Merce Cunningham était bien prévu cette année, mais pour une création (dans un cycle de trois festivals d'automne), avec deux compères dont l'un a aussi disparu entretemps. C'était donc logiquement de la redif' pour ce 1er programme au Théâtre de la ville, avec trois pièces d'environ 30 minutes chacune.

"Pond way" (1998) est très blanc et voilé, ce qui est assez étonnant pour raconter la vie des marais, avec de vrais morceaux de grenouille dedans (comme prévu, ça a fait triper la souris, qui se trouvait fort éloignée -- rang W impair contre rang J pair). La musique de Brian Eno, "New Ikebukuro", est très space, ce qui va fort bien avec la chorégraphie. Cunningham, c'est décidément très spécial, une grammaire de la danse qui lui est très propre. La pièce s'achève très brusquement, ce qui me surprend d'autant plus que j'étais en train de lutter contre l'effet vendredi-21h.

Après une pause, nous avons "Second Hand" (1970), avec un soliste de couleur jaune évoluant lentement sur place, tandis que David Behrman au piano joue un Cage qui ressemble fort à un Satie mélancolique, "Cheap imitation". Le soliste (assez âgé, par ailleurs) est bientôt rejoint par le reste de la troupe, qui forme un spectre de couleur (que l'on apercevra bien qu'aux saluts) : rouge, orange, jaune, vert, bleu, violet (j'ai l'impression que c'était circulaire, d'ailleurs). Très mélancolique que tout ça et très... cunninghamien.

Courte entracte, et reprise sur "Antic Meet", 1958, soit un Cunnigham relativement primitif (ça doit être sa petite fille, dans le corps, d'ailleurs). En noir, cette fois, et surtout, avec beaucoup d'humour grinçant. Une chaise dans le dos, des pulls cerceau, une scène de couple, un pull à quatre bras, aucune histoire, un très vague thème, mais pourtant une trame, à l'image du décousu "Concert for piano and orchestra" de John Cage, joué dans la fosse (en pinçant les cordes du piano, avec force effets électroniques et amplification).

Une agréable soirée au royaume de l'étrange.