"Ariadne auf Naxos", et non pas "aus Naxos" : elle y est, quoi, sur son ile déserte repeuplée. Mais pas avant la seconde partie. Étrange opéra que ce Richard Strauss/Hugo von Hofmannsthal de 1916 : on y mêle tragédie et comédie dans un semi-style bouffe suivi d'une mise en abyme où les trois quarts des personnages du début disparaissent...

Durant les premières quarante-cinq minutes, le compositeur (Sophie Koch, oui souris, c'est bien un être féminin, et lequel !) apprend dans le plus grand désarroi que son premier chef-d'oeuvre va être accolé lors de sa première à une vulgaire comédie italienne : le maître d'hôtel (Franz Mazura, énorme, style Alfred) est ferme envers le maître de musique (Martin Gantner), et ça amuse fort le maître de danse (Xavier Mas) de voir ainsi tourmenté le jeune compositeur. Celui-ci se résigne lorsqu'il rencontre Zerbinetta (Jane Archibald), qui le met en émoi, avant de rejoindre de nouveau la primadonna (Ricarda Merbeth) dans la lutte contre cette idée.

Baisser de rideau, tout le monde salue, à l'exception du chef, Philippe Jordan (qui devient une espèce de chef résident à tout faire), car nous n'en sommes qu'à mi-mandat, la mi-temps, mi-course, mi-opéra quoi, et c'est déjà un peu étrange d'applaudir du monde qui n'a pas décidé de rester jusqu'au bout pour saluer.

Car la seconde partie (1h30 !) fait figurer, sans transition, l'opéra hybride résultant : on retrouve la vibrante Ricarda Merbeth en Ariadne qui se complaint d'avoir perdu son amour Thésée, l'impressionnante Jane Archibald en Zerbinetta qui tente de lui remonter le moral sur un ton badin, les quatre comparses comiques de cette dernière Harlekin/Scaramuccio/Truffaldin/Brighella (en germano-italien), par Edwin Crossley-Mercer/François Piolino/François Lis/Michael Laurenz, trois muses (Najade/Dryade/Echo soit Elena Tsallagova/Diana Axentii/Yun jung Choi) et enfin, pour une apparition finale un peu confondante, le ténor Bacchus (Stefan Vinke). Mélange total des genres.

La mise en scène de Pelly n'est décidément pas confondante d'originalité, l'intérieur de la demeure du comte devient pour la suite ce qu'elle a dû être lors de sa construction (sauf qu'il y a quelques détails qui ne collent pas, à mon avis). En faisant appel à l'habituelle Chantal Thomas et Michel Jankeliowitch pour les décors et à Agathe Mélinand comme dramaturge, on a à la fin un résultat cohérent et pertinent dans une certaine mesure, mais qui ne fait pas forcément mouche. Si je n'avais pas compris pourquoi le public (très détestable au demeurant, entre les tousseurs et... les renifleurs !) a ri à plusieurs moments, c'est parce qu'il y avait de la neige dans la mise en scène (comme je le savais déjà, je n'avais pas relevé), m'a expliqué la souris.

Lorsque nous avons pris nos places à 19h00, il n'y avait strictement plus personne dans le hall de la billetterie, et miss ouvreuse 2009 comme l'amie japonaise ont confirmé qu'effectivement, tout avait déjà été vendu ; après avoir décliné un rang 7 (avec tous les dialogues, ça aurait été mortel !), on s'est donc fait coller au rang 22 côté couloir impair, les pass, les jeunes et les vieux ayant déjà raflé tout le meilleur ; et encore pour 20€, on aura payé quatre fois plus que tous les replacés sur quatre rangs derrière : c'est affreusement et honteusement vide. Allez-y !