Arrivé à 13h45, c'est pass direct : les files d'attente sont longues, il y en aura pour tout le monde. Jusqu'au dernier moment j'ai espéré que mon hypothétique accompagnatrice auto-proclamée me redonne signe de vie (y compris pour annuler), mais las, elle doit être sous l'eau. C'est donc pour une place isolée en rang 17 pair que j'opte ; sinon, c'était rang 7, et avec trois heures annoncées de sur-titre, j'en avais déjà mal au cou. Pas de bol : voisin de devant est immense, voisin de gauche siffle du nez ; à 140€ la place, j'aurais été marron (todo : devenir très riche rapidement pour n'avoir que du rang 15 via l'AROP). La salle est assez pleine, au final, et si Joël n'a pas forcément bougé de sa galerie, j'ai aperçu l'ami berlinois en devant de parterre centré (il aime bien les strapontins, généralement), entre autres ninjas présents.

Sept tableaux pour cet Hindemith littéralement traduit en français par "Mathis le peintre". Ou les aventures de Matthias Grünewald qui vont l'amener à peindre son chef-d'oeuvre le retable d'Issenheim (que B#2 peut avoir l'immense chance incommensurable d'aller voir avec un simple coup de train, elle est pas belle la vie ? -- j'y repenserai le jour où je traîne du côté de Colmar). Bref, c'est "Andrei Roublev" avant l'heure (d'autant qu'on n'a autant d'infos sur l'un que sur l'autre, à savoir pas grand chose), puisque nous sommes en 1938. D'ailleurs, les allemands nazi n'aimeront pas, traitant l'auteur de Bolchévik (c'est une insulte, tout est dans le ton), ce qui leur vaudra de le perdre pour les USA (il n'y a pas forcément été perdant). Et ce qui nous vaudra pour énième fois de nous taper des nazis sur scène (avec bergers... allemands et panzers), au XVIème siècle. Tarte à la crème powa.

Mais bon, c'est Olivier Py quand même, et vous savez quoi ? Ça fait plaisir de revoir une vraie mise en scène ! Oh, ça bouge ! Oh, des décors différents ! Oh, ça monte ! Ciel, des éclairages, des rideaux, des personnages qui entrent et sortent de partout ! Ça faisait tout de même facilement un an qu'on n'avait plus vu ça. On sort de la province, et on utilise les moyens techniques démentiels de Bastille, qui ont coûté si cher au contribuable...

Et c'est beau. Bon, pas tout le temps, l'esthétique de Py m'est parfois un peu difficile, avec ses trips de structures métalliques et ses fonds noirs sans fin. Mais les ombres chinoises, quel régal ! Tout un tas d'inventions esthétiques nous régalent. Il y a toujours son amour des masques étranges (il paraît que la partie gauche du derrière du retable comporte une mini-scène à la Bosch, avec bestioles fantastiques de la renaissance, mais franchement, on y voit rien), et des filles dénudées. Je propose d'ailleurs de décorer de la croix du mérite les trois jeunes très jolies filles dansantes qui nous ont fait profiter de leur plastique merveilleuse, torses nus durant une bonne demi-heure de la troisième partie, ce qui a en plus eu le mérite de me tenir plus éveillé que durant les deux premières.

Première remarque : découper selon 1h et deux fois 1h05 avec deux demi-heures d'entracte me semble un peu couillon ; biologiquement, personne ne peut rester concentré plus de 45 minutes (personnellement, c'est 10 minutes, hum ; mais 45 avant de décrocher). Si j'ai attendu la représentation du dimanche en passant mon tour par deux fois en semaine (c'était là la 5ème représentation ; la dernière fois, c'était à Strasbourg en 1951, si j'ai bien suivi, une fois tous les 60 ans en France...), c'est bien que j'avais peur de m'endormir. J'ai bien fait, parce que j'ai eu du mal à rester tout le temps dans l'action... très lente. On pourrait largement compresser ça, et au final, je suis tout à fait d'accord avec le Machart. C'est quand même dommage, ça s'étale trop (à un moment, me demandant pourquoi je n'entendais rien à leur allemand, je me suis concentré pour retrouver à partir des sur-titres, et effectivement, les syllabes soooont alloooongééééées à mooooort). Du coup, et c'est un comble, on ne sait plus trop où l'on en est. Heureusement, l'argument dans le mini-programme (c'est nouveau ou juste parce qu'il y avait besoin d'un erratum ?) permet de recoller les morceaux, et de se repérer dans le nombre assez impressionnant de personnages récurrents.

Bref, j'ai vraiment eu du mal à rentrer dans l'oeuvre, alors qu'elle ne manque pas de mérites ; mais pas tout le temps. Surtout à la fin, en fait. Où Olivier Py nous fait l'économie de projeter le résultat final. Là, j'ai pas compris, va falloir revoir ton Tarkovski où on filme pendant 10 minutes ses peintures : c'est quand même bien là qu'on veut en venir (ok, c'est aussi une parabole sur l'Allemagne -- les fameux nazis qui chassent du paysan, ouh ouh...).

Et puis il y a Dieu. Matthias Goerne. Il est parfait dans le rôle-titre même si à quelques moments, comme à peu près tous les autres (Scott MacAllister en Albrecht von Brandenburg, Gregory Reinhart en Riedinger, Michael Weinius en Hans Schwalb, Melanie Diener en Ursula et Martina Welschenbach en Regina), il a du mal à passer l'immense orchestre bourdonnant d'un Eschenbach signant là sa première en grandes pompes.

Au final c'est une oeuvre qui reste vraiment à découvrir... mais une seule fois me suffira. À 18h45, Olivier Py est aussi venu saluer, confirmant que sa mise en scène a été unanimement appréciée.