Il ne faut pas bouddher son plaisir, mais ce "Siddharta" de Preljocaj est tout de même étrange, et je me surprends à penser que si ce n'était pas signé de celui qui côté face/grand public animait tant le coeur des jeunes filles (tandis que côté pile/Théâtre de la Ville, il n'a jamais rien caché d'à quel point il peut être space), la salle ne serait certainement pas si pleine. Parce qu'avec ma souris grise (moi aussi, j'étais gris ; la dernière fois, on était rouge Garnier ; et sans se consulter à chaque fois : un cosmos mystique nous unit vestimentairement), on a dû se taper une galerie tout tout en haut de Bastille, au milieu certes, mais de quoi se plier en deux tout le long, pour voir des danseurs de trois centimètres (heureusement que le jumelles de l'opéra sont bien calibrées).

Il faut dire aussi que pour la troisième représentation de cette création, le couple Nicolas Le Riche/Aurélie Dupont était au programme. Et comme c'était un samedi, un effet province a dû se faire sentir aussi. La musique contemporaine de Bruno Mantovani n'aura jamais eu autant de spectateurs, je pense -- une guitare électrique à l'orchestre, ce n'est pas tous les jours non plus. Susanna Mälkki à la baguette. Mais revenons-en à notre ballet obscur (sur la forme et le fond).

Ça commence à moto ; ou plutôt à motards (à pieds). Tout de noir vêtus, casque sur la tête. Apparemment, c'est l'incarnation des "forces de Mâra, dieu de la mort, de l'illusion et de la tentation" ; Denys sera certainement ravi de l'apprendre. Le programme est manifestement (Mimy est bobo, elle veut son programme, même quand les photos d'Anne Deniau ne peuvent être encore éditées dedans -- faudra attendre la reprise dans deux ans, à n'en pas douter) peu bavard sur ce sujet. Il l'est sur d'autres, et c'est juste interloquant (le dramaturge Eric Reinhardt possède à ce propos un bon débit de nawak) : on lira ça chez elle.

Nicolas, enfin, pré-Buddha, suit les traces de Keanu Reeves, mais tout à fait (les ascètes sont ainsi des bonshommes noirs à lances qui font du bruit -- allusion à une canne ? -- : bon, le programme nous dit aussi que c'est pas très grave, faut juste saisir l'idée générale, tu vois ?), il cherche surtout l'éveil : Aurélie Dupont mode wili (Sylphide ou Bayadère, aussi, bref du classique), dans de grands voiles blancs ; mais ça lui échappe tout le temps. Dommage, parce que ce n'est pas la moitié d'un bouddhin.

Après avoir quitté sa femme, ce qui est très bête car c'est la ravissante et très baisable Alice Renavand (d'ailleurs il la baise un peu, le bougre, et zouh l'adieu du tableau VI), il part sur les chemins avec son cousin compagnon le Stéphane Bullion ; ensemble, il se tapent deux putes, Christelle Granier et Séverine Westermann, sur un châssis de camion ("belle comme un camion" ? On cherche toujours). Il aurait plutôt dû se faire Sujata, parce que Muriel Zusperreguy, elle est vachement belle (et elle danse vachement bien, pour ce qui intéresse Mimy). J'oublie le papa Roi, dans tout ça : Wilfried Romoli (étoile invitée), mode cheveux gris très ras, il n'y fait pas énormément de choses en fait.

Au bout d'une heure quarante, on a enfin eu droit à notre duo Le Riche/Dupont (Bouddhiou il était temps), et tout se finit bien, l'éveil et ses messagères éveillées (donc voilées de blanc tout pareil) ayant même vaincu les motards noirs. De quoi se réjouir. Les critiques sont mitigées : de même.