Le CC a encore une fois... servi à rien. On se souvient de Hadopi, qui avait été à peine amochée, sans que l'on comprenne trop pourquoi ça n'était pas allé plus loin (au second passage, tout est passé, et c'est le décret qui a pris la partie anticonstitutionnelle, en attente de recours devant le Conseil d'État) ; puis de la garde à vue, où de longs débats avaient dû être tenus, tandis qu'il était absolument évident et indéniable, au vu des décisions de la CEDH, que la position était intenable, mais qui n'a finalement été déclarée anticonstitutionnelle qu'à retardement (un an pour changer la loi) et pas en totalité (le terrorisme peut rester en dehors des clous, en attendant certainement... une décision défavorable de la CEDH) ; et donc, maintenant, la burqa (ou plutôt, le niqab, mais ça passe moins bien à la télé).

Le Conseil d'État avait dit que ce texte était de la merde. Ce que le bon sens indiquait d'ailleurs clairement. Les deux présidents de l'assemblée (parlement et sénat) avaient saisi par eux-mêmes le CC, ce qui était assez ironique, étant donné que les molles tapettes du PS n'en avaient pas eu les couilles. On hésitait à savoir si c'était pour saborder un texte à la con, ou si c'était pour parer toute éventuelle contestation future (par QPC) en faisant examiner la loi avant sa promulgation.

Eh bien voilà, les sagement guignols (au complet sauf un) ont torché une argumentation contradictoire pour se coucher gentiment, tout en mettant une réserve absolument ridicule : celle de pouvoir faire ce que l'on veut dans un espace religieux public. Car c'est avec la plus parfaite hypocrisie que ce texte a été écrit, voté, et justifié. À aucun moment ne parle-t-on de religion :

I. Pour l'application de l'article 1er, l'espace public est constitué des voies publiques ainsi que des lieux ouverts au public ou affectés à un service public.
II. L'interdiction prévue à l'article 1er ne s'applique pas si la tenue est prescrite ou autorisée par des dispositions législatives ou réglementaires, si elle est justifiée par des raisons de santé ou des motifs professionnels, ou si elle s'inscrit dans le cadre de pratiques sportives, de fêtes ou de manifestations artistiques ou traditionnelles.

Vous pouvez vous masquer le visage pour le carnaval, la grippe, le vol de banque (bah oui, motif professionnel, non ?), la moto, mais... c'est tout, enfin, vous voyez, quoi, on interdit "tout le reste", tout ce qui n'est pas judéo-chrétien. On ne va pas vous faire un dessin, si ? Ce serait discriminatoire, donc clairement anticonstitutionnel. Là on vous fait une jolie pirouette. À se demander ce que vient faire ensuite la réserve du CC sur les lieux religieux. Ou alors... on veut tendre une perche à la CEDH, qui prendra appui sur cette décision pour montrer la véritable intention du texte (ce que Montesquieu appellerait "l'esprit" de la loi, mais y a-t-il vraiment de l'esprit, c'est-à-dire de l'intelligence, dans tout ça ?), et donc condamner une fois de plus la France. C'est vrai que niveaux infractions aux droits de l'homme, on n'a pas encore le record, la Turquie nous dépasse d'une courte tête : allez, encore un effort, on peut le faire !

Si l'on se balade sur un repère de la droite (dans les commentaires), tout va bien, c'est tout à fait logique. Je suis révolté par ces gens, qui vivent dans le mensonge, qui nous font croire à la fois au désir de sécurité (surveiller, punir ; surtout, ne lisez pas Foucault, vous risqueriez d'ouvrir les yeux) imposant de découvrir son visage, et en même temps de faire montre de relents xénophobes d'une basicité néandertalienne. Je suis dégoûté, enfin, de voir le lendemain même, aujourd'hui, notre Président de la République, qui se targue de laïcité pour faire interdire le port du voile intégral (sans le citer et pour des raisons sécuritaires), aller procéder à une fellation sur le Pape (aller à Rome faire oublier les Roms, pour draguer le catho qui n'en peut plus de voir ses principes humanistes piétinés), puis... aller se recueillir, prier, à St-Pierre, sur l'autel de Sainte Pétronille, "fille spirituelle" de Pierre. "Patronne secondaire de la France", se justifie-t-on ; plutôt patronne des rois de France, pour être précis ; au cas où l'on n'aurait toujours pas compris que nous sommes en monarchie.

En attendant, le Conseil Constitutionnel, garant de la constitution, l'une des plus hautes instances de l'État, gardienne de son intégrité, nous prouve deux choses : d'une, ils ne servent à rien ; de deux, ils sont la meilleure preuve que même à 67 ans, la retraite est trop tardive. Il faudrait peut-être revoir le système : donner autant de pouvoir à des vieillards, proches de la mort, qui n'auront pas à vivre dans la société de merde qu'ils laissent être construite par les demeurés au pouvoir, n'est peut-être pas une si bonne idée.

Allez, détendons-nous un peu avec la jeunesse. À 20 ans, on trouve des demoiselles plus intelligentes que neuf vieux mollasons réunis.