J'avais dit à la souris : va falloir arriver très tôt, parce que manifestement, au Musée d'Art Moderne de Paris (aile gauche en arrivant, face à la Seine), va y avoir du monde, beaucoup de monde. Et effectivement, comme ça a traîné jusqu'à midi passé, il aura fallu attendre une bonne demi-heure sous la pluie battante avant de pouvoir entrer... dans un grand hall plutôt vide. Sont pas un peu totalement crétin, dans ce coin ? À croire que c'est ce qu'ils exposent qui leur tape sur le ciboulot.

Deux expositions temporaires : Basquiat et Larry Clark. Évidemment, celui qui m'intéresse, c'est mon cinéaste préféré. Mais j'ai lu et entendu beaucoup de bien sur le premier, qui est cause de l'immense queue au dehors (oui, c'est crétin : deux expos, une seule queue, soupir). La souris me dit qu'elle n'en veut pas, et se demande si je conçois bien à quoi ça ressemble : en fait, j'en sais rien. Consultation de catalogue (en rupture de stock !), c'est effectivement... affreux. Je faisais mieux quand j'avais quatre ans, et pourtant, j'ai failli redoubler ma maternelle ; si j'avais su, j'aurais gardé toute ma production merdique. Et hop là, 11€ d'économisés ! Un billet à 5€ pour moi, 2,5€ pour la miss. Après un passage dans une salle immense contenant une fresque à la gloire de l'électricité et un tronc de platane blanc au milieu (??), on trouve enfin la bonne entrée de l'expo (qui pour sa part n'a pas de re-queue pour entrer).

Enfin, presque : on tourne à droite en haut des escaliers, et on se retrouve alors dans une expo-bis : "Didier Marcel, sommes-nous l'élégance ?". Alors, dans le genre, c'est pas mal non plus : on commence par une oeuvre en plâtre rose sur un mur qui ressemble à une glace à la fraise que l'on vient d'attaquer à la cuillère. C'est peut-être le plus intéressant : on a ensuite une longue série de rochers blancs, avec des petits papiers noirs au sol (des pseudo-corneilles ?), alors que sur la droite c'est un très long entassement de rondins de bois qui suit le mur. Et voilà. No comment. Une maquette d'immeuble en destruction (quelle originalité !), puis une salle avec des cerfs en barres de fer de construction (on a beau multiplier les jeux de mots et autres moqueries, avec la souris, ça ne fait pas du tout bouger d'un poil la jeune demoiselle -- éveillée -- qui surveille : l'art moderne rend définitivement con).

Bref, retournons sur nos pas vers Larry Clark, ça vaut mieux : "Kiss the past hello". Évidemment, mon jeune rongeur préféré ne connaissait pas ; elle aura droit à des séances cinématographiques de rattrapage dès que j'aurai récupéré mon vidéo-projecteur. Ceci dit, une fois passé les photos trash de maman Clark (des chats et des chiens années 60 ultra-kitsch ! De quoi justifier amplement une interdiction aux moins de 18 ans), on comprend vite le principe : des ados, du sexe, de la drogue et de l'alcool (et de la voiture, et de la maison pavillonnaire de banlieue). On commence par une série de clichés de petite taille. Puis c'est un film de 16mm d'une durée de 64 minutes qui nous attend. On n'en aura vu 45 minutes, sans la bande son c'est quelque peu gênant -- à part à un moment, alors qu'il y a une scène de sexe (très pauvre : quatre fois plus de temps pour se déshabiller que pour forniquer en missionnaire -- la vraie vie triste du lambda, en somme), un bébé derrière nous braille, ce qui correspond justement au bébé laissé dans la pièce d'à côté pendant que maman conçoit le petit frère avec le premier paumé venu. On se demande d'ailleurs si ce bébé a plus de 18 ans, pour avoir passé le contrôle ("puer senex", comme dirait mon agrégée préférée). D'où la théorie : il existe un âge en dessous duquel on ne peut pas être choqué. Après tout, à 15 ans, on a le droit de baiser mais de regarder baiser : on n'est pas à une connerie sociétale près.

