Retour au "Der fliegende Holländer"/"le Vaisseau fantôme" de Wagner à Bastille. Car en cette belle journée, il y avait le choix entre le TdV et un colloque dont j'avais déjà assisté à la moitié, ou alors s'embastiller pour une rediffusion. N'ayant d'accompagnatrice pour la première activité (B#1 étant d'ailleurs à la seconde, en fait), mais pouvant retrouver Lea pour son opéra favori, "en robe de satin" qui plus est (chers lecteurs, j'ai appris quelque chose : il existe des Cavalli pas vulgaire, et même très très bien, comme quoi tout est possible), j'ai donc pris le parti du pass' jeune de dernière minute ; arrivé à 13h30, j'étais 9ème, mais dix minutes plus tard, j'aurais été 25ème. Ainsi, une bonne soixantaine de places sont écoulées au rabais ; dans le hall, en attendant Lea que martyrise la RATP, je remarque qu'il reste neuf places à 5€, et aucun preneur.

Finalement, comme il est 14h26 et que la dernière fois le fondu au noir m'a surpris, je décide d'aller rejoindre mon rang 15 place 16 (c'était la place de Mitterrand -- François --, pour info). Et là, surprise : le rang 15 de ce côté est juste vide, certainement à cause de l'aberration de la nouvelle catégorie "optima", qui a reclassé le centre des rangs 10 à 16 en catégorie supérieure à la première, pour 10€ de plus. Je guette donc Lea (qui a enfin pris le parti définitif de ne plus claquer une fortune), et dès que je la vois, je me précipite, et hop là, nous v'la côte à côte comme des stars (évidemment, j'étais sapé comme un dieu, faut pas dépareiller).

Lea à l'opéra, c'est comme Lea dans la vraie vie : monté sur ressort. Et forcément, comme je me doutais alors qu'elle commençait à diriger l'opéra, bein le chef Peter Schneider, il est mou du genou, il sait pas tenir la tension, il rate ses crescendo, et d'une manière générale, il nous ennuie un peu ; bon, dis comme ça, ça a l'air affreux, mais en fait, c'est juste pas Henschen. C'est bête. Et puis au pire, on a toujours les jambes de Lea pour s'occuper (moralité : quand un opéra n'est pas terrible, assurez-vous qu'il fasse étonnamment chaud dehors).

Mais surtout, là où Lea craque totalement, c'est durant l'air du Hollandais : alors là, mes enfants, le mec il a vraiment failli devenir un fantôme pour de vrai. Bon, au début, j'me disais juste que le James Morris (qui fut une légende vivante, même dans ce rôle, mais vous savez, l'âge de la retraite étant tout le temps repoussé...), il déraillait un ch'tit peu ; et qu'après tout, je n'avais pas le même niveau d'exigence qu'une fan certifiée ; mais en fait, j'ai beaucoup mieux compris lorsqu'il m'a été expliqué que le rôle était celui d'un baryton basse. En effet, il y avait quelques octaves-lumières de distance avec ce que c'était censé être...

Pour les autres : très belle basse de Matti Salminen (Daland), toujours impeccable Klaus Florian Vogt (Erik), et puis Andrianne Pieczonnka en Senta (me suis demandé s'il était normal que c'était aussi phonétiquement proche de Satan en "inversé", ou peut-être que je fréquente trop de littéraires sur-interprétatives), parfaitement naïve.

Truc vraiment pas possible : on s'est tapé vingt bonnes minutes, par intermittence, de ce que je suppose être un larsen (au début, j'ai cru que c'était un téléphone portable, puis un terroriste au triangle), peut-être à cause du retour (en fond de scène, comme on entend mal l'orchestre, on diffuse ce qu'il joue sur une enceinte, pour que les chanteurs puissent se synchroniser -- ça sert, d'assister aux séances de travail). Ça mériterait une ristourne, un gêne pareille : ni fait ni à faire !!

J'ai un peu mieux "compris" la fin à la Willy Decker : il fallait mater le tableau des eaux déchaînés, après son seppuku, où apparaissait le bateau du hollandais en version standard (et non en rouge). Le sens du détail. En revanche, la fin est définitivement gâchée par une folle-furieuse à enfermer (ou à flinguer, ou les deux : on est à Bastille, que diable !), qui criant "braaaavo !" dix secondes avant la fin, déclenche des applaudissements bovins. J'essaie d'attraper l'ami berlinois que j'ai repéré quelques rangs devant moi sur un strapontin (je voulais lui poser une question sur un point de grammaire que je ne me souviens pas avoir déjà rencontré : "Bleibt hier allein"/"Restez seul ici" au lieu de "Bleiben Sie hier allein" ou encore "Glaubt mir"/croyez-moi au lieu de "Glauben Sie mir", bref, l'impératif au vouvoiement de politesse mais sans "Sie", tout le temps employé dans le livret), mais s'il n'a dû payer que 5€, il était clairement furieux...