La pinacothèque a nommé cette rétrospective Munch "l'anti-cri" (comme quoi, je ne suis pas le seul -- avec ma souris -- à faire des jeux de mots pourris), pour nous signifier qu'on y verra tout du maître norvégien SAUF "le cri" et ce qui peut y ressembler. Ça, c'était pour la galerie nationale d'Oslo (visitée il y a moins trois semaines), dans la pièce qui lui est consacrée. D'ailleurs, dès le premier panneau explicatif, on nous affirme qu'Edvard Munch est universellement connu pour ce seul tableau ; ce n'est pas faux. Petite remarque préliminaire de prononciation approximative : le "u" est très fermé, proche d'un "o" (le "o" se prononçant "ou" ; mais notre "o" correspond cependant à la lettre spéciale "å"), et le "ch" se prononce "k".

Il existe à Oslo un musée qui est consacré au peintre le plus célèbre du pays. Mais notre guide, dont c'est le peintre favori, nous avoua qu'il trouvait la période de paranoïa déprimée de Munch (il peignait en fait ses visions) bien plus intéressante que lorsqu'il fut soigné. La pinacothèque, en réalité, ne fait pas l'impasse sur la moindre période, et retrace dans un ordre chronologico-thématique l'oeuvre toute entière, avant, pendant, et après "le Cri", sans même nous préciser quand est-ce que le chef d'oeuvre a été réalisé. De même pour "la madonne", dont on dispose pourtant de plusieurs esquisses (de grande qualité) reproduites côte à côte ; de même aussi pour "l'autoportrait à la cigarette", dont la réalisation au crayon (de mémoire) présente ne donne pas droit de savoir quoi que ce soit sur l'oeuvre finale (largement supérieure en taille, et en couleurs).

En réalité, nous sommes donc plus autour du cri qu'en opposition. Même si, débarrassé de cette période la plus célèbre, réduite à l'anecdotique (on n'évoque pas même son passage en HP), on peut tout de même comprendre l'évolution et les différentes voies explorées, autour d'une thématique à la fois de simplicité, de naturel, et de dégradation inexorable. Le biodégradable est poussé jusqu'au "traitement de cheval" dont il est fait par deux fois allusion, consistant à faire subir aux tableaux, entreposés à l'extérieur de la ferme, les affres du climat. Il y a aussi les obsessions, déclinées comme autant d'oeuvres qui se répètent ("la solitude"), ou dont les visuels sont très forts ("la jalousie", "le vampire").

Beaucoup de dessins ou d'oeuvres méconnues issues de collections particulières (j'imagine -- à tort ? -- le boulot monstre pour faire le catalogue...). Et au final, une exposition fort réussie, ne faisant pas appel à des célébrités pour sa promotion, dont l'arrêt n'arrête pas d'être repoussé (8 août, alors que c'était pour le 3, et même initialement pour le 18 juillet apprends-je ; pour un début mi-février !), et qui justifie les 10€ pour deux heures de parcours (avec une vitesse plutôt lente, mon accompagnatrice -- la fameuse et certainement très récurrente "brunette", que je vais finalement nommer ici "hinata", et non "rei", pour cause de cheveux foncés -- étant du genre contemplatif). Une expo Munch à ne pas rater !