Un vieux qui gratte l'amitié à un peu tout le monde (moi qui me croyait privilégié...) me dit d'ailleurs que le maire s'est couvert de ridicules ; en voilà un qui n'a aucune idée des pressions que doit supporter un élu ; lui rétorquant que les avocats, ça coute affreusement cher, sachant qu'effectivement aucun passage en force, aucune manifestation lycéenne n'est constatée devant le musée (ça manifestait pour les retraites plutôt que pour le droit d'expression), autant dire que le risque était grand pour un gain minime (Pascal inversé). B#2 pourrait vous raconter comment elle a dû faire face à des parents d'élève offusqué de ce que l'on apprenne Madame Bovary. Bienvenue en 2010. Donc, des ados qui baisent (et c'est mignon tout plein) ou qui se piquent, c'est non. Mais vous pouvez toujours m'élire didacteur, je mettrai en place la révolution culturelle, ça marche hyper-bien.

La salle d'à-côté, donc, dispose de tirages de plus grand format, mais aussi de collages, notamment un mur de photos prises à instants très rapprochés, sur le thème du suicide (la mort rode toujours, chez Clark, ce qui est fort logique). Dans une dernière salle, c'est le jeune Jonathan Velasquez que l'on retrouve dans tous ses états, en "grand format", c'est-à-dire un petit mètre de hauteur. C'est très clarkien mais malheureusement assez court aussi, si l'on fait abstraction du film.

Toujours avec la souris, on découvre qu'en dessous se situe l'exposition permanente. Et une porte qui permet d'y accéder, sans aucune queue : si l'on vous demande "vous voulez voir l'expo temporaire", rendonez "non", faîtes un rapide tour en bas -- y'a pas grand chose d'intéressant, ça oscille essentiellement entre le bof, l'inutile, le bizarre et le très moche mais on peut trouver deux ou trois trucs à sauver --, puis remontez et achetez un ticket pour l'expo temporaire, ça vous évitera de prendre une douche, d'autant que c'est strictement inutile de faire glander tout le monde dehors, puisqu'il y a assez de place dedans, quitte à transvider dans le permanent le temps que les caisses se libèrent (pourquoi pas des numéros d'attente ?). Il me paraît évident que ce musée est géré par des gens sans idée, incapable d'organisation et absurdes (d'un autre côté, c'est contemporain).

En bas, en tout cas, il y a une expo temporaire des plus intéressante : une série de photos sur la bande de Gaza, par un photographe allemand (que j'espérais retrouver sur le site web, mais non, aucune mention de cette expo qui est pourtant importante en taille !). On y voit principalement des bâtiments détruits (les commentaires valent leur pesant de cacahuètes -- n.f. : cerveau d'un politicien israëlien --, même l'aéroport a été construit par l'ONU... Et détruit par nos alliés israëliens) et des personnes amputées, souvent pour cause d'obus. Des civils, des agriculteurs, des femmes, des enfants, qui ont perdu un oeil, les deux, un bras, qui sont brulés, éventrés et recousu (un gosse ne peut plus manger que de la soupe : il a encore des éclats d'obus dans l'estomac), des milliers de dollars payés par les Égyptiens ou l'ONU pour payer des opérations pour recoller les morceaux de ce qu'Israël à détruit (évidemment, leur famille a été le plus souvent anéantie, les drones ont l'air d'être très efficaces pour les crimes de guerre, d'ailleurs). Images extrêmement fortes. Et comme si ça ne suffisait pas, on a aussi les brûlés au phosphore (quand on s'en sort, on ne ressemble plus à grand chose, et puis il y a le cancer qui pointe), qui fait partie si mes souvenirs sont bons des armes chimiques non-conventionnelles. Sans vouloir faire mon trolleur, j'ai vu des juifs affamés en camp qui m'avaient l'air moins atteint (une fois remplumés, en tout cas, ils étaient entiers) ; j'ai peine à penser que la paix sera un jour accessible quand on voit de tels stigmates définitivement infligés (un bel exemple : un jeune-homme de 17 ans a perdu quelques membres et est brûlé entièrement, tandis que son père et son frère sont morts ; l'armée israëlienne "pensait" toucher un déchargement d'obus, alors qu'il s'agissaient de bouteilles d'oxygène en train d'être sortis d'une camionnette civile ; alors que la vidéo de "l'exploit" était diffusée officiellement sur Youtube, la "bévue" a été rapidement retirée après que la vérité a été faite).

À méditer : cette exposition avait juste un avertissement sur l'une de ses entrées. Elle n'était donc absolument pas interdite aux moins de 18 ans.