On devait aller voir "Happy few", avec la souris, mais aux Halles, les séances avaient tout simplement été abandonnées à partir de 18h sans préavis. Du coup, plan de rechange, étant donné que le film en question ne passait plus que là. "Les Amours Imaginaires" semblaient avoir un sujet assez proche, le trio amoureux ambigu. Invocation du hochet : allociné l'étoile beaucoup. 20h40, 1h37 : let's go !

Ne sachant rien du film, je suis totalement pris au dépourvu par le sous-titrage de québécois bien profond, avec de vrais grumeaux d'anglais pourri dedans. On débute par une série de témoignages sur les choses de l'amour (que l'on devrait déraisonner, dit la citation de Musset en ouverture), par plusieurs jeunes gens, qui émailleront tout le film en courtes séquences (à la "Sex and the City", en somme, mais plus long). Et puis on attaque sur la rencontre, entre trois jeunes gens, que je ne reconnais pas, car j'ai raté "j'ai tué ma mère". Il y a donc : Monia Chokri (Marie), Niels Schneider (Nicolas) et Xavier Dolan (Francis). Les deux premiers sont des amis du troisième, qui n'est autre que le réalisateur et scénariste du film, et qui a... 21 ans. Merde, ce gus est ultra-génie en gestation.

Marie et Francis sont amis, ils rencontrent Nicolas, et en tombent rapidement amoureux. Ce dernier joue l'ambiguïté, fascinant les deux à la fois, jouant sur les deux tableaux, mais ne passant jamais véritablement à l'acte. La frustration s'installe, les deux amis se jalousent, mais ne se l'avoue pas. Eux non plus ne savent pas vraiment ce qu'ils veulent. Étude psychologique intense.

Et puis les discours, des tirades ultimes (avec l'accent québécois, c'est encore plus génial). La salle 3 (qui est de bonne taille), assez remplie, réagit au quart de tour. Ça fonctionne vraiment bien, et c'est pourtant bien original : on sent bien le travail appuyé du réalisateur, à travers les longues séquences au ralenti, sur fond de bande sonore toujours bien trouvées, les gueules d'acteurs incroyables, les déplacement de caméra. Une sacrée réussite ! (qui ne manquera pas d'en agacer, avec une éminente mauvaise foi, beaucoup : oui, c'est plus ou moins repiqué de Wong Kar-Wai, Gus Van Sant, Almodovar, et pourquoi pas Tarentino, mais il en fait quelque chose à lui, et c'est ça qui compte -- la critique de Elle est en ce sens assez scandaleuse : "Les Amours imaginaires semble d'une originalité très conventionnelle dès qu'on a plus de 20 ans et qu'on a déjà vu quelques films dans sa vie.", un vrai argument de flûtiauistes !)

À la toute fin, Mimy s'agite dans son fauteuil : Louis Garrel est en guest star (il tournera dans le prochain Dolan). Faut-il y voir un clin d'oeil au "Mariage à trois" ou à "Les chansons d'amour", sur ce même thème ?