On sait, entre gens intelligents, à quel point l'extrême droite peut être profondément débile. Surtout lorsque, comme moi, on possède plusieurs amis ou membres familiaux qui versent dans l'idéologie : on peut mieux observer les rouages de la mauvaise foi. Le problème est qu'il s'agit ensuite de faire comprendre aux amis simplement conservateurs de droite que malgré eux, ils cautionnent aussi ce genre d'idées (et que la différence avec les précédents, c'est qu'ils sont au pouvoir et les mettent en application). Parce qu'après tout, mon temps étant limité, je ne le perdrais pas à m'offusquer pour partager avec les gôchistes mon aversion pour le gouvernement en place et son action liberticide. Non, ce que je vise, ce sont les lecteurs de droite "traditionnelle" (j'ai toujours du mal à comprendre ce concept, où beaucoup d'idées contradictoires semblent s'agréger par la seule opposition aux "gôchistes", à présent que les fameuses "valeurs de la droite" ont toutes été bafouées par leurs représentants), et ceux qui pensent que la politique, ça ne sert à rien (et parmi ceux-là, sans blague, il y a du philosophe...).

Reprenons l'ordre chronologique des événements. Le 6 mars, la FNAC récompense une photo, qu'il m'est à présent (depuis minuit) INTERDIT de diffuser, dans le cadre de son concours sur le "politiquement incorrect". La photo, en l'occurrence, est... politiquement incorrecte. Il s'agit d'un homme se torchant avec le drapeau tricolore.

Le politique est en émoi : MAM (rappel : ministre de la justice) et Brice (rappel : ministre de l'intérieur) promettent des poursuites pénales. Pas de bol, ce n'est pas possible, comme quoi, pour être ministre, il faut avant tout être incompétent. Brice déclare : "Personne ne peut accepter que la liberté d'expression soit détournée au mépris de l'emblème de notre pays." Personne ? Brice, s'il-te-plaît, parle pour toi (et réfères-en à la justice quand tu dis des conneries racistes, Ô donneur de leçon...). Le Grand Guillaume Didier (porte-parole de la Chancellerie très célèbre pour ses sorties) renchérit :

Bien sûr, les personnes qui relaient cette dégradation ou utilisation indécente à titre d'information ne sont pas visées, le devoir d'information n'est pas touché. L'idée est de combler le vide juridique de la loi.

Comme je n'informe pas forcément, je ne me sens pas visé. Et puis, j'aimerais bien savoir sur quels fondements approximatifs se fonde cette assertion. Dans tous les cas, il ne me semble pas qu'il n'y ait que l'aspect "juridique de la loi" qui soit vide.

Premières victimes de la connerie ambiante : la direction de la FNAC licencie deux des employés ayant validé la fameuse photo (élue par un jury indépendant). Évidemment, ça leur coûtera très cher, devant les prud'hommes, et je me demande toujours comment on peut être aussi profondément imbécile pour risquer pareille chose (comme j'ai un peu le même modèle dans ma propre entreprise, je vois à quel genre ça se rapporte un peu). Déjà, ils perdront à coup sûr, et ça leur fera très mal (je pense à trois années de salaire pour chacun) ; ensuite, ils se mettent à dos des salariés qui auront la forte impression d'être considérés comme de la merde (surtout que la responsable de la communication de Nice est enceinte : quitte à être ouvertement ignoble, autant l'assumer jusqu'au bout) ; enfin, les clients comme moi seront certainement sensibles à ce genre d'éthique qui pousse encore plus loin la connerie de son ex-PDG (Olivennes, l'enarque qui vend sa sensibilité politique au plus offrant).

Mais pire encore, le gouvernement a depuis eu le temps de rédiger le fameux décret manquant, et de raboter notre liberté un peu plus. Eolas (que l'on pourrait très mal taxer de gôchisme) a brillamment écrit dessus, inutile de le plagier, allez le lire si ce n'est déjà fait. Alors, chers amis de droite, chers amis apolitiques, par pitié, il y a des élections, de temps à autres, et les crétins au pouvoir n'y sont pas arrivés par magie, ni même par la force : puissent-ils ne pas y rester (ni même y revenir) dès que l'on aura une occasion. Tout un chacun peut se tromper ; je connais beaucoup de beau monde, et même de sensibilité artistico-bohême, qui ont mal lu le projet sarkozien (mais remarquez bien que c'est l'ensemble de l'UMP qui est concerné, combien y a-t-il d'exceptions dans l'hémicycle ? Tellement peu qu'on en connaît les noms !), qui ont naïvement cru l'inverse de ce qui s'est produit. Il faut apprendre de ses erreurs, inutile de s'entêter, ça ne sert à rien. Si ce n'est à se condamner de manière bien masochiste. D'ailleurs, si vous êtes maso, ou dans le doute, abstenez-vous, cela vaudra mieux. On a aussi le droit de ne pas savoir, il n'y a rien de honteux (c'est même une preuve de sagesse, de savoir ce que l'on ne sait pas). Ce qu'il y a de honteux, c'est de gouverner, de légiférer de cette manière. Rien d'autre.