"Le mariage à trois", certes, mais lesquels ? On parie sur Théo/Harriet/Auguste, mais il y a Fanny, ça devient alors plus "compliqué". Jacques Doillon a tourné ce que Rohmer ne pouvait faire. Parce que Rohmer est moral, alors qu'ici nos intellectuels impossibles sont plus sexuellement libérés ; on se met des claques comme on se pince les seins, on se grimpe dessus comme on se repousse violemment, la notion de couple est à géométrie variable, et l'on suit ses envies du moment. "Marivaudage" est le mot qui revient le plus dans les critiques de la presse : pour moi, c'est erroné. Nous sommes plus dans une optique à la Denys Arcand avec unité de lieu et de temps, et dont les réflexions sont tournées vers le jeu, le jeu de l'amour, le jeu sur scène théâtrale ou le jeu social, le tout sans frontière fixe. C'est aussi plus ouvert et passionné. Auguste (Pascal Greggory, que l'on voit et revoit dans du Rohmer) est l'ancien époux d'Harriet ; ils s'aiment-moi-non-plus, s'attirent et se repoussent sans cesse, essaient et échouent (en le sachant bien), partent dans des analyses sans fin, on dirait B#2 et moi en pire à la "belle époque". À côté, Mimy se sent fatiguée par ce manège.

Harriet (Julie Depardieu) a amené dans la maison de campagne d'Auguste, via un cinquième (et dernier) personnage rejeté au troisième plan, le metteur en scène Stéphane (Louis-Do de Lencquesaing), comme arbitre transparent, son nouvel amant, le jeune Théo (Louis Garrel, qui attire l'oeil de ma souris), pour jouer avec elle la nouvelle pièce de leur hôte, que ce dernier peine à finir. La jeune Fanny (Agathe Bonitzer) est à l'étage, elle s'occupe du courrier pour Auguste, et va être (em)mêlée dans l'histoire, surtout lorsque ses talents de comédienne apparaissent. Et que l'intérêt d'Auguste devient de plus en plus vif.

Il s'en passe, durant 1h40 : pourtant, certains passages sont difficiles à suivre sans décrocher un peu. Dans l'ensemble, j'en retiens un flot de sentiments, d'analyses et de prise de tête intellectuelle, qui aura fait fuir huit personnes de la petite salle 7 (à moitié peuplée) des Halles (où je n'avais remis les pieds depuis une séance catho-morale avec la Pythie : on est ici totalement opposé, plus libertin à moitié assumé on ne peut guère -- fabuleux moment où Théo emboîte sur les folles idées de reproductions croisées d'Harriet, avant de proposer de tirer un bon prix de toute cette superbe future progéniture). Et ça, ça me plaît carrément.