C'est tout de même délirant : comme la souris est enrhubée, elle a préféré ne pas souffrir durant le concert du jeudi, celui de l'orchestre de Paris à la salle Pleyel. C'est dommage, parce que l'affiche est hautement originale, et d'ailleurs, ça affiche complet. Bref, ce matin, je commence à proposer la place dans le RER ; refus, re-refus, sur-refus, tout le monde a un diner, un boulot, une soirée ailleurs. Hinata, la Pythie, B#4, B#3, une collègue de bureau, une à qui il faut vraiment retrouver un pseudo, Milkshake, toutes prises ! Arrivé à Pleyel à 19h20, il y la fameuse distributrice de prospectus, celle qui ressemble beaucoup à B#4 (et que je n'ai pas revu depuis... 9 mois ? M'a l'air d'être une collectionneuse de plans loseux, celle-là, d'ailleurs) ; j'essaie, échec encore, diner. Désespéré, je regarde du coté de la file des derniers-minutards, pleine de vieux (les quelques jeunes étant en couple), qui a bien avancé (comme quoi, la complétude n'était pas si complète). Il y a une seule jeune fille (charmante par chance), hop, cadeau.

On ne pourra pas dire que cela me servit. Déjà, je pensais que cette place était au bout du premier rang de premier balcon : que nenni, "fauteuil latéral" (c'est écrit en petit). La jeune fille n'est pas née de la dernière pluie, et après un échange sur le Schubert qu'elle a trouvé à mourir d'ennui la semaine dernière (donc en fait, il est probable que je me sois assoupi pendant les moments chiants, et réveillé quand c'était intéressant). Sauf qu'au moment fatidique du replacement, elle reste à sa place isolée. Je vais donc plus loin, où quatre places sont libres. Deux couples de vioches mous du genoux se pointent alors que le chef est sur le point d'entrée, avec déjà presque dix minutes de retard... et je me fais expatrier en bergerie. Arg ! Au moins, c'est absolument certain : ma souris est irremplaçable !

Bonne nouvelle, de là, j'ai une vue imprenable sur Lola (c'est d'ailleurs l'une des rares fois où j'étais rejeté sur le coté -- cette fois-là volontairement, étant malade --, que je l'avais découverte). Mauvaise nouvelle : j'ai oublié mes jumelles. Lola au basson, donc, puisque c'était du Haydn (n°82, "l'ours") puis du Mozart (concerto pour deux pianos n°10 K365). Deux pièces fort rares. Il faut vraiment avoir l'imagination débordante des éditeurs musicaux (qui fumaient déjà de l'herbe bien avant Pascal Nègre) pour trouver ce surnom ; c'est très sautillant, et le public ne perçoit pas l'ironie de la fausse fin et applaudit trop tôt, ce qui provoque un murmure gênant lorsque ça reprend. Coté Mozart, ça sautille aussi, dans une fluidité typique. Conçu pour pour lui et sa soeur Nanerl, aussi enfant prodige mais sacrifiée pour mieux promouvoir son père, c'était là une interprétation par Maria Joao Pires (d'où le remplissage de la salle pour cette seconde soirée) et David Bismuth (petit nouveau).

On est ultra à la bourre : pour deux fois 25 minutes, il est déjà 20h15. Ça n'empêche pas nos deux pianistes de nous interpréter un super-bis d'une bonne dizaine de minutes : une pièce pour quatre mains avec de gros morceaux de la chanson de Solveig dedans ; mais je ne trouve pas de composition par Grieg de la sorte (ça ?). Entracte : il est temps de décamper. Car si les retardataires ont été aussi nombreux que les replacements, au parterre, bouchant les rares trous restants, une place bien exposée est restée avec une sorte de champ de force autour (pourtant, c'était un couple de places, puisque c'est un ninja connu qui est sur la place de droite). Petit indice : Haydn était un sacré business man. Zoupla, juste à coté du couple d'aristos, coté Monsieur (pour la première fois ; j'avais été à coté de Madame pour un Tristan). Je ne sais pas comment ils font pour m'oublier chaque semaine ; passons.

Me voilà donc au tout premier rang, légèrement impair, pour la seconde partie, censée durer 25 minutes, mais qui en réalité s'étirera jusqu'à 22h20 (soit un décalage de 20 minutes sur l'horaire prévisionnel, 15% de marge d'erreur, on dirait l'estimation d'un projet informatique). Jean-Christophe Spinosi à la baguette, forcément, ça sent quand même le baroque ("un peu curieux comme manière de diriger Mozart", me dira mon voisin). Mais comme on évite les instruments anciens et que ça reste l'orchestre de Paris (sans Lola) et le choeur (sans B#1), et surtout, comme il s'agit de la messe en ut majeur K317 dite "du couronnement" (encore un sobriquet à la con), c'est juste l'éclate. Les chanteurs sont fabuleux, surtout la soprano, Marita Solberg. Renata Pokupic, Maximilian Schmitt, Nahuel di Pierro. Ça m'a tout bouleverisfié ; comme quoi, on peut raconter des conneries (une messe), il suffit d'y mettre la forme.

Je ne prends pas de photos des saluts : entre le (nouveau ?) chef de choeur Michael Gläser et Spinosi, il y a une entente secrète pour ne pas savoir porter un costume ; le premier ne déboutonne pas le bas et fait peur de dos (sans compter les épaules...), tandis que le second a sa cravate qui est une entité indépendante, rien de boutonné et la chemise débraillée (faut voir ce qu'il saute sur place, certes, mais de là à ne rien remettre en place, et même à déboutonner la chemise...). J'ai donc eu peur de bruler ma carte SD.