Yamada Kazuki (puisque le prénom vient en second, en Japonais, ne sait-on pas assez chez nous pour se tromper en permanence) est un jeune chef nippon qui monte. Et son prénom signifie justement : espoir de paix/harmonie. Harmonie musicale à n'en pas douter !

Il a remplacé Mikko Franck, souffrant, à la tête de l'orchestre de Paris pour le double-concert de la semaine. Et dans une honnêteté remarquable, l'orchestre de Paris dresse non seulement son portrait dans le texte d'introduction, pour nous le présenter, mais en plus s'excuse du remplacement de 'Printemps" par "Petite Suite", en ouverture, du même Debussy (soit un échange standard). Habituellement, en cas de changement de programme, on est notifié à l'arrache (là on était déjà prévenu par mail, ainsi que pour la semaine prochaine), et l'ancienne programmation est tout simplement occulté (on ne sait donc plus ce que l'on a perdu). L'orchestre de Paris, c'est toujours le service impeccable.

Et la direction impeccable aussi. Alors que nous sommes tous deux vannés, avec ma souris, ce que n'a pas arrangé l'ascension au second balcon (qu'est-ce qu'on y voit bien ! Que le son y est impeccable ! Mais que c'est pénible de s'y rendre...), nous restons fort attentifs à la pourtant légère orchestration (par Henri Büsser en 1907, huit ans après la création) des quatre pièces (pour douze minutes) de la "Petite Suite" de Debussy (pour la première fois exécutée par l'orchestre de Paris). La quatrième pièce se nomme "ballet", et si le programme nous dit que Debussy a toujours refusé qu'on y associe une quelconque chorégraphie, la souris pense avoir pourtant déjà vu quelque chose dessus.

On continue, dans une veine proche, par le "concerto pour main gauche, pour piano" de Ravel. Commande de Paul Wittgenstein, amputé du bras droit durant la 1ère guerre mondiale (guerre qui avait déjà inspirée "la Valse"), l'oeuvre de 1929-1930, créée en 32, a été composé en même temps que le "Concerto en sol". C'est pourtant tout autre chose. Et la prestation que nous offre durant quinze épique minutes le jeune Jean-Frédéric Neuburger (né en 1986) nous impressionne tous. Même ma voisine inflexible sur les "cracheurs" (tousseurs). Même Laurent, croisé à l'entracte, qui a détesté la "crevette prétentieuse" de la semaine dernière. D'ailleurs, notre pianiste héros nous gratifie en bis d'une longue "Pavane" du même Ravel. Superbe.

Ravel est par ailleurs plus à féliciter que Debussy : c'était là la seule oeuvre de la soirée où est intervenue Lola, plus belle que jamais, son gros contrebasson entre les jambes. Instrument d'une subtilité contestable, elle nous honore d'un quasi-solo durant une bonne vingtaine de secondes au démarrage de l'oeuvre, et croyez-moi, lorsque le chef lui demande de se lever, j'ai encore plus plus (sic) applaudi que d'habitude. Lola, c'est la meilleure, c'est mon héroïne (mais parmi les autres musiciens de la soirée, Vicens Prats à la flûte et Alexandre Gattet étaient excellents aussi -- je le dit d'aussi bon coeur qu'ils sont lecteurs occasionnels, mais ne commentent malheureusement que par mail privé).

Après la pause (on descend, on remonte...), c'est une quatrième de Tchaïkvski qui nous attend : pile poil dans les délais, les 48 minutes qui nous sont offertes déclenchent une ovation quasi-immédiate. C'est drôle, le cerveau : je suis à peu près certain de chantonner l'ouverture (ou la "fermeture") de l'oeuvre depuis quelques jours, et pourtant, je suis incapable de pouvoir retrouver une mélodie à partir du simple nom (pareil pour la réciproque, d'où le lourd problème du bis). Et j'oublie ensuite rapidement ce dont il était question ; pourtant, dès les premières notes, je peux dérouler tout le reste. Arg !