4016+562 = 4578. D'impôts. Sur un an. Alors, en France, on n'est pas foutu de faire le prélèvement à la source. Du coup, quand l'année suivante on gagne beaucoup moins de pognon que l'année précédente, au hasard parce qu'on donnait des cours au 2ndes et 3e années et que là, à plus personne, on a franchement mal au porte-monnaie. Et il se trouve qu'en plus, l'impôt n'est pas prédictif : ce n'est pas parce que l'État sait mieux que vous au centime près ce que vous gagnez (il y en avait, des lignes de salaire[s], sur la déclaration de l'année dernière...), qu'il sait ce que vous allez payer. Non, ça, c'est vous qui l'estimez, y'a même une case pour ça. Heureusement, il y a un simulateur (en ligne, par chance : enfin un très bon point, tout par Internet !), alors à la louche, je remets dedans mon vrai revenu de cette année, et je m'aperçois que tout à coup, en touchant 5000€ net imposables de moins (au passage, je rappelle que le net imposable est plus élevé que le net tout court : par exemple, les tickets resto, c'est sujet à impôt sur le revenu, vous échappez juste aux taxes sociales, et vous y perdez le droit de manger pour moins de 9,15€ -- dans mon cas --- par repas, merci le lobby de la restauration), je paierai théoriquement 1200€ de moins (les impôts locaux, pour leur part, devraient continuer d'augmenter "normalement" afin de maquiller la mauvaise gestion de l'État par la décentralisation, de manière beaucoup plus inégalitaire -- qui pait 440€, hors redevance télé, pour 33m², dans Paris ??).

Donc, si j'enlève la prime exceptionnelle, bosser trois mois en donnant six heures cours d'affilée tous les samedis me rapportait déjà un peu plus de 4000€, ce qui n'est pas grand chose (par exemple, si j'étais indépendant, c'est ce que je pourrais gagner en une semaine bien remplie ; mais mieux, si je donnais des cours de maths au black à un collégien pour 30€/h, ça reviendrait quasiment au même ! -- en fait, on gagne pas mal sur le fait que le CDD de prof est "précaire", ce qui donne droit à une prime et aux paiement des vacances non prises à la fin du contrat, sinon le tarif est identique). Hé bien sur ces heures bossées comme-un-malade (et je ne compte pas la correction des 60 copies de 6 pages chacune, ni la préparation pour les cours), on est imposé à hauteur de... 25%. Ah bah ça donne envie, tiens !

"Sauter une tranche", qu'on appelle ça ; je suis passé de 10% à 12% d'imposition (juste pour l'impôt sur le revenu). Et faire une courbe exponentielle progressive, ça n'est venu à l'idée de personne dans ce foutu pays ? Quelle envie vais-je avoir de m'emmerder pour gagner des clopinettes ? Pas rentable ! Moralité : un impôt à la con tue le boulot. Quand j'aurai bien convenablement sauté la tranche, j'y penserai de nouveau. Dans tous les cas, avec une capacité d'épargne de 1300€, ça fait donc trois mois et demi, plus du quart de l'année, d'économies consacrées au paiement d'impôts. Ouch ! Comment ils font, les autres ?

Bein ils font... des gosses ! J'ai découvert récemment les histoires de "parts". Ou comment on paie deux fois moins d'impôts que moi en ayant un salaire qui doit "sauter la tranche" plus une femme qui bosse. Hu hu... Et en plus, ça profite... aux plus riches. Bah ouais, parce qu'il faut déjà payer l'impôt, pour se le faire réduire. On me dira : oui mais sinon, y'a les alloc' pour les pauvres ! Je suis bien curieux de savoir leur montant, tiens (demander à papa-maman ?). Mais étant donné qu'en tant qu'adulte, je me coûte hors frais immobiliers fixe dans les 400€/mois, je présume qu'une demi-portion doit taper dans les 200€. Et là, je comprends encore moins que moins tous les parents geignards "ça coûte cher les gosses", alors que bon sang, ce sont les CSP+ célibataires comme moi qui les financent. T'as rien à débourser, juste à sacrifier toutes tes soirées, mais ça, tu étais au courant avant, sinon y'avait la contraception !

Alors, socialement, ça me rapporte quoi ? Une retraite ? Même pas (depuis aujourd'hui, merci aux classes du baby boom, bientôt le papy crash, rejoice !). Je pense donc à un système de parrainage : je paie une mioche jusqu'à ses 20 ans, ça m'en fera presque 50, parfait pour mes vieux jours ! Non, sérieusement, le libertaire en moi se choque à ce système ultra-égalitaire de solidarité familiale : on pond, on assume. Comment ça, non ? Je suis sûr que ce sont les mêmes qui râlent contre l'État-providence et les allocs aux polygames qui paient deux fois moins d'impôts. Regardez-donc les graphiques, à combien s'élèvent les salaires et les impôts moyens. Ah ah !! Oh, et aussi, dans quels quartiers (ratio salaire/impôts délirant, seul le second correspondant au niveau de vie réel d'un arrondissement à 12000€/m²) : rentiers rentiers rentiers...

Bon, avec tout ça, je n'ai plus de place pour vous renvoyer chez vieux félin et son billet énorme (on dirait du B#2 dans le texte, en tout cas quand elle me raconte ce qui se passe en classe, ça ressemble à ça), qui lui a valu de perdre son poste. Restons discrets, on est quand même dans un pays de cons, au cas où on ne l'aurait toujours pas remarqué. Je renvoie aussi sur la carte de la non-monogamie (via Maïa, merci à OlivierJ), où je me suis amusé à replacer un peu tout le monde (sauf les monogames sériels, justement, et les prétendus monogames-tout-court -- ce matin, un gus dans le métro lisait "l'amour dure trois ans", vous v'la prévenus ! Je cherche toujours l'intérêt intrinsèque). Et pour en revenir aux rentiers, si l'émission radio était consensuelle, il est confirmé que les économistes sont plus censés que les sociologues, qui le sont bien plus que les politiques (j'aime bien le moment où le gentil UMP -- qui a pris conscience du problème -- dit que l'abattement marche jusqu'à 100.000€ pour ne pas léser les "petits héritages" ; c'est vrai que mettre 100.000€ de côté avant de mourir, c'est vachement dans les moyens d'une moitié de la population non-imposable, et un citoyen sur huit en dessous du seuil de pauvreté).

Je vais peut-être arrêter de râler (et encore, je ne vous ai même pas raconté la semaine de merde au boulot à se battre avec windaube... Oh, et le fait que pour réduire les coûts, le chef qui a déjà un leadership tout à fait nul a été déplacé sur un autre projet, alors même que la livraison est censée être la semaine prochaine -- la blague -- : c'est ce que j'appelle un "projet-kibboutz", projet en autogestion), parce que quand même, y'a une grande histoire d'amitié en construction avec Mathilde (je commencerais même presque à me demander si elle n'est pas encore plus chouette au civil... D'un autre côté, il est vrai que mes lectrices sont toutes formiiiiidables).


PS: à Londres pour 3 jours, retour samedi soir

Et ça, ma foi, ça compense bien des choses...