Londres est la ville la plus bordélique qui soit. Mais contrairement à Berlin, où rien ne va avec rien de manière abrupte, de grands vides de "rien" séparant des quartiers très disparates, à Londres, le patchwork donne quelque chose de charmant, d'envoutant, de gentiment psychédélique. L'architecture contemporaine y jouxte un immeuble du XVIIIème, avant de repartir sur de la brique fin XIXème ou début XXème, avec des hauteurs de fenêtres totalement différentes. Pour un urbaniste, ce ne serait ni fait ni à faire. Et pourtant, cette salade niçoise d'immeubles et de rues trop serrées est bien là, retravaillée sans cesse par les nombreuses grues, qui détruisent du vraiment-trop-moche (jusqu'à deux pas du Buckingham Palace !) pour reconstruire du neuf le plus éloigné du style global.



Certains quartiers (ou parfois juste trois rues...) ont tout de même une âme particulière. C'était le cas pour le bout de Kensington, du côté Holland Park, où notre hôtel se trouvait. Mais une fois l'espèce de vague périphérique traversé, du côté de Shepherd's Bush, voilà que le paysage change totalement, beaucoup plus populaire, et bien que présentant un même Starbuck, d'un côté il s'agit d'un immeuble meringué, alors que de l'autre c'est de la brique rouge ; dans les deux cas, un ou deux étages de hauteur, et une boutique par immeuble.

Cette non-urbanisation a aussi un effet secondaire : le nombre de rues est simplement hallucinante. Ne dépassant jamais deux voies (à l'exception très rare de Regent Street ou de Piccadilly : deux fois deux, grand luxe), le centre est blindé de taxis (peu de voitures s'y aventurent, c'est payant, et c'est de la folie), et encore plus de piétons à partir de 17h, à la sortie des bureaux : inutile d'aller au Japon pour jouer des coudes sur le trottoir. Pourtant, non-fait étrange, personne ne court jamais (contrairement à Paris, où si l'on n'a pas le rythme très soutenu, la sélection naturelle sera sans pitié : la condamnation est un déménagement en province).



Ne retenant aucune leçon de ses erreurs, le Londonien a construit un réseau de métro abominablement complexe, aux stations pourtant très éloignées, qui parcours de longues distances, mais circule passablement lentement (facteurs 2 à chaque fois par rapport à Paris). Enterrés très profondément, les tunnels sont creusés au plus juste. Le métro n'est ainsi pas dénommé "tube" pour rien : c'est effectivement un quasi-demi-cylindre, et les murs sont aussi circulaires, à vingt centimères de l'engin. Pour parfaire le tout, il n'y aucune niche en cas de problème (d'ailleurs, il n'y a jamais qu'une seule et unique sortie par station, et surtout pas d'issue de secours, il aurait fallu creuser !) : le métro londonien, c'est le rêve éveillé d'un terroriste.

Ce métro est donc arrondi, ce qui implique de baisser la tête dès que l'on est sur les bords ; de tous les métros que j'aie vu, c'est le système à la fois le plus complexe (diverses zones et embranchements dès que l'on sort du centre-ville, pire encore que le RER français) et le plus stupide que je n'aie jamais rencontré. L'illogisme inconséquent londonien ne s'arrête pas là : les lignes ne sont pas numérotées mais nommées, et pis encore, leurs couleurs sont parfois très proches les unes des autres (le changement au croisement de la bleue marine et de la noire est absolument génial) ; on comprend difficilement dans quel sens il faut aussi se diriger. Il n'y a guère que la souris qui soit compatible avec ces errements de l'esprit : on a toujours besoin de plus littéraire que soit. Dans tous les cas, le réseau est très mal aéré (aussi mal qu'à Paris), et la température dépasse naturellement les 30°C, quelle que soit celle qui règne à l'extérieur. Le métro fait office de sauna désagréable, en plus de casse-tête.



