Tout est parti d'un premier message sur FB : "356ème projection de "Jours de colère" , le film que mon homme à réalisé ... Mais bon quand on aime on ne compte pas !!!!". C'était de Mathilde, vous savez, l'alter ego de Mathiiiiiilde dans la vraie vie. Et donc, j'me suis dit que bon sang, on a beau être amoureuse, c'est que ça doit être rudement bien, ce film de son bienaimé le Charles Redon ; en fait, c'était quelque peu un cri de désespoir, mais passons. Deuxième message : annonce de l'obtention du prix Amnesty International ; bon, c'est pas forcément en tant que critiques de cinéma qu'on les attend, mais ça veut bien dire qu'il y a un contenu politique, et ça, ça me plaît. J'apprends dans les commentaires que ce jeudi est prévue une projection en entrée libre à la cinémathèque : pas un hasard fabuleux, c'est justement une soirée libre sur mon agenda.

19h30, j'ai ma place (bon sang de bonsoir la beauté de la guichetière...) ; 20h00, la salle est bien remplie, j'ai vraiment du mal à me concentrer sur mon bouquin, il y a un tas de d'jeunz un peu excités mais visiblement sympas à côté de moi, et toujours pas de Charles-Mathilde, qui en fait arriveront tout de même avant le début, à 20h15 (le quart d'heure parisien...). On commence par un speech, des responsables de la soirée mais aussi du festival de Poitiers, les 33èmes rencontres Henri Langlois (oui, le même qui a créé la cinémathèque), festival international des écoles de cinéma, 1300 films retriés pour 47 sélections et quelques prix, cinq, ceux-là même présentés ce soir. À commencer par "jours de colère", le film de Charles Redon, qui du coup aura pu dire quelques mots avant la projection de 22 minutes.

J'aurais été bien embêté si je n'avais pas aimé. Heureusement, c'est réellement très bon. Le sujet qui a séduit Amnesty est celui des sans-papiers, abordé à travers un beau personnage (interprété par Prince Litche, fort sympathique au demeurant), très africain d'apparence, doté d'une force et d'une forme qui ne lui sont d'aucun secours face à l'absurdité du système politico-social, et qui ne peuvent l'aider qu'à se débrouiller pour survivre, notamment en grimpant yeux bandés des échafaudages sur pari (première scène vertigineuse) : un symbole certain d'une vie en équilibre, sur le point de chuter s'il cesse de s'y raccrocher de toutes ses forces. La mise en scène est fluide, assez souvent caméra sur l'épaule, et n'hésite pas sur les gros plans.

La scène finale est celle qui a inspiré toute l'oeuvre, idée tiré d'un bouquin, encore une fois comme une métaphore (joliment détournée aussi à travers "le droit du sol"), puisque notre héros doit se réfugier dans un arbre pour échapper à la police et n'en redescend plus de lui-même. Fin très ouverte pas ailleurs, et qui s'arrête en fait là où l'aspect politique technique commence (mise en centre de rétention, etc : toutes ces choses qu'un ancien étudiant de sciences po est amené à logiquement ignorer). On apprend aussi, lors de la rapide discussion, que Prince est en fait un proche des Yamasi, d'où ses aptitudes à la grimpettes ; une vraie rencontre, donc. En fait, tout s'est un peu fait par hasard, et le titre du film comme relique d'idée n'y correspondant plus vraiment est le seul point d'interrogation restant : ça doit être le talent. Un film de fin d'étude pour la Fémis, par ailleurs ; on en sort du beau monde, ces temps-ci (mais que l'on a tendance à ne plus revoir après, malheureusement).

On passe à la suite, et si je ne me trompe pas, dans l'ordre d'attribution des prix, soit : Grand Prix du Jury, Prix Spécial du Jury, Prix de la Mise en Scène et Prix du Scénario. Plusieurs intervenants du jury prennent la parole (sauf la plus jolie de tous, Julie Buan, directrice de prod de Wallpaper Post, société de post-prod' ayant eu la bonne idée d'attribuer un prix sous forme de service), dont un poète (anglais ?) qui a dû lutter pour trouver la cinémathèque car tout le monde lui a indiqué l'UGC, à commencer par son taxi. Une bonne douzaine de jeunes ados excités mais sympatoches (réaction intéressée à la phrase "il faut aller à l'école [sous-entendu: de cinéma] mais il faut savoir oublier l'école") quittent la salle : en fait, ils ont traversé tout Paris pour voir leur ami Prince !

On continue donc sur "The confession", film anglais de Tanel Toom, 25 minutes, qui débute comme une agréable comédie champêtre sur la confession (et l'embarras de devoir faire des bêtises pour avoir à y raconter quelque chose), et bascule très brusquement. Film coup de poing. Comme pour le précédent, on ne voit pas passer la quasi-demi heure. Le film est d'autant plus impressionnant que les deux acteurs principaux sont des gosses, Lewis Howlett et Joseph Eales. Un sujet vraiment pas facile autour de la religion et de la culpabilité, poussé très loin. Images fortes, beaucoup de vert d'ailleurs. Réellement impressionnant.

Le court-métrage suivant est une animation de 15 minutes par Martin Wallmer et Stefan Leuchtenberg (allemands), "A lost and found box of human sensation", très graphique, très recherché, sur la vie après la mort du père. Une vraie originalité, surtout sur les transitions (et un peu de comédie musicale !).

Enchainement sur "Daniel Asche" ("les cendres de Daniel"), encore une fois allemand et sur le thème de la mort, 31 minutes autour d'une jeune femme (magnifique Katharina Goebel, de ces yeux...) venant de perdre subitement son petit ami ; celui-ci avait exprimé le souhait (sans savoir qu'il allait mourir) d'avoir ses cendres dispersés dans le lac voisin, mais cela n'est pas du goût de ses parents. C'est conventionnel sur la forme, à l'allemande, mais le scénario est à l'allemande aussi, et donc le tout est... allemand. Très bon, donc. Un vrai travail de recherche et développement sur les personnages. Histoire touchante. Décidément, tout ce que l'on voit est très abouti.

Le dernier est le plus court, toujours allemand, encore une animation et... une comédie comique ! Ciel ! Sur un mode rongeur-de-l'âge-de-glace, nous suivons 6 minutes de scène délirante où, perchés sur un mobile d'enfant (d'où le titre : "Mobile"), des animaux qui ne s'expriment que par onomatopées vont subir les affres de déménagements périlleux lorsque la vache à un extrême s'éprend de la petite souris à l'autre bout, et veut à tout prix la rejoindre. Absolument hilarant que ce travail de Verena Fels.

Il est rare de voir du court-métrage au cinéma, et comme j'apprécie beaucoup le genre, j'étais ravi ; c'est ce que j'ai dit à Mathilde durant le pot, qui commençant à 22h30, s'est terminé une heure plus tard. On a bien bavardé, comme ça. Seules galères notables : une voiture disparue puis retrouvé pour Charles et une station de métro archi-bondée pour cause de sortie de concert de M à minuit moins le quart, de telle sorte qu'il a fallu courir jusqu'à Bibliothèque ; ouais ouais, avec l'ami presque-yamakasi, la classe ! (au moins, j'ai un contact si je veux apprendre à monter des barres d'immeuble, maintenant) (mais finalement, je vais peut-être plutôt continuer à parler ballet et web avec Mathilde -- toujours très classe et en mode Nathalie Portman au cheveu très court, ravissant)


correction: grand prix du jury : "a lost and found box of human sensation" ; prix du jury étudiant : "The confession" ; prix du scénario : "Daniels Ashes" ; prix du public : "Mobile"