Il faut ruser pour partir assez tôt du boulot, en pensant que dans quinze jours, ce n'est plus à 5 minutes à pieds que sera la salle Pleyel. Malgré cela, j'arrive avec déjà dix minutes de retard, vers 19h40, et là, mauvaise blague : "carton s'il-vous-plaît !" Beeeiiin, c'est que je l'ai laissé chez moi, ça fait deux ans qu'on rentre comme dans un moulin (et tant mieux !), alors j'me suis dit que c'était pas si utile, je l'ai oublié, et j'ai même dit à Mimy qu'elle rentrerait sans problème non plus. Oups (à ma décharge aussi, ce n'est pas nominatif -- "ah bon ?", me répond-on). Comprenant que je suis un habitué de la maison, le grand cerbère en réalité sympathique me laisse passer, et ma souris arrivée peu après aussi. Ouf.

Forcément, ça a déjà commencé, et le parterre est plein à craquer. Oui, il y a des gens qui n'ont pas de vie professionnelle : les vieux et les rentiers (voire quelques étudiants ou profs) ; de quoi remplir la salle. On s'installe au cinquième rang du premier balcon, la vue surplombe une avalanche de perruques grises. Sur la scène, c'est la grand messe, avec Laurent Bayle au centre. Il faut absolument que quelqu'un lui conseille de porter des mi-bas, ce n'est pas possible autrement (d'ailleurs, la seule personne correctement habillée sera son co-directeur arrivé à la bourre -- je l'ai déjà vu celui-là ? Thibaud Malivoire de Camas ; z'ont presque tous de ces noms, on sent que la famille n'habite pas le 9-3 ; bref, il est DGA de la CdM et DG de Pleyel, tandis que Bayle est DG de la CdM et Président de Pleyel ; allez savoir comment ça évoluera avec la Philharmonie....). Autour du patron, de l'orchestre de Paris à sa droite (Bruno Hamard et Didier de Cottignies), son staff de direction à gauche (le secrétaire général Hugues de Saint-Simon, l'autre était peut-être le directeur de la prod Emmanuel Hondré ?), et à l'extrémité encore Radio France (Marc-Olivier Dupin).

On passe en revue la saison, qui est riche d'orchestres étrangers, mais avec des programmes plutôt conventionnels -- j'ai dû cocher trois symphonie n°3 de Beethoven pour pouvoir en réalité entendre des orchestres rares jouer l'autre partie du programme. Mahler à foison, d'ailleurs. Les plus originaux sont sans conteste l'orchestre de Paris, dont j'ai déjà réservé l'intégrale (ou presque, il y a des concerts disjoints deux ou trois fois dans l'année, avec un bout de programme qui change entre le mercredi et le jeudi, en changeant de soliste et d'instrument). Il y a pas mal de jazz, et aucun concert "autre" qui n'ait attiré mon oeil. Je coche, barre, point-d'interrogationnise alors que l'on se félicite en bas.

56 soirées et après-midi sont dores et déjà le résultat d'un premier passage, hors orchestre de Paris et Radio France. Il faudra certainement réaffiner, de toute façon des conflits avec l'opéra ne tarderons par à arriver. La politique de dernière minutes reste toujours aussi débile avec ses places à 10-20-30€ (plutôt 20 d'une manière générale), tandis que le tarif jeune passe de 8 à 9€. Là je ne comprends pas : quel est l'intérêt, en des temps où l'inflation est nulle, d'augmenter de plus de 10% les tarifs jeunes, pour gratter 1€ qui en rien n'influe sur les finances de la salle, alors que pour un jeune, c'est tout à fait autre chose ? Même moi avec mes 50 concerts, cela représente autant d'Euros, soit une journée de travail supplémentaire à économiser. Je trouve ça absolument aberrant. Si encore il s'agissait de rendre le même service qu'à la cité de la musique, où les 9€ compensent le fait que l'on peut acheter des places n'importe quand, en n'importe quelle quantité (c'est nominatif, mais la carte d'inscription contre justificatif est gratuite et immédiate), et cela même lorsque la salle est pleine. Comme les deux entités (Pleyel étant filiale de la CdM) sont sous la même direction, je ne comprends absolument pas non plus les différences de traitement.

Mais cela n'est apparemment rien devant les augmentations qui vont avoir lieu à l'Opéra de Paris, d'après les rumeurs (les pauvres devraient banquer 50% de plus). Pendant ce temps, le dirlo de la programmation de RF se félicite de la politique de RF pour les jeunes, surtout en Corée (et en France ?). On rappelle aussi que tout le monde est largement subventionné par le ministère de la culture, sauf RF qui a en plus "d'autres moyens" (bein ouais, Bercy, redevance, tout ça). Mais bon, si c'est pour aider les jeunes de Corée, faut bien ça. On peut raconter des bêtises, il n'y a de toute façon pas plus de quinze jeunes dans la salle, en tout et pour tout. Cette année, on ne se félicite pas du crash du site internet, mais on souligne au contraire l'innovation de la retransmission en direct : ça ce sont des impôts bien employés ! Il faut se rappeler, tout de même, que si tout le monde paie un peu, il est normal que tout le monde en profite un peu aussi. Sans compter la pérennité de la culture (avec une diffusion limitée à deux mois seulement, cela me laisse toujours quelque peu circonspect, cependant).

Voilà pour Pleyel 10-11 (l'expression est de Laurent Bayle, je source). Suit un petit récital de musique de chambre avec Eric le Sage (piano), Paul Meyer (clarinette) et François Salque (violoncelle), l'un des trois (heu, trou de mémoire) étant devenu géniteur quelques heures auparavant, mais ayant tout de même fait le déplacement pour l'avant-goût d'une série de concerts d'octobre prochain. Gabriel Fauré, "Trio pour clarinette, violoncelle et piano" : on connaît nos compères, ils ont été largement à la hauteur. Tout se fait dans les temps, on commence peu après 19h30, fin vers 19h50 -- étrange de sortir de Pleyel au moment où l'on entre d'habitude. Il n'y a pas les conseillers en réservation habituels, notamment de l'orchestre de Paris, qui a décidé de ne pas faire son propre événement cette année (de fait, ni Eschenbach, qui quitte le navire, ni Järvi, qui lui succède). Je me souviens ensuite qu'ils interviendront dans le hall entre midi et deux durant quelques jours. Pas bien pratique, tout ça. Dans le foyer, il y a une réception sur liste ; ça devient très VIP tout ça ; me demande si Laurent a été invité, après tout il a reçu le programme en avance, et y est toujours cité. Côté mondanité, sûr que ça ne marcherait pas avec lui ; mais j'aurais bien mangé à l'oeil quand même (c'est payé par nos impôts -- bis).

À la sortie, on tombe sur Joël : il finit par nous convaincre d'aller dans un resto indien qui pique pas promis -- tu parles, les Indiens et moi, c'est une histoire à la fear factor. De retour à onze heures, on croise Christian à Châtelet (en train de courir), et l'ami berlinois à François Mitterrand (c'est là où je me souviens qu'il y avait TCE, ensemble orchestral de Paris) : ça tombe bien, il gagne le programme que je lui avais pris... (pas le griffonné, l'autre) Mimy hallucine complètement de toutes ces rencontres : c'est ça, la vie parisienne !