Mathis der Maler
Par palpatine le lundi 29 novembre 2010, 07:57 - ... et les arts - Lien permanent
Arrivé à 13h45, c'est pass direct : les files d'attente sont longues, il y en aura pour tout le monde. Jusqu'au dernier moment j'ai espéré que mon hypothétique accompagnatrice auto-proclamée me redonne signe de vie (y compris pour annuler), mais las, elle doit être sous l'eau. C'est donc pour une place isolée en rang 17 pair que j'opte ; sinon, c'était rang 7, et avec trois heures annoncées de sur-titre, j'en avais déjà mal au cou. Pas de bol : voisin de devant est immense, voisin de gauche siffle du nez ; à 140€ la place, j'aurais été marron (todo : devenir très riche rapidement pour n'avoir que du rang 15 via l'AROP). La salle est assez pleine, au final, et si Joël n'a pas forcément bougé de sa galerie, j'ai aperçu l'ami berlinois en devant de parterre centré (il aime bien les strapontins, généralement), entre autres ninjas présents.
Sept tableaux pour cet Hindemith littéralement traduit en français par "Mathis le peintre". Ou les aventures de Matthias Grünewald qui vont l'amener à peindre son chef-d'oeuvre le retable d'Issenheim (que B#2 peut avoir l'immense chance incommensurable d'aller voir avec un simple coup de train, elle est pas belle la vie ? -- j'y repenserai le jour où je traîne du côté de Colmar). Bref, c'est "Andrei Roublev" avant l'heure (d'autant qu'on n'a autant d'infos sur l'un que sur l'autre, à savoir pas grand chose), puisque nous sommes en 1938. D'ailleurs, les allemands nazi n'aimeront pas, traitant l'auteur de Bolchévik (c'est une insulte, tout est dans le ton), ce qui leur vaudra de le perdre pour les USA (il n'y a pas forcément été perdant). Et ce qui nous vaudra pour énième fois de nous taper des nazis sur scène (avec bergers... allemands et panzers), au XVIème siècle. Tarte à la crème powa.
Mais bon, c'est Olivier Py quand même, et vous savez quoi ? Ça fait plaisir de revoir une vraie mise en scène ! Oh, ça bouge ! Oh, des décors différents ! Oh, ça monte ! Ciel, des éclairages, des rideaux, des personnages qui entrent et sortent de partout ! Ça faisait tout de même facilement un an qu'on n'avait plus vu ça. On sort de la province, et on utilise les moyens techniques démentiels de Bastille, qui ont coûté si cher au contribuable...
Et c'est beau. Bon, pas tout le temps, l'esthétique de Py m'est parfois un peu difficile, avec ses trips de structures métalliques et ses fonds noirs sans fin. Mais les ombres chinoises, quel régal ! Tout un tas d'inventions esthétiques nous régalent. Il y a toujours son amour des masques étranges (il paraît que la partie gauche du derrière du retable comporte une mini-scène à la Bosch, avec bestioles fantastiques de la renaissance, mais franchement, on y voit rien), et des filles dénudées. Je propose d'ailleurs de décorer de la croix du mérite les trois jeunes très jolies filles dansantes qui nous ont fait profiter de leur plastique merveilleuse, torses nus durant une bonne demi-heure de la troisième partie, ce qui a en plus eu le mérite de me tenir plus éveillé que durant les deux premières.
Première remarque : découper selon 1h et deux fois 1h05 avec deux demi-heures d'entracte me semble un peu couillon ; biologiquement, personne ne peut rester concentré plus de 45 minutes (personnellement, c'est 10 minutes, hum ; mais 45 avant de décrocher). Si j'ai attendu la représentation du dimanche en passant mon tour par deux fois en semaine (c'était là la 5ème représentation ; la dernière fois, c'était à Strasbourg en 1951, si j'ai bien suivi, une fois tous les 60 ans en France...), c'est bien que j'avais peur de m'endormir. J'ai bien fait, parce que j'ai eu du mal à rester tout le temps dans l'action... très lente. On pourrait largement compresser ça, et au final, je suis tout à fait d'accord avec le Machart. C'est quand même dommage, ça s'étale trop (à un moment, me demandant pourquoi je n'entendais rien à leur allemand, je me suis concentré pour retrouver à partir des sur-titres, et effectivement, les syllabes soooont alloooongééééées à mooooort). Du coup, et c'est un comble, on ne sait plus trop où l'on en est. Heureusement, l'argument dans le mini-programme (c'est nouveau ou juste parce qu'il y avait besoin d'un erratum ?) permet de recoller les morceaux, et de se repérer dans le nombre assez impressionnant de personnages récurrents.
Bref, j'ai vraiment eu du mal à rentrer dans l'oeuvre, alors qu'elle ne manque pas de mérites ; mais pas tout le temps. Surtout à la fin, en fait. Où Olivier Py nous fait l'économie de projeter le résultat final. Là, j'ai pas compris, va falloir revoir ton Tarkovski où on filme pendant 10 minutes ses peintures : c'est quand même bien là qu'on veut en venir (ok, c'est aussi une parabole sur l'Allemagne -- les fameux nazis qui chassent du paysan, ouh ouh...).
