- des miroirs inclinés -- se met lui aussi lentement en place. D'une manière générale, la fluidité est au programme, mais peu de rapidité, si ce n'est pour faire voler les robes (à la "Signes") que portent parfois hommes et femmes (couleur orange tirant sur le jaune : ma voisine trépigne), en alternance avec la combinaison bleue comme le ciel sur le sol que les miroirs reflètent.

Jeu de miroirs qui ne sauraient être une manière de masquer des problèmes de désynchro : alors que l'on coupe de temps en temps Lully (Armide), Vivaldi (la Notte), Charpentier (Médée) ou Purcell (Arthur et The Fary Queen -- c'est la semaine Purcell !), les neuf danseurs nous réservent, vers le milieu de la pièce, un moment de mouvements avec tombés simultanés qui reprennent en fait le rythme (ou la coda ?) de la pièce précédente. Effet garanti. Musique fort bien choisie (pas de songes de Dardanus : ça aurait été à propos, pourtant, non ?), interprété par une Grande Écury et la chambre du Roy que l'on ne connaît que trop bien, sur un enregistrement très brut -- comprendre que si dans la salle on ne tousse pas, ce n'est pas le cas dans les enceintes, où l'on entend même parfois tourner les pages !

La troupe est très masculine, et les pas de deux entre hommes sont saisissants de beauté -- amis gays, c'est pour vous. Contacts et portés extraordinaires (je me demande même comment ils ont survécu) se succèdent à ce niveau. On retient aussi le géant de la bande, une tête de plus que ses compagnons, intelligemment utilisé. Et surtout, cette atmosphère apaisante, baroque, doucement violente -- aux accents éthérés mais précis --, plaisante en tout cas.