spéciale Boulez 2/2
Par palpatine le samedi 29 mai 2010, 15:38 - ... et les arts - Lien permanent
Deuxième concert par l'orchestre de Paris et l'ensemble intercontemporain : j'avais ramené mon programme, mais comme un boulet, j'en ai repris un autre sans réfléchir. J'espère que dame nature ne se fâchera pas trop. Cette fois, j'ai un ami en plus (et un en moins : a plus le bavard), en la personne de Christian, à côté de qui je me replace, parce que si j'aime bien le bout de rang F (quoique pair), il donne surtout droit, en l'occurrence, à voir une sacrée haie de contrebasses. Le second programme est résolument contemporain, et des disparitions dans le carré VIP sont à noter (comme notre couple d'aristos préférés) ; en échange, on gagne un Dutilleux en bout de rang E (il me semble que porté par une ouvreuse à l'entracte, il a disparu), et un Pierre-Laurent Aimard de l'autre côté (il fait manifestement bande à part). Alors que nous sommes du côté impair au rang L, du côté pair au rang K se trouve Marie-Aude Roux (toujours très en beauté) ; je remarque après l'entracte que sa voisine immédiate est encore une fois l'attachée de presse de l'orchestre de Paris (en toute indépendance objective, évidemment).
"II. Une autre génération" : petit bon dans le temps, et :
* Luciano Berio [1925-2003], "Quatre dédicaces" : IV, "Encore" ; 5 minutes ; heureusement que c'est court
* Eliot Carter [1908-], "Anniversary" pour orchestre ; 6 minutes ; heureusement oubliable
* Franco Donatoni [1927-2000], "Tema" pour 12 instrumentistes (à partir de la mesure 167) ; 7 minutes ; suffisantes pour être traumatisé
* Karlheinz Stockhausen [1928-2007], "Klavierstück V" ; 6 minutes ; pas désagréable
* György Ligeti [1923-2006] ; "Kammerkonzert" IIIe mouvement ("Movimento preciso e meccanico") ; 4 minutes ; le meilleur, extraordinaire, génial (pourquoi seulement 4 minutes ?)
* György Kurtag [1926-], "Stele" pour grand orchestre, IIe mouvement ; 4 minutes (après 8 passées à remettre en place l'orchestre !) ; j'aime franchement bien
* Pierre Boulez [1925-], "Notations III et II" ; 7 minutes ; le premier est Modéré et écoutable, mais le second "Très vif-strident" est insupportable (imaginez qu'une armée de nain mette le zouc dans votre cuisine, et tape sur les casseroles), et vraiment pas de bol, on se le retape en bis sous les applaudissements du public.
À l'entracte, je ne trouve point d'ouvreuse à me mettre sous la dent. Je reviens quelque peu dépité. La seconde partie s'intitule "Et maintenant ?", et se consacre à des compositeurs très vivants (je veux dire à la fois pas morts, et de moins de 80 balais). Et là, très chers lecteurs attentifs aux goûts de mes héros récurrents sur ce blog, vous allez savoir pourquoi Christian, qui sursaute trois fois sur quatre quand débute une oeuvre contemporaine, avant de se cacher la figure dans les mains, était présent. C'est qu'il n'était point seul. Notre compagne n'est en fait autre que la génitrice du jeune (enfin, 34 ans quand même) compositeur qui ouvre la série, Jean-Baptiste Robin : "Distances", pour orchestre de chambre (heu, grande, la chambre) est ainsi créé par Pierre Boulez sur une commande de l'Ensemble intercontemporain à Pleyel, ce qui n'est pas rien ; 10 minutes de sons tout aussi aléatoirement déstructurés que les autres, mais en plus écoutable quand même (ça ressemblerait presque à du Ligeti). On applaudit quand même beaucoup par défaut.
Suit Helen Grime, née en 1981 (mais qui en fait plus -- quoique, c'est peut-être que j'ai trop l'habitude de fréquenter des gens qui font beaucoup moins que leur âge ; elle reste charmante, ceci dit), "Virga", créé en 2007 à Londres (le LSO commande des mini-oeuvres à des compositrices de 26 ans, tiens), était créé en France ; 5 minutes qui détonnent, heureusement que c'est court, comme ça ça reste bon.
L'oeuvre finale prend tellement de temps à mettre en place qu'un entretien entre Pierre Boulez, Marc-André Dalbavie et Jean-Pierre Derrien est mise en place pour faire patienter. Et justement, parler de spatialisation, et de problèmes architecturaux : Boulez aimerait beaucoup se débarrasser de la boîte à chaussure pour une scène tournante offrant plus de possibilité de distribution des musiciens, déjà dans l'absolu, ensuite pour ne plus avoir à subir les longs changements comme celui auquel on assiste 20 minutes durant, pour une oeuvre de 25 minutes. Quand on commence, il est d'ailleurs 22h25, mais on avait compris depuis un certain temps que "fin du concert à 22h00" signifiait en fait 23h.
Marc-André Dalbavie, donc, nous explique pourquoi son oeuvre telle qu'elle va nous être présentée a posé beaucoup de soucis, et donc ici en mode dégradé. Théoriquement, les groupes de musiciens doivent être placés autour du public. Sauf que là, il n'y a pas la place au fond de l'orchestre, et ce serait embêtant pour les balcons ; du coup l'idée a été de mettre au moins deux petits groupes au premier balcon, mais prendre les places de première catégorie étant embarrassant, c'est en bout de bergeries qu'ils se sont retrouvés. Du coup, au lieu d'être entouré de musiciens, on les a juste tous devant, et l'effet est drastiquement moindre. Et c'est bien dommage : car ce "Concertate il suono", commandé et créé en 2000 par Boulez à Cleveland, est encore pour moi une bonne surprise dalbavienne. L'effet doit être génial avec une véritable mise en place. Qu'on aura peut-être un jour à la Philharmonie ; si on arrive à ce fin du monde.
Saluts généraux, nos trois compositeurs viennent saluer. Sauf que mes deux amis de droite en ayant soupé, ils se sont faufilés à l'extérieur : heureusement que je suis là pour assurer les photos-souvenir ! ;) (bon, je n'en ai pas une seule avec tout le monde non flouté : faut arrêter de gigoter quand on salue !!)

Les deux concerts sont déjà disponibles sur le web (jusqu'au 27 août : ces limitations sont toujours d'une absurdité incompréhensible...) : www.arteliveweb.com, www.orchestredeparis.com, www.ensembleinter.com et www.sallepleyel.fr nous indique-t-on.
Commentaires
Merci Gilles d'avoir pris la photo souvenir du jeune compositeur. Sa mère va être contente. je lui transmets l'adresse de ta page avec la photo de son bambin en grande tenue sur la scène de Pleyel.