L'orchestre de Paris est l'institution la plus exemplaire de la capitale. Cette année, j'ai donc pris un double-abonnement jeune intégral, soit deux fois 150€ environ. Placement à Pleyel au rang B, de côté, 1ère catégorie, pour 5€ (fois deux). Service téléphonique parfait, réception à l'accueil nickel, il n'y a rien à redire. Qui plus est, l'orchestre est vraiment très bon, le nouveau chef est cultivé (une culture de Paavo), efficace, et la programmation est très originale. Et en plus, il y a Lola Descours. Non, vraiment, j'avoue ma flamme : j'aime l'orchestre de Paris.

Maintenant qu'on est certain de mon objectivité, passons donc à la critique de ce concert d'ouverture de la saison (et aussi marquant l'arrivée de Paavo Järvi à sa direction musicale). En réalité, le second concert, celui du jeudi : comme pas mal de monde présents hier à la générale d'Onéguine (B#1 et l'ami russe), ou comme notre bon vieux couple d'aristo toujours à son poste (notons que la jolie-ouvreuse-chantante a aussi redoublé). En fait, cette année, ce sera plutôt le jeudi, l'OdP, tout simplement parce que la souris n'est pas dispo le mercredi ; ça fera donc moins de commentaires qui donneront envie d'assister à la séance de rattrapage, désolé.

Ouverture avec "la Péri" de Dukas, et même avec l'ouverture de l'ouverture, de ce que j'ai compris du programme (nouveau format XXL très beau mais qu'il va être affreusement difficile de ranger) : on commence en effet par une fanfare d'ouverture aux cuivres, et je me dis que Messiaen a su certainement chercher l'inspiration chez son ancien professeur ! Cette Périe dure 25 minutes de bonheur. Tout près, le volume de l'orchestre ensorcelle.

On marque déjà une pause : entracte avant une tuerie. Sibelius, "Kullervo". Un grand choeur d'hommes (celui de l'orchestre et celui d'Estonie), un baryton (Juha Uusitalo), une soprano (Soile Isokoski), et une partition comme seul Sibelius sait le faire (au-delà des aspects germaniques et russes). Dans la forêt finlandaise. La pièce s'articule en cinq parties, de 15 minutes chacune, 75 minutes au total : la première est purement orchestrale, les deux suivantes chantées (la première simplement par le choeur d'hommes, ensuite arrivent les deux protagonistes), suit une partie encore orchestrale, avant la fin, par les choeur et le héros.

L'histoire est tirée du "Kalevala", un recueil du XIXe composé de folklore local rassemblé ; on constate d'ailleurs que l'idée de la répétition avec léger changement par trois fois, très typique des contes de trolls norvégiens, est aussi présent en Finlande. Kullervo, pauvre ère franchement bourrin essaie par trois fois de séduire une femme (très finement, du genre "vierge ramène ton cul"), sans succès ("casse-toi tu pues" -- la Finlandaise des bois est aussi très raffinée), avant d'embarquer de force la dernière. De la violer un coup. Et de se rendre compte, tous les deux, qu'ils sont frère et soeur (elle s'était paumée étant petite). Catastrophe, elle se zigouille (ça, on ne le comprend pas sur scène, les didascalies seraient bienvenues sur l'écran de surtitres -- sinon, on avait le programme, avec aussi la VO) ; Kullervo essaie de mourir au combat, sans y arriver ; finalement, après un monologue avec son épée (qui lui répond : finalement, c'était un dialogue), il se suicide aussi.

Deux problèmes à déplorer : un violoncelliste qui a pété son archet (jolie queue de cheval), pas grave ; un crétin dans le public qui a applaudit quelques secondes avant la fin, alors qu'il y avait un court silence avant la reprise de plus belle : qu'on l'étripe, qu'on l'empale, qu'on le rôtisse ! (je pense qu'il faudrait des interdiction de salle de concert comme il y a des interdictions de stade)

Superbe rentrée, avec un programme peu commun. Et deux fois trois-quarts de salle remplis : Radio France devrait en prendre de la graine ! D'ailleurs, ce soir, je sèche, précisément à cause de leur système merdique de réservation : à l'OdP, pour comparaison, vous téléphonez (déjà, on vous répond, différence de taille), vous rajoutez n'importe quelle place pour 5€ à votre abo, pour vous ou un accompagnateur jeune (qu'on essaie de mettre à côté, soit certainement en 1ère catégorie), et on ne vous flique pas avec des cartes d'identité ! Vive l'Orchestre de Paris ! (8 minutes d'applaudissements ininterrompus, dont trois d'ovation dont seul le départ de l'orchestre aura marqué la fin)