Il y a deux sens à "mortel" : mortel d'ennui ; mortel de "trop bon". Et parmi les trois pièces de Roland Petit proposées par l'Opéra National de Paris, qui recoupent toutes le thème de la mort, on trouve les deux. Avec un avantage pour la première acception. Dommage.

"Rendez-vous" est indéniablement mignon tout plein. On a un chanteur, de beaux décors, une musique originale pour un lieu tel que l'opéra, des couples mignons qui s'embrassent. Ça se détériore dès que le "Destin" (il faut décortiquer le casting pour comprendre, c'était donc Michaël Denard) rencontre le héros (Benjamin Pech) ; on n'y comprend plus grand chose, surtout quand il se fait zigouiller par "la plus belle fille du monde" (Eleonora Abbagnato, évidemment, who else ?). À ma droite, au poulailler (où ça caquette beaucoup, surtout un couple d'imbéciles made in XVIème, se chamaillant bruyamment sans cesse, qu'il faudrait euthanasier), une mère indique à sa fille "elle était méchante". Oh. Moi je dis que c'était parce que Pech (eh oui, je rentabilise mes auto-cours d'Allemand d'une façon inattendue !). En tout cas, quitte à avoir un scénar' crétin (d'après du Prévert ??), autant avoir de la danse (m'enfin bon, c'est original, le pas de deux en talon aiguille). 42ème représentation -- c'est déjà ça.

"Le loup" est encore plus incompréhensible pour moi. Heureusement, on a toujours besoin d'une souris (ou affilié), histoire d'y voir plus clair, et j'en avais justement une sous la main. Donc, on a un magicien (enfin, "montreur de bêtes", Mathieu Botto), qui fait passer des choses pour ce qu'elles ne sont pas. En l'occurrence, il fait passer un loup anthropomorphe (Stéphane Bullion) pour le nouveau mari de la jeune fille (Émilie Cozette). Se noue une idylle inattendue (on dirait presque le scénario de Underworld, non ?). Ne voulant, une fois détrompée, retrouver son jeune homme (Yann Saïz : cette pièce nous fait découvrir des danseurs dont on n'avait même pas idée -- en fait, je l'ai cité une fois, avec aussi Sabrina Mallem, ici Bohémienne, et Marie-Isabelle Peracchi, la mère), l'histoire se termine mâââl. Pauvre Cozette. Bon, c'était très chiant.

49 représentations en 35 années au répertoire (il a fallu 22 ans pour que ça y rentre) ; c'est manifestement trop. Henri Dutilleux (quand il était jeune, eh oui...) a écrit une musique pompée sur Prokofiev et Tchaïkovski, version française, dont l'orchestre Colonne, dirigé par Yannis Pouspourikas, se dépêtre très honorablement. Entracte. RAS.

Et puis 20 petites minutes (soit la pièce la plus courte, après 26 minutes du premier, et 33 du second), mais les 20 minutes qui justifient de faire le déplacement. "Le jeune homme et la mort". Sur une passacaille (BWV582) de Bach (orchestrée par Alexandre Goedicke, mais c'est pas mal du tout, faut-il reconnaître), et un pseudo-argument de Jean Cocteau, nous avons un jeune homme, Jérémie Bélingard, la cuisse agile, et une jeune fille mortelle, Alice Renavand. Elle se ramène en perruque, et miam. Chose extraordinaire, on la voit même fumer (sur scène, je veux dire, parce que sinon elle fume trop, mais dans la salle, ça, je ne savais pas que c'était encore possible de nos jours), bref, elle est trop sexxxx. Jérémie (les personnages n'ont pas de noms, c'est vraiment un argument cheap) se damne donc, et on le comprend.

Ce que l'on comprend moins, devant une telle chorégraphie de la mort qui tue, c'est pourquoi il a fallu attendre 1990 pour que ça rentre au répertoire, alors que le ballet a été créé en 1946 ; 63 représentations depuis, on essaie de rattraper le retard, et c'est tant mieux. Fin de matinée à 16h15, c'est tout de même rudement court. Quand on pense aux tarifs prohibitifs de mercredi et vendredi, pour le gala AROP et les deux défilés, on reste tout de même très dubitatif...