L'autre conséquence de l'urbanisme sauvage est l'absence totale de passages piétons (comme à Berlin, nous n'en avons croisé qu'un seul, dûment pris en photo) -- généralement, on sait "où" traverser aux indications "look right" et "look left" (voire "look both ways") au sol, pour savoir d'où viennent les voitures (parce que sinon, c'est tellement bordélique qu'on n'arrive pas forcément à le savoir). Le Londonien est l'exact opposé du Viennois sur ce point encore : il traverse à l'arrache, n'importe où, n'importe quand. On comprend beaucoup mieux pourquoi ils n'ont jamais réussi à civiliser les Indiens : chez eux, c'est déjà le bordel le plus assumé. Le piéton est cependant au bout de la chaîne alimentaire, et quand on n'est aussi peu civilisé, on ne freine pas s'il y a du monde au milieu. Établissons un classement : Londonien < Français < Viennois < Norvégien.



Si le non-urbaniste londonien n'a pas pensé aux piétons, il n'a pas pensé non plus à la pluie. Quand il pleut, il flaque dur. Ces triples-buses auraient pu se dire que bon, comme il flotte sévère, ce serait bien d'avoir un écoulement naturel des eaux ; eh bien non, le nid de poule est règlementaire. Même les escaliers menant au métro sont innondés facilement. Absolument n'importe quoi. La voirie anglaise est à l'image du jardin anglais (quelques parcs immenses, où l'herbe folle est de rigueur mais le banc rare, rompent totalement le peu d'harmonie urbaine). À noter aussi l'absence notoire d'abris...

Énième preuve du délire londonien : l'abri-bus dos à la rue. Déjà, l'abri-bus est plutôt une exception. Mais surtout, trois fois sur quatre, il empêche de voir le bus venir. Fallait y penser. Dans un grand élan de sympathie, le penseur londonnien a mis en place une vitre transparente ; de fait, on peut être au courant, en se contorsionnant, du fait d'avoir raté le bus. Évidemment, il n'y a rien qui puisse indiquer le temps d'attente ; déjà que le plan n'est pas situé...



Montesquieu a prouvé que le climat est en relation directe avec l'état de la civilisation : à Londres, c'est effectivement tout autant bordélique. Un jour il fait beau mais frais ; le lendemain, il fait froid et il pleut (sauf dans le métro, évidemment) ; le surlendemain, il pleut et il fait froid, dix minutes plus tard il fait très beau et chaud (arg, le pull !), mais la situation se dégrade et il pleut de nouveau (le pull n'est plus superflus, on se remet même la veste), et ça continue... Le délire pluvial est tel que l'on peut regarder le ciel pour savoir dans combien de temps, en fonction du vent, on pourra de nouveau arpenter le trottoir sans se tremper. D'une manière générale, il suffit d'attendre cinq à dix minutes, ou de changer de quartier.

Londres est donc un endroit sauvage. Conséquences positives : l'inattendu est partout, on va de surprises en surprises, et surtout, surtout, le fashion y a un tout autre sens. Le style y a un vrai sens, et ça commence dans la rue : exit les mal habillés parisiens infoutus de savoir choisir un costume à leur taille, le londonien standard est beau (je veux dire vestimentairement, hein, parce que sinon, vous savez, quand on vit sur une île, l'endogamie, tout ça...) avec des pointes d'originalité (le taux de freaks y est cependant assez élevé). Le lodonnien élégant est loin d'être rare, et c'est très beau à voir. Il faut dire qu'en boutique, c'est l'effervescence de bonnes idées. Un style que j'ai du mal à construire à Paris, c'est facile à Londres. Pas chez Harrod's, mais chez Liberty. Ou en demi-mesure sur Savile Row : le paradis sur Terre, une rue de tailleurs en parallèle d'un bout de Regent Street.



Et puis Jermyn Street, en parallèle de Piccadilly, juste après le carrefour de Regent Street (que termine un tournant très surprenant dans une ville), où les chemisiers (entrée de gamme du haut-de-gamme, grosso modo -- on trouve par ailleurs du Charles Thyrwhitt ou du du Lewin à tous les coins de rue, alors qu'ils n'ont jamais ouvert une seule boutique à Paris, contrairement à Thomas Pink) jouxtent du John Lobb (celui d'Hermès), du Edward Green ou du Dunhill. Au bout de Jermyn, St-James street : on monte en gamme (même si les boutiques sont plus disparates), et surtout on voyage un peu plus dans l'histoire ; l'atelier de John Lobb (l'original -- ça ressemble très exactement aux photos, personnel avenant compris...), en bas de la rue, jouxte le chapelier Lock&co, où j'ai pu essayer un véritable (enfin, presque : ce n'est plus fabriqué en soie pure) haut-de-forme (encore 450€ à économiser, hhmmm...).

Mais en réalité, les équivalents de St-Honoré et du triagle d'Or sont Old Bond Street, New Bond street (dans sa continuité), et les rues attenantes (au dessus de St-James, soit perpendiculaire à Piccadilly et parallèle à la courte Savile). On y trouve toutes les grandes maisons italiennes et françaises, même si parfois, on est surpris par un Kenzo de cinquante mètres carrés, avec une collection homme des plus réduites. On y trouve aussi la haute couture londonnienne, de Stella McCartney (avis divers -- sauf sur l'accueil, comment dire, entre glacial et inexistant) à McQueen (j'aime pas des masses).

On y est cependant aussi diversement accueilli que partout ailleurs : d'une manière générale, on vous ignore royalement (manifestement, ils n'ont pas du tout l'oeil -- mis à part sur Savile, quoique le fort sympathique et compétent responsable du bespoke ne savait pas différencier des Lobb de Berluti, heu... --, car vous vous doutez bien, chers lecteurs, que même en vacances, si je ne peux me trimballer avec plusieurs milliers d'Euros de fringues, j'ai tout de même une certaine élégance "sportive"). Ou alors, on vous demande si vous voulez de l'aide, avant de vous ignorer de même (même si vous vous mettez dans l'axe du vendeur, et que vous portez une attention visibile à une paire de pompe, même à £650). Bref, ce n'est pas commerçant, et dans une boutique de luxe, ça craint un max, je trouve : on paie avant tout un service, que diable !

Ceci dit, il s'agit peut-être d'un trait de caractère proche de celui des Viennois : car une fois introduit, on est bien plus à l'aise (quoique, chez les Viennois, même une fois introduit...). Preuve en est chez Dunhill, le vrai, le manoir avec bar, coiffeur et barbier, à l'angle de Davies street et de Bourdon street (il faut dévier de Old Bond pour y arriver), où l'on nous laisse longuement divaguer, avant que je n'attrape un vendeur, qui s'avèrera des plus aimables dès qu'il aura compris que j'étais un bon client de la maison (par ailleurs, leur gestion des stocks est décidément aussi erratique que celle de leur fichier client : la ceinture qui n'existait plus, même en mailant directement chez eux en Anglais, était encore en réserve !).



Le caractère du londonien n'est décidément pas facile à déterminer, et à constater les relations avec les touristes anglais de l'hôtel, il semblerait que le mal soit du pays tout entier. Dans le même genre que "I don't think so" signifie "tu dis de la merde", "sorry" est utilisé comme onomatopée. Exemple : on vous rentre dedans dans la rue (mais je veux dire : on aurait largement pu vous éviter), le "sorry" arrive immédiatement après (au début, on croyait que c'était une marque de politesse). À l'opéra, le mec de devant nous casse les pieds, "sorry", et il hésite à continuer. À l'hôtel, une femme coupe le pain sans utiliser le torchon ; une autre le lui fait remarquer ("you're supposed to use..." : "t'as rien compris à la vie, grognasse, faut que t'utilises..."), et la réaction ne se fait pas attendre : "oooh, sorry !" (avec beaucoup de diphtongue), laissant tomber son activité tout en roulant très largement des yeux (traduction : "tu me casses les roubignoles, la vieille"). C'est très perturbant.

Mais au final, ce qui aura été de loin le plus traumatisant, aura été la fermeture des magasins à 18h00. Pour une ouverture à 10 ou 11h le matin ! Je ne sais pas comment on est censé faire du shopping dans ces conditions, mais ça me semble passablement impensable. Le jeudi, certaines boutiques tirent jusqu'à 19h : quel luxe ! Certains magasins annoncent tout de même ouvrir le dimanche, en compensation (car le samedi, ça ferme aussi à 18h00 !), mais uniquement dans le centre ai-je vu cela. Car dans la City (haut taux de banques, grattes-ciels exubérants construits de manière anarchique en dépit du bon sens -- vive le vis-à-vis), pourtant proche, la surabondance de bureaux donne une ville totalement morte dès le samedi (pratique pour y tourner un film), et seuls certains dealers de sandwich sont ouverts, car tout le reste, boutiques de luxe comprises, est totalement fermé ! Ambiance très étrange...



Le londonnien n'est d'ailleurs manifestement pas de la nuit (pourtant, il y a plus de 200 nightclubs) : si les rues sont plutôt rapidement désertées dans le centre (ou fallait-il rester confiné à la rue des musicals, Shaftesbury Avenue ?), trouver un resto ouvert après 22h n'est pas aisé (et s'il est ouvert, il n'est pas certain qu'il vous serve), même dans le plein-centre bourgeois (les lignes de métro sont elles aussi assez dépeuplée, alors que la cadence a diminué de moitié). Exception faite du Hard Rock Café (enfin, j'espère : une queue de facilement vingt mètres dehors), et des endroits à £100 l'addition par personne (précision pour Lea, que l'on a mal habitué). Le Harrod's tire jusqu'à 21h (car on peut y "dîner"), le Fortum and Mason arrive jusqu'à 20h (de toute façon, c'est autant hors de prix que le premier, sans que ce soit réellement justifié : ce qui est paradisiaque, c'est bien le côté "épicerie", immense, délicieux et au-delà -- des murs de confitures numérotées !). Sans arriver, encore, au niveau de Daloyau ou même de la Durée (quoique, pour Fortum...), on peut fort bien manger, à ma grande surprise, à Londres : il faut cependant y mettre le prix (bonne nouvelle : les salaires y sont manifestement 20% au dessus, et on n'y serait pas con comme un Français -- il est difficile de faire pire -- au niveau de l'embauche ; les loyers y sont aussi apparemment bien plus raisonnables que chez nous), et bénir l'immigration et la mondialisation.



Comme dans tout pays culinairement primaire (sauf chez Fortum, Harrod's et Richaux, mais ça gruge un peu), la carte de restaurant ne se trouvera qu'avec de la chance et toujours tronquée à l'extérieur. Cette habitude est hautement pénible. Elle peut s'avérer facilement incompréhensible, avec certaines prestations pré-tarifées, et d'autres non (très mineures, telle la formule de menu privilégiée, n'st-ce pas ?). Même à l'hôtel, le buffet a deux tarifications, qui varient du simple au double : "Continental" et "European" ; la préscience culinaire de la souris lui fait rapidement comprendre que le premier est tel que je le prends (c'est-à-dire sucré, what else ?), tandis que le second est privilégié par les personnes en surpoids du Nord et de l'Est de l'Europe (ou le retour de la Wurst). Notre réservation hiltonienne faisant partie de l'offre "the great escape" (qui me semble-t-il a été prolongée), le p'tit dej' était compris, mais allez donc savoir sous quelle formule...

En revanche, le wifi était absent dans les chambres ; un câble réseau planqué pour un accès payant de 24h, donnant par ailleurs accès au wifi dans le hall, ou des cartes prépayées sécables pour 3h, 1h ou 15 minutes : on choisit cette dernière option pour £3, car sinon, c'est £15 la journée. Autant dire que nous étions quelque peu révoltés de ce que dans un hôtel trois étoiles (non, ça n'en vaut pas quatre, j'ai déjà fait le Hyatt), il faille payer ce genre de prestation basique (peut-être que c'était compris pour les classes supérieures de chambre... deux fois plus chères). Mais en fait, même au Starbuck le wifi est payant ! Et ne croyez pas que la mairie de Londres se soit sorti les doigts du cul comme celle de Paris : quand je vous disais que le londonien a une déficience communicationelle...



Non, l'Anglais se terre chez lui. On doit passer une douane et faire un strip-tease (moins complet qu'à l'aéroport) pour prendre l'Eurostar. Bref, on n'est pas dans Schengen, même s'il y a eu quelques assouplissements. L'illusion de l'île. Pourtant, l'Anglais a plein de choses à partager, et peut-être serait-il moins incompris, et passerait-il moins pour un con borné fouteur de merde s'il s'ouvrait quelque peu. Même les nordistes, peu amènes, ont franchi le pas !



Car le Londonien aime la culture. Et si le métro coûte cher (quoique, à £5 la journée, on est dans les mêmes eaux qu'à Vienne ou Paris), et le monument encore plus (de quoi refroidir devant Westminster ou la Tower, sans compter les heures de queue et les horaires de fermeture indécents), le musée est gratuit (on demande juste une obole dans une plus ou moins grande boîte en plexi). Nous avons ainsi pu parcourir la National Portrait Gallery, alors que rien ne nous y aurais naturellement poussé. Ou alors, nous avons fait une visite-flash-éclair en moins d'une heure du British Museum : comme il y avait des "Wave" d'Hokusai sur les bibelots, j'ai émis l'envie de visiter le pavillon japonais ; perché et pas bien grand, la pêche fut mauvaise, nul exemplaire de l'estampe à l'horizon (ceci dit, d'après Wikipedia, le Guimet serait bien meilleur) ; cependant, il aura fallu traverser pour cela bon nombre d'égypteries (oh, une pierre de Rosette, voleurs d'Anglais !), et notamment de vraies momies (glauque à souhait, vive les vitrines), soit une densité de deux touristes au mètre carré en moyenne (invivable -- en revanche, chez les nippons et les chinois, c'était presque vide).

Mais notre premier musée aura été l'excentré (par rapport au coeur londonien, car les distances y sont distordues) Tate Gallery : du contemporain-moche rythme de l'écliptique allant de Gainsborough aux pré-raphaëlites (une salle, certes hit-parade, mais qui justifie un déploiement de littérature à la boutique que l'on croirait que toutes les oeuvres jamais produites sont du musée). Surtout, on fait des rencontres des plus intéressantes (évidemment, je n'ai rien noté : la souris, en revanche, est très studieuse, on trouvera donc tout en détail chez elle), au nombre desquelles l'américain John Singer Sergent. En fait, on est resté stupéfait devant Ena and Betty, Daughters of Asher and Mrs Wertheimer (1901), et d'autres oeuvres présentes dans la même salle (il vous réussit de ces filles...). Mais ma préférée est Carnation, Lily, Lily, Rose, envoutant. Une vraie rencontre artistique.

Le lendemain, au National Portrait, qui occupe en réalité une aile (à droite en ayant Trafalgar Square derrière soi, ie du côté de St-Martin in the Field) de la National Gallery (sans toutefois qu'un passage de l'un à l'autre ne soit possible sans ressortir). Un coup du hasard, mais Laurent m'avait indiqué que depuis le bar en haut, la vue était fabuleuse : en effet, ça en avait bien l'air, mais étant donné les prix pratiqués, on est resté au niveau de l'ascenseur. L'idée de la souris fut excellente : ne faire que les oeuvres modernes ; exit la poussière, vive la vision qui dépasse le simple réalisme (remplacé par la photo, évidemment) pour entrer dans un vrai travail artistique : le résultat a surpassé nos attentes. Retraversant les salles plus ou moins rapidement (alors que le portrait du Prince Charles en polo avoisine celui de Diana, un visiteur so british demande "where is Camilla ?"), nous tombons sur une exposition temporaire dans le cadre d'un concours annuel : bonne pêche, le niveau est excellent, et on tombe amoureux de la même oeuvre (c'est bien de l'huile sur toile), "iDeath" du jeune Tchèque Michal Ozibko, qui aura eu notre vote, et une commande en tirage A3 (qu'il me reste toujours à afficher) -- il ne m'étonnerait pas qu'il gagne, imaginez bien que l'oeuvre fait plus de deux mètres de haut !

On ressort dès qu'il ne pleut plus, et direction la National Gallery (je vous épargne la photo de Trafalgar Square blindée de touristes et quelques autochtones) : prévoir quatre bonnes heures (un peu plus que la Tate) pour en faire le tour complet. Évidemment, on passe vite sur les Italiens (même sur la Vierge renouvelée de Leonardo : franchement, matez-moi cette cuisse du mioche, en bas à droite, berk !), mais on s'attarde sur les impressionnistes ("les parapluies" de Manet étaient de rigueur), en se demandant pourquoi diable les musées s'obstinent à ne point reproduire les titres originaux des oeuvres. Je suis pour ma part happé par "l'exécution de Lady Jane Grey" de Paul Delaroche (1833), non sans m'être attardé sur le "Jules II" voisin (la souris détecte d'ailleurs encore mal les spots), dont je n'avais jusqu'à présent vu seulement des repros (une oeuvre immense en réalité !).

Alors qu'on a fait le tour en large, en long et en travers, une question s'impose : mais où diable sont les époux Arnolfini ? Hé bien ils sont planqués dans une aile peu accessible, moderne (murs blancs qui font un peu mal aux yeux), et il faut les mériter, car tout au bout à droite, il faut traverser des religiosités italiennes pas possibles (heureusement, il y avait une salle avec du Memling pour s'en remettre). Une fois arrivé, on est heureux, mais on se rend compte que l'on n'a pas été le seul à avoir persévéré : il faut lutter pour en voir un bout (même si ça reste plus raisonnable que la pierre de Rosette, prise d'assaut sur une profondeur de quatre mètres de touristes... surtout japonais !).

Alors, Londres ? Hé bien, il faudrait autant de temps pour visiter qu'il n'en faut pour faire le tour de Paris ; et pourtant, les deux villes sont difficilement plus opposables. Mais une chose est claire : cet endroit très imparfait, irritant mais surprenant, calme et fantasmagorique à la fois, aux pépites cachées et inhabituelles (j'ai beaucoup moins spotté, en tout cas : 550 photos tout au plus), me sied tout à fait. J'y passerais bien tous mes week-ends, et peut-être même plus si affinités. Parfois, on tombe amoureux d'une ville ; ça avait été le cas avec Beijing (qui pourtant était au ras des pâquerettes niveau culture, l'opéra étant encore en construction). Je l'avoue (que St-Napoléon me pardonne), j'aime passionnément Londres.




update: j'ai oublié de parler de :
_ la Tamise où ne passe jamais un seul bateau
_ leur chiotte de merde où il faut pomper cinq fois la manette avant que ça ne veuille bien marcher
_ leurs pièces de monnaie à la con complètement lourdingues
_ la surveillance dans le métro, où avec des tourniquets ridicules (on peut les enjamber), ils se sentent obliger de mettre des gardes pour bien vérifier que l'on insère le ticket à l'entrée et à la sortie (avec une amende de £60 si on se fait gauler !) ; je me demande combien ça coûte, deux ou trois personnes par station en permanence (même le soir) pour ce boulot très gratifiant...