Le premier récital de piano de la saison est donc Boris Berezovsky, pour un programme encore une fois modifié : au moins, on est au courant, on vient le voir lui, et pas pour ce qu'il joue (ni pour qui pourrait l'accompagner). Pleyel m'a filé une place au premier rang, très pair : je me recentre un peu avec un ami ninja au troisième rang, en CC. C'était encore trop près : Boris est un élève de l'abominable Engerer des neiges, dite la casseuse de piano (ou encore la destructrice), donc la finesses est comparable à celle de Conan le Barbare. Boris est plus fin -- sans aller jusqu'à "doté d'une finesse et d'une sensibilité uniques", comme le clame le programme tellement mielleux qu'il colle au doigt, de la vraie propagande de Sarfati, mais bon, au moins, on a un programme...

Schubert, "fantaisie Wanderer" (21'), puis Rachmaninov, "Six moments musicaux" (les 2, 4, 5 et 6 : 15'). Note : déjà, ne pas se mettre trop près (l'accordeur a dû ranimer le piano durant tout l'entracte), ensuite Boris est excellent avec les trucs hyper techniques (voir le sublime Litsz transcendantal), mais dès qu'il faut y mettre du sentiment et de la nuance, on est pas chez les barbares, mais ça bucheronne quand même.

Entracte, y'a pas grand monde de connu dans la salle (parmi les ninjas, aucun VIP sinon, même le dirlo n'a été aperçu qu'une seule fois depuis la semaine dernière), c'est pourtant la soirée la plus remplie, me confirme-t-on (j'avais déjà eu la même discussion avec le vendeur de CDs) : "à peine" l'arrière-scène vide, un cinquième de l'orchestre, et pas mal de sièges libres dans les balcons. Je pense vraiment que l'augmentation des tarifs, et surtout ceux de l'Opéra (qui reste souvent prioritaire par rapport aux concerts) a eu comme effet de réduire le nombre de sorties. En tout cas, apparemment, au TCE, c'est pire encore (mais ça, c'est bien fait pour leur gueule, à traiter le public comme de la merde).

On revient pour du Medtner, et en profitant des quelques places qui se sont libérées, je me recase au rang G, bien plus éloigné, et de côté totalement impair. Je regrette d'ailleurs d'avoir oublié mes jumelles, parce que la tourneuse de pages est intéressante à regarder (russe, me semble-t-il, elle discutait à la sortie dans les escaliers). Bref, le programme ne nous apprend rien sur ce compositeur, et donc encore moins sur la "sonate pour piano opus 25 n°2 en mi mineur 'le vent nocturne'" qui nous est interprété durant 35 minutes. Bref, c'est par là (et c'est bien russe comme je le pensais). Et c'est très bien.

Boris dans son beau costume gris à reflets nous fait une petite chorégraphie de salut, main sur le coeur puis vers le public, mais on sent qu'il se fait prier. Ça applaudit de plus belle, en synchro, mais non : fin du récital à 21h35. Frappe chirurgicale jusqu'au bout.