Et puis il y a Dieu. Matthias Goerne. Il est parfait dans le rôle-titre même si à quelques moments, comme à peu près tous les autres (Scott MacAllister en Albrecht von Brandenburg, Gregory Reinhart en Riedinger, Michael Weinius en Hans Schwalb, Melanie Diener en Ursula et Martina Welschenbach en Regina), il a du mal à passer l'immense orchestre bourdonnant d'un Eschenbach signant là sa première en grandes pompes.
Au final c'est une oeuvre qui reste vraiment à découvrir... mais une seule fois me suffira. À 18h45, Olivier Py est aussi venu saluer, confirmant que sa mise en scène a été unanimement appréciée.

Commentaires
> Joël n'a pas forcément bougé de sa galerie
Si si, en fait, je me suis replacé au premier balcon au premier entr'acte (où je t'ai aperçu en grande conversation téléphonique). Il faut dire qu'en haut, 1) il faut se pencher énormément pour voir quelque chose, 2) j'avais une tousseuse à ma gauche, 3) deux dames sont venues squatter des places qui n'étaient pas les leurs bien après que la musique avait commencé (sans doute un ouvreur malicieux qui leur aura indiqué la porte 16).
J'oubliais : la deuxième fois, la mise en scène et les décors m'ont fait beaucoup moins d'effet que la première.
« Olivier Py nous fait l'économie de projeter le résultat final. »
Méz'enfin, il nous en a quand même montré pas mal de panneaux, cf. http://jriou.org/blog/00574.html
Oui, tu as raison, j'ai malencontreusement oublié de préciser ce point : les panneaux du retable sont à peu près reconstitués "en vrai". N'empêche, une projection du vrai retable, c'était un minimum pour moi...
(après Klari, tu te ninjaïse toi aussi ? :p )
C'est plutôt rare, mais il m'arrive de me replacer, si si. Cela dit, pour le moment, pas au point de prendre des places a 5€ et de me replacer au rang 15...
Je viens de finir la lecture de ton commentaire, c'est super, on se complète parfaitement dans les oublis ! (genre tu as zappé les nazis :p ; et moi beaucoup de choses que je voulais justement souligner)
Au rang des oublis : l'intello à lunettes du rang 18, blonde à chausettes rouges, manteau gris. Si vous reconnaissez ce portrait robot : cette fille est une véritable fausse moche pleine de potentiel, il faut vraiment s'occuper de son cas, c'est pas possible d'être aussi coincouillée à son âge ! (encore du gâchis)
> genre tu as zappé les nazis :p
Pff, même pas vrai.
Est-ce que la partie boschisante ne serait pas plutôt sur la toute dernière ouverture, avec la tentation de st Antoine à droite (http://www.scribd.com/doc/13493227/...)?
Bizarrement, tu confirmes mon envie d'y aller. Même si les nazis vont m'énerver... (mais comme je serai prévenue, j'éviterai d'éructer comme une furieuse, ça fera plaisir à mes voisins).
Il y a trois vues possibles sur le retable (cf. http://de.wikipedia.org/wiki/Isenhe... ). La topologie est assez intordable (surtout qu'il n'est plus exposé comme autrefois, avec des panneaux ouverts ou fermés suivant le calendrier religieux, mais de façon à permettre de voir toutes les faces ; je dis ça, mais je ne suis jamais allé à Colmar, cela vaudrait presque le coup de faire le déplacement exprès). Si je comprends bien, au verso des panneaux présentant la crucifixion, on a l'annonciation et la résurrection, et au verso de ceux montrant le concert des anges et la vierge à l'enfant, on aurait respectivemnet la visite de Saint Antoine à Saint Paul et la tentation de Saint Antoine. Et donc, oui, avec la présentation d'origine, il fallait ouvrir tous les panneaux pour voir La Tentation de Saint Antoine (qui paraissait bien à droite). (Ce que je n'arrive pas à comprendre dans la topologie de l'ensemble, c'est comment la déploration sur le corps du Christ qui paraît sur la partie basse du retable s'escamote pour faire place aux cinq niches de petites sculptures sur bois.)
"les moyens techniques démentiels de Bastille, qui ont coûté si cher au contribuable..."
Ça me rappelle qu'au cours de mon stage de fin d'études à l'ENSBA à l'atelier décor de l'Opéra Bastille, j'avais appris que certains élévateurs scéniques consommaient une telle énergie qu'ils n'étaient utilisés que de nuit (afin de de pas faire disjoncter tout Paris).:$
@Mo: mais mercredi c'est Paris-Carnet, alors vendredi ! ;)
@Joël: merci de t'occuper de l'intendance ;)
@Milkshake: o_O"
Paris Carnet? Voir des gens? des Inconnus? Mon Dieu... de toute façon j'ai sangria avec les copines, me voilà sauve.
Pour la déploration, j'imagine que le panneau n'est pas monté sur charnières mais qu'il est totalement amovible. Comment il est fixé par contre, mystère, je ne l'ai encore jamais vu.
Asociale et alcoolique, parfait, c'est dans la norme ! :D
Mo >> Oh, il faudra que tu viennes un jour à Paris-Carnet, on jouera les asociales ensemble (et comme nous sommes des inconnus, on pourra raconter des âneries incognito) !
Et on comparera nos collants à rayures? tentant... D'autant que comme le prochain PC est fort lointain, je ne risque pas grand-chose pour le moment!
(toutes les mêmes ! ^